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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2409857

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2409857

mercredi 31 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2409857
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation- Etrangers - 15 jours
Avocat requérantNERAUDAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces, enregistrées respectivement les 1er juillet et 22 juillet 2024, M. H L, représenté par Me Néraudau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 juin 2024, notifié le 18 juin suivant, par lequel le préfet de Maine-et-Loire a décidé son transfert aux autorités croates ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile suivant la procédure normale, subsidiairement de réexaminer sa situation dans les meilleurs délais ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros hors taxe qui sera versée à son conseil, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- cette décision de transfert aux autorités croates a été prise par une autorité incompétente, faute de justification d'une délégation de signature régulière accordée à M. Nicolas Brochard, son auteur ;

- cette décision est insuffisamment motivée en droit, faute de mentionner le critère retenu par les autorités françaises pour désigner la Croatie comme Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile ainsi que le type de procédure - prise en charge ou reprise en charge - mise en œuvre pour saisir les autorités croates ; elle est insuffisamment motivée en fait, faute de faire mention de sa vulnérabilité ;

- cette insuffisance de motivation révèle une absence d'examen de la situation personnelle du requérant au regard de sa vulnérabilité, alors qu'il a fui son pays en raison de ses craintes pour sa vie et sa sécurité après avoir mené des actions à caractère politique fortement réprimées par le régime mongol ;

- cette décision est entachée d'un vice de procédure dès lors que le requérant n'a pas reçu par oral, et de manière effective, dès l'introduction de sa demande d'asile, ou, à tout le moins, " en temps utile ", c'est-à-dire avant le relevé de ses empreintes digitales, les informations prévues à l'article 4, paragraphe 3, du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 dans une langue comprise par lui en méconnaissance des dispositions de l'article 13 du règlement (UE) 2016/679 du 27 avril 2016, dit " C ", dans la mesure où il n'a pas été en mesure de comprendre toutes les informations données, par téléphone, par l'interprète diligenté par la préfecture ;

- il n'est pas établi que l'entretien individuel se soit déroulé dans les conditions prévues à l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et à l'article 4 de la directive 2013/32/UE du 26 juin 2013, dite " Procédure ", ce qui l'a privé d'une garantie nécessaire à l'exercice d'un droit fondamental, dès lors qu'aucune question approfondie ne lui a été posée sur son parcours migratoire et sa situation personnelle, notamment sur les craintes l'ayant conduit à quitter son pays d'origine, sur les circonstances de son périple d'exil, sur les conditions de vie en Croatie et sur la durée de son séjour dans ce pays, sur les raisons de sa venue et France et sur son état de santé ; le compte rendu d'entretien individuel présente un caractère lacunaire ; il n'est pas justifié du respect des conditions relatives à la confidentialité de l'entretien, ni du nom de l'agent qui a conduit cet entretien, le compte rendu de l'entretien, qui comporte seulement deux initiales, ne permettant pas son identification ; il n'est pas justifié d'une délégation de signature régulière permettant à cet agent de mener cet entretien et de signer le compte rendu correspondant ; il n'a pas été informé de la qualité de la personne ayant conduit l'entretien, celle-ci n'étant pas " qualifiée en vertu du droit national " ; il n'est pas établi que l'entretien individuel se soit déroulé en présence d'un interprète régulièrement certifié, qualifié et formé, et qu'il ait été informé des coordonnées de l'interprète, en méconnaissance des dispositions de l'article 26 §3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- la décision de transfert aux autorités croates est, compte tenu du risque de violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 3-2 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et de l'article L. 572-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il existe en Croatie, d'une part, un risque de défaillances systémiques ou ponctuelles en ce qui concerne la procédure d'asile, d'autre part, un risque de traitement inhumain et dégradant à raison des mauvaises conditions d'accueil des demandeurs d'asile en Croatie, où les autorités procèdent habituellement à des " pushbacks ", contraires au principe de non-refoulement, et enfin, un risque de refoulement par ricochet à destination de la Mongolie, sans qu'il puisse voir sa demande d'asile examinée, le préfet n'ayant pas examiné ce risque de refoulement par ricochet ;

- la décision de transfert en litige est, compte tenu du risque de violation directe et indirecte des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle au regard des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, dès lors qu'il existe en Croatie, d'une part, un risque de traitement inhumain et dégradant dans ce pays compte tenu de la circonstance que, lors de son séjour, il n'a bénéficié d'aucune prise en charge de la part des autorités croates, d'autre part, un risque de refoulement par ricochet à destination de la Mongolie, où il a été victime de violences de la part de la police mongole en raison de sa qualité d'opposant politique.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 juillet 2024, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu la décision attaquée.

Vu :

- la décision du 2 juillet 2024 accordant l'aide juridictionnelle totale à M. L ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, dit " K " ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, dit " F A " ;

- le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 ;

- la directive 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale, dite " Procédure " ;

- le règlement (UE) 2016/679 du Parlement européen et du Conseil du 27 avril 2016 relatif à la protection des personnes physiques à l'égard du traitement des données à caractère personnel et à la libre circulation de ces données, dit " règlement sur la protection générale des données " (C) ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 et son décret d'application n° 2024-799 du 2 juillet 2024 ;

- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;

- le code de justice administrative ;

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. Vauterin, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant du contentieux des décisions de transfert vers l'Etat responsable de l'examen de la demande d'asile et d'assignation à résidence.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir présenté son rapport et entendu au cours de l'audience publique du vendredi 26 juillet 2024 à 09h30 :

- les observations orales de Me Néraudau, représentant les intérêts de M. L, présent, assisté de Mme B, interprète. Me Néraudau développe les moyens exposés dans la requête, notamment celui tiré de l'irrégularité de l'entretien en préfecture du 6 mai 2024, de l'absence de prise en compte, par le préfet de Maine-et-Loire, du récit de M. L, qui a eu une activité d'opposant politique en Mongolie, et des défaillances systémiques en ce qui concerne l'accueil des demandeurs d'asile en Croatie, compte tenu notamment des pratiques de " pushback " mises en œuvre par les autorités croates à leurs frontières ;

- en l'absence du préfet de Maine-et-Loire ou de son représentant.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Il ressort des pièces du dossier que M. L, né le 13 octobre 1992, de nationalité mongole, est entré irrégulièrement sur le territoire français le 14 avril 2024 selon ses déclarations. Il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile auprès des services de la préfecture de la Loire-Atlantique le 6 mai 2024. Ayant considéré, après l'examen du dossier de M. L, que celui-ci avait déposé une première demande d'asile en Croatie le 9 avril 2024, où ses empreintes ont été enregistrées sous la référence " HR 1 2405603989U ", et que les autorités croates étaient responsables de l'instruction de sa demande d'asile, le préfet de Maine-et-Loire a, en qualité d'autorité administrative compétente désignée par l'arrêté du 10 mai 2019 désignant les préfets compétents pour enregistrer les demandes d'asile et déterminer l'Etat responsable de leur traitement (métropole), saisi ces autorités, le 17 mai 2024, d'une demande de reprise en charge de M. L sur le fondement du b) de l'article 18-1 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Après l'accord explicite des autorités croates intervenu le 31 mai 2024, le préfet de Maine-et-Loire a, par un arrêté du 6 juin 2024 dont M. L demande l'annulation, décidé de transférer l'intéressé aux autorités croates.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

2. En premier lieu, le préfet de Maine-et-Loire a, par un arrêté SG/MICCSE n° 2024-08 du 28 février 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 26 du 6 mars 2024, donné délégation à M. Nicolas Brochard, secrétaire administratif de classe exceptionnelle, adjoint à la cheffe du pôle régional F à la direction de l'immigration et des relations avec les usagers à la préfecture, auteur de la décision attaquée, en cas d'absence ou d'empêchement de M. D G, directeur de l'immigration et des relations avec les usagers, et de Mme E M, cheffe du pôle, dont il n'est pas établi qu'ils n'étaient pas absents ou empêchés, à l'effet de signer les décisions d'application du règlement " F A " prises à l'égard des ressortissants étrangers, notamment les décisions de transfert. Dès lors, le moyen tiré de l'absence de délégation de signature régulière de l'auteur de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen. / Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative () ". En application de ces dispositions, la décision de transfert dont fait l'objet un ressortissant de pays tiers ou un apatride qui a déposé auprès des autorités françaises une demande d'asile dont l'examen relève d'un autre Etat membre ayant accepté de le prendre ou de le reprendre en charge doit être motivée, c'est-à-dire qu'elle doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Pour l'application de ces dispositions, est suffisamment motivée une décision de transfert qui mentionne le règlement du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et comprend l'indication des éléments de fait sur lesquels l'autorité administrative se fonde pour estimer que l'examen de la demande présentée devant elle relève de la responsabilité d'un autre Etat membre, une telle motivation permettant d'identifier le critère du règlement communautaire dont il est fait application.

4. S'agissant d'un étranger ayant, dans les conditions posées par le règlement, présenté une demande d'asile dans un autre Etat membre et devant, en conséquence, faire l'objet d'une reprise en charge par cet Etat, doit être regardée comme suffisamment motivée la décision de transfert qui, après avoir visé le règlement, relève que le demandeur a antérieurement présenté une demande dans l'Etat en cause, une telle motivation faisant apparaître qu'il est fait application du b), c) ou d) du paragraphe 1 de l'article 18 ou du paragraphe 5 de l'article 20 du règlement.

5. En l'espèce, l'arrêté contesté mentionne que M. L a présenté une demande d'asile à la préfecture de la Loire-Atlantique le 6 mai 2024, que les recherches entreprises sur le fichier K ont fait apparaître qu'il avait déposé une première demande de protection internationale auprès des autorités croates, enregistrée sous la référence " HR 1 2405603989U " le 9 avril 2024, date à laquelle ses empreintes ont été relevées par ces mêmes autorités, et qu'en l'absence d'élément permettant de désigner un autre Etat membre comme responsable en application des critères prévus aux articles 7 à 15 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, les autorités croates, qui ont fait connaître leur accord explicite le 31 mai 2024, doivent être regardées comme responsables de la demande d'asile de M. L. L'arrêté mentionne par ailleurs que la situation de M. L ne relève pas des dérogations prévues aux articles 3-2 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Nonobstant l'erreur de pure forme résultant d'un double enregistrement, le 9 avril 2024, de l'identité de M. L sur le fichier K par les autorités croates, ces motifs permettent de comprendre que le préfet de Maine-et-Loire a entendu faire application du critère prévu au b) du 1 de l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 pour déterminer quel Etat était responsable de l'examen de la demande d'asile de M. L, et qu'il a, en conséquence, saisi les autorités croates d'une demande de reprise en charge de l'intéressé en application des dispositions de l'article 23 du même règlement. L'arrêté contesté, qui vise les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, comporte par ailleurs, en dépit de son caractère partiellement stéréotypé, des informations sur la situation personnelle et familiale de M. L, notamment sur la circonstance qu'il est célibataire et sans membre de sa famille en France, et sur l'appréciation portée par le préfet sur les déclarations de l'intéressé en ce qui concerne ses problèmes de santé et sur son absence de vulnérabilité particulière. Par suite, et alors même qu'il ne mentionne pas le risque de renvoi du requérant vers la Mongolie et ne comporte pas de précisions quant aux conditions d'accueil réservées aux demandeurs d'asile en Croatie, ni sur les supposées activités politiques de l'intéressé en Mongolie, l'arrêté contesté doit être regardé comme comportant les considérations de droit ainsi que les éléments de fait qui en constituent le fondement. Ces motifs, qui n'ont pas un caractère lacunaire, permettent de vérifier que le préfet de Maine-et-Loire a procédé à l'examen particulier de la situation personnelle de M. L. Il s'ensuit que les moyens tirés de l'insuffisante motivation de l'arrêté contesté et de l'absence d'examen particulier de la situation personnelle de M. L doivent être écartés.

6. En troisième lieu, il résulte des dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et, en tout cas, avant la décision par laquelle l'autorité administrative décide de ne pas instruire la demande de l'intéressé au motif que la France n'est pas responsable de sa demande d'asile, une information complète sur ses droits, par écrit ou, si nécessaire pour la bonne compréhension du demandeur, oralement, et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature de ces informations, leur délivrance complète par l'autorité administrative, notamment par la remise de la brochure prévue par les dispositions précitées, constitue pour le demandeur d'asile une garantie. En outre, en vertu de l'article L. 141-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lorsqu'un étranger fait l'objet d'une mesure de transfert vers l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile et qu'il ne parle pas le français, il indique au début de la procédure une langue qu'il comprend. Il indique également qu'il sait lire. Ces informations sont mentionnées sur la décision de non-admission, de maintien, de placement ou de transfert. Ces mentions font foi sauf preuve contraire.

7. D'une part, la remise au demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 de l'ensemble des éléments d'information prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement doit intervenir en temps utile pour lui permettre de faire valoir ses observations, c'est-à-dire au plus tard lors de l'entretien prévu par les dispositions de l'article 5 du même règlement, entretien qui doit notamment permettre de s'assurer qu'il a compris correctement ces informations. Par suite, le moyen tiré de ce que le requérant n'aurait pas reçu dès l'introduction de sa demande d'asile, c'est-à-dire lors de sa présentation dans une structure de premier accueil des demandeurs d'asile, ou, à tout le moins, avant le relevé de ses empreintes digitales par la préfecture, les informations prévues à l'article 4, paragraphe 3, du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 est inopérant.

8. D'autre part, à la différence de l'obligation d'information instituée par le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, qui prévoit un document d'information sur les droits et obligations des demandeurs d'asile, dont la remise doit intervenir au début de la procédure d'examen des demandes d'asile pour permettre aux intéressés de présenter utilement leur demande aux autorités compétentes, l'obligation d'information prévue par les dispositions de l'article 13 du règlement (UE) n° 2016/679 du Parlement européen et du Conseil du 27 avril 2016 relatif à la protection des personnes physiques à l'égard du traitement des données à caractère personnel et à la libre circulation de ces données, dit " C ", a uniquement pour objet et pour effet de permettre d'assurer la protection effective des données personnelles des demandeurs d'asile concernés, laquelle est garantie par l'ensemble des Etats membres relevant du régime européen d'asile commun. Le droit à l'information des demandeurs d'asile contribue, au même titre que le droit de communication, le droit de rectification et le droit d'effacement de ces données, à cette protection. Il s'ensuit que la méconnaissance de cette obligation d'information ne peut être utilement invoquée à l'encontre des décisions par lesquelles l'Etat français remet un demandeur d'asile aux autorités compétentes pour examiner sa demande.

9. Par ailleurs, M. L soutient qu'il n'est pas établi qu'il aurait reçu les informations prévues à l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 dans une langue comprise par lui. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressé a attesté par 4 signatures, d'une part, avoir validé les termes du compte-rendu de son entretien individuel en préfecture du 6 mai 2024, réalisé en mongol, langue qu'il a déclaré comprendre, via les services de l'association Aftcom, qui en assuré l'interprétariat par téléphone, d'autre part, avoir reçu communication, en version mongole, du guide du demandeur d'asile et de l'information sur les règlements communautaires constituées de la brochure A intitulée " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de ma demande ' " et de la brochure B intitulée " Je suis sous procédure F - qu'est-ce que cela signifie ' ", comportant la mention expresse, en mongol, qu'il certifie avoir reçu ces brochures dans une langue qu'il comprend, suivie de sa signature, figurant au bas du guide et des deux brochures. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit à l'information du demandeur d'asile garanti par l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ne peut qu'être écarté.

10. En quatrième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 4 de la directive 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale, dite directive " procédure ", est inopérant dès lors que dispositions de cette directive ont été transposées en droit interne par la loi n° 2015-925 du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile et son décret d'application n° 2015-1166 du 21 septembre 2015.

11. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé ". Et aux termes de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque les dispositions du présent code prévoient qu'une information ou qu'une décision doit être communiquée à un étranger dans une langue qu'il comprend, cette information peut se faire soit au moyen de formulaires écrits dans cette langue, soit par l'intermédiaire d'un interprète. L'assistance de l'interprète est obligatoire si l'étranger ne parle pas le français et qu'il ne sait pas lire. / En cas de nécessité, l'assistance de l'interprète peut se faire par l'intermédiaire de moyens de télécommunication. Dans une telle hypothèse, il ne peut être fait appel qu'à () un organisme d'interprétariat et de traduction agréé par l'administration. Le nom et les coordonnées de l'interprète ainsi que le jour et la langue utilisée sont indiqués par écrit à l'étranger ".

12. D'une part, ainsi que l'a dit pour droit le Conseil d'Etat par un arrêt n° 472681 du 19 janvier 2024, s'il ne résulte ni des dispositions citées au point 11, ni d'aucun principe que devrait figurer sur le compte rendu de l'entretien individuel la mention de l'identité de l'agent qui a mené l'entretien, il appartient à l'autorité administrative, en cas de contestation sur ce point, d'établir par tous moyens que l'entretien a bien, en application des dispositions précitées de l'article 5-5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, été " mené par une personne qualifiée en vertu du droit national ". D'autre part, il résulte des dispositions des article 3 et 4 de l'arrêté du préfet de la Loire-Atlantique du 1er mars 2024 portant délégation de signature à Mme J I, directrice des migrations et de l'intégration, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 31 du 1er mars 2024, qu'au sein de la direction des migrations et de l'intégration, les agents nommément désignés du bureau de l'asile et de l'intégration, chargé du " guichet unique des demandeurs d'asile à Nantes ", ont reçu délégation, dans les conditions et sous les réserves prévues par cet arrêté, pour diligenter les procédures et signer les documents relatifs aux demandeurs d'asile, notamment " Pour les procédures F : les convocations pour les entretiens de réadmission et les comptes rendus d'entretiens F ".

13. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que la circonstance que l'agent de la préfecture de la Loire-Atlantique ayant conduit l'entretien dont M. L a fait l'objet le 6 mai 2024 soit seulement désigné par la mention " L'agent habilité " et " qualifié ", et par ses initiales " ML " dans le compte rendu de cet entretien n'est pas susceptible d'entacher d'irrégularité la procédure de transfert en litige. En outre, le préfet de Maine-et-Loire fait valoir en défense que l'entretien a été conduit par un agent titulaire de la fonction publique, appartenant à la préfecture, et qualifié pour conduire cet entretien, ainsi qu'en atteste l'arrêté précité du préfet de la Loire-Atlantique du 1er mars 2024 versé aux débats, qui permet d'identifier, par leur nom, leur grade et leurs fonctions, les agents compétents pour conduire les entretiens individuels prévus par le règlement " F A ". Le requérant, qui n'invoque aucune circonstance précise permettant de remettre en cause la qualification de l'agent ayant conduit son entretien individuel, n'est, par suite, pas fondé à soutenir que cet agent ne peut être regardé comme une " personne qualifiée en vertu du droit national ", au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, pour mener entretien.

14. Ainsi il a été dit au point 9 du présent jugement, il ressort des mentions figurant sur le formulaire signé par M. L qu'il a bénéficié le 6 mai 2024, soit avant l'intervention de la décision contestée, d'un entretien individuel tel que prévu par les dispositions précitées de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, réalisé avec le concours d'un interprète, en mongol, langue que l'intéressé a déclaré comprendre. Il n'est pas démontré que le requérant n'aurait pas été en capacité de comprendre les informations qui lui ont été délivrées, par écrit et par oral, au cours de cet entretien, et de faire valoir toutes observations utiles, ni que cet entretien aurait été excessivement sommaire, le compte rendu qui en a été établi comportant des informations nombreuses et précises sur la situation personnelle et familiale de M. L, que l'intéressé était seul en mesure de porter à la connaissance de l'agent de la préfecture chargé de l'entretien individuel, via les services de l'interprète. Il ressort en outre des termes mêmes du compte rendu d'entretien que l'intéressé a été interrogé de manière approfondie sur son parcours migratoire et sur sa situation de famille durant son entretien individuel, la circonstance, à la supposer établie, qu'il n'aurait pas été interrogé sur les raisons de son départ de son pays d'origine et sur ses conditions de vie en Croatie ne suffisant pas à caractériser la méconnaissance des exigences de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Il ressort en outre des pièces du dossier que l'association Aftcom (" Agence française de traduction et de communication ") bénéficie de l'agrément prévu par les dispositions précitées de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, renouvelé, à compter du 2 mai 2024, pour une durée de deux ans, par une décision du ministre de l'intérieur et des outre-mer du 8 avril 2024 relative à une demande d'agrément, publiée au Journal officiel de la République française le 11 avril 2024. Compte tenu de cet agrément, le moyen tiré de ce que l'interprète qui a assisté M. L le 6 mai 2024 n'était pas qualifié doit être écarté comme manquant en fait, de même que doit être écarté le moyen tiré de ce que M. L n'a pas été informé du nom et des coordonnées de cet interprète, qui font l'objet d'une mention expresse dans le compte rendu d'entretien. En tout état de cause, les dispositions de l'article 26 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ne régissant pas la conduite de l'entretien du demandeur d'asile en préfecture, le requérant ne peut utilement s'en prévaloir. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'entretien individuel du 6 mai 2024 aurait été conduit dans des conditions qui n'en auraient pas garanti la confidentialité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 et des articles L. 141-2 et L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne :

15. En premier lieu, il résulte des motifs de l'arrêté attaqué que pour décider le transfert de M. L aux autorités croates, le préfet de Maine-et-Loire a notamment considéré que l'intéressé avait indiqué être célibataire et ne pas avoir de membres de sa famille résidant en France, qu'il avait déclaré avoir des problèmes de santé résultant de problèmes au pied sans produire de justificatifs médicaux, que ces problèmes de santé n'avaient pas constitué un obstacle à ses déplacements en France et en Europe, qu'il n'établissait pas que son état de santé se serait dégradé depuis son arrivée sur le territoire français, qu'il ne présentait ainsi aucune vulnérabilité particulière, et que l'Etat croate disposait de toutes les structures nécessaires à la prise en charge médicale et garantissait l'accès aux soins médicaux aux demandeurs d'asile. Eu égard à ces considérations, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Maine-et-Loire n'aurait pas procédé à l'examen particulier de la situation personnelle de M. L. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet de Maine-et-Loire n'aurait pas examiné la possibilité, prévue par les articles 3 et 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, d'instruire la demande d'asile présentée et relevant de la compétence d'un autre Etat, en considération d'éléments tenant à la situation personnelle du requérant, aux défaillances systémiques dans la procédure d'asile et aux conditions d'accueil dans le pays désigné par la décision de transfert. En tout état de cause, la décision en litige ayant seulement pour objet de transférer le requérant aux autorités croates pour l'instruction de sa demande d'asile, le préfet de Maine-et-Loire n'était pas tenu d'examiner le risque de son renvoi par ricochet en Mongolie. Par suite, les moyens tirés de ce que le préfet de Maine-et-Loire n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle du requérant, et qu'il aurait omis à tort de prendre en compte sa vulnérabilité ne peuvent qu'être écartés comme manquant en fait.

16. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Nul ne peut être soumis à la torture, ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 572-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La procédure de transfert vers l'Etat responsable de l'examen de la demande d'asile ne peut être engagée dans le cas de défaillances systémiques dans l'Etat considéré mentionné au 2 de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ". Selon l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 2. () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs (), l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre A afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable () ". Et aux termes de l'article 17 du même règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ". La faculté laissée aux autorités françaises, par ces dispositions, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le règlement précité, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

17. Eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les Etats membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un Etat autre que la France, que cet Etat a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet Etat membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire. La seule circonstance qu'à la suite du rejet de sa demande de protection par cet Etat membre l'intéressé serait susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ne saurait caractériser la méconnaissance par cet Etat de ses obligations.

18. Par ailleurs, la Cour de justice de l'Union européenne a dit pour droit, dans son arrêt C-392/22 du 29 février 2024, X c/ Staatssecretaris van Justitie en Veiligheid, que la circonstance qu'un État membre responsable de l'examen de la demande de protection internationale d'un ressortissant d'un pays tiers a procédé, à l'égard de tels ressortissants cherchant à présenter une telle demande à sa frontière, à des renvois sommaires, dits " pushback ", ne fait pas obstacle par lui-même au transfert de ce ressortissant vers cet État membre, mais que ce transfert est toutefois exclu s'il existe des motifs sérieux et avérés de croire que l'intéressé courrait, lors du transfert ou par suite de celui-ci, un risque réel d'être soumis à de telles pratiques et que celles-ci sont, selon les circonstances qu'il appartient aux autorités compétentes et à la juridiction éventuellement saisie d'un recours contre la décision de transfert d'apprécier, susceptibles de le mettre dans une situation de dénuement matériel extrême d'une gravité telle qu'elle peut être assimilée à un traitement inhumain ou dégradant, interdit par l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

19. La Cour de justice de l'Union européenne a également dit pour droit, dans son arrêt C-578/16 du 16 février 2017, PPU, CK, HF, AS c/ Republika Slovenija, que dans des circonstances dans lesquelles le transfert d'un demandeur d'asile, présentant une affection mentale ou physique particulièrement grave, entraînerait le risque réel et avéré d'une détérioration significative et irrémédiable de l'état de santé de l'intéressé, ce transfert constituerait un traitement inhumain et dégradant, au sens de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, et qu'il incombe aux autorités de l'État membre devant procéder au transfert et, le cas échéant, à ses juridictions, d'éliminer tout doute sérieux concernant l'impact du transfert sur l'état de santé de l'intéressé, en prenant les précautions nécessaires pour que son transfert ait lieu dans des conditions permettant de sauvegarder de manière appropriée et suffisante l'état de santé de cette personne.

20. Le requérant soutient, d'une part, qu'en cas d'exécution de la décision de transfert en litige, il existe un risque de renvoi, par ricochet, en Mongolie, où sa vie et sa sécurité sont menacées à raison de ses activités politiques. Il soutient, d'autre part, que les autorités croates, qui refoulent systématiquement les migrants à leurs frontières par des pratiques de " pushback ", n'offrent pas aux demandeurs d'asile des conditions d'accueil satisfaisantes leur permettant de bénéficier de l'ensemble des garanties prévues par cette procédure. Il soutient enfin qu'un transfert vers la Croatie pourrait l'exposer, compte tenu de sa vulnérabilité, à un risque de traitement inhumain et dégradant dès lors que la continuité des soins dont il peut bénéficier en France à raison de sa pathologie n'est pas certaine en Croatie.

21. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 15 du présent jugement, l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire contesté n'a ni pour objet ni pour effet d'éloigner M. L vers la Mongolie, où il n'établit pas au demeurant qu'il y serait personnellement et directement menacé dans sa vie et sa sécurité à raison de ses activités d'opposant politique, mais seulement de prononcer son transfert en Croatie.

22. En outre, la Croatie est un État membre de l'Union européenne et partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il doit alors être présumé que le traitement réservé aux demandeurs d'asile dans cet État membre est conforme aux exigences de ces deux conventions internationales. Si cette présomption est réfragable lorsque qu'il y a lieu de craindre qu'il existe des défaillances systémiques de la procédure d'asile et des conditions d'accueil des demandeurs d'asile dans l'État membre responsable, impliquant un traitement inhumain ou dégradant, M. L n'établit pas par les documents qu'il invoque, notamment des rapports de l'organisation " Human Rights Watch " de mai 2023 et de l'" Asylum Information Database " (AIDA) de juin 2023 relatifs à la situation des migrants en Croatie, l'existence dans ce pays de défaillances telles qu'elles constitueraient des motifs sérieux et avérés de croire que sa demande d'asile ne serait pas traitée par les autorités croates dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile. Les pièces versées aux débats ne démontrent pas davantage que les pratiques de " pushback " reprochées au gouvernement croate par des organisations non-gouvernementales auraient un caractère systématique et permanent, les autorités croates ayant au demeurant accepté explicitement de le reprendre en charge pour l'examen de sa demande d'asile.

23. Enfin, le requérant, qui invoque ses problèmes de santé, notamment ses douleurs au pied, soutient qu'il ne pourra bénéficier d'aucun soin en Croatie, faute de garantie donnée par le préfet sur les conditions d'accueil des demandeurs d'asile dans ce pays. Cependant, les documents qu'il verse aux débats, en l'occurrence des résultats d'examen biologique médical en sérologie et hématologie du 22 mai 2024 et un compte rendu de consultation médicale du 6 juin 2024, ne permettent pas d'établir la réalité ou l'actualité de ses problèmes de santé, ni que son transfert aux autorités croates chargées d'examiner sa demande d'asile l'exposerait, à raison de l'absence de continuation de soins appropriés, à un risque réel et avéré d'une détérioration significative et irrémédiable de son état de santé. En l'absence d'autre justificatifs, ces documents ne permettent pas davantage d'établir que l'état de santé de M. L ferait obstacle par lui-même à un voyage vers la Croatie, ni que les autorités croates ne pourraient pas lui offrir les soins et la protection adaptés à son état. En outre, M. L n'invoque aucune circonstance permettant de présumer que les autorités croates ne seront pas en mesure de prendre en compte sa situation personnelle dans le cadre de l'accompagnement destiné aux demandeurs d'asile, le préfet versant aux débats une notice de 13 pages produite le 20 avril 2023 par le ministère de l'intérieur croate détaillant la nature et les conditions de mise en œuvre des droits et garanties des demandeurs d'asile sur le territoire croate. Enfin, si le requérant invoque sa situation de vulnérabilité, il n'apporte aucun justificatif au soutien d'un tel moyen, et ne démontre pas l'incapacité dans laquelle seraient les autorités croates de prendre en charge une telle situation de vulnérabilité. Par suite, M. L n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Maine-et-Loire a méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les dispositions de l'article 4 de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et celles des articles 3 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, ni qu'il a entaché la décision de transfert en litige d'une erreur manifeste d'appréciation et d'un défaut d'examen particulier de la situation personnelle de la requérante au regard de ces stipulations et dispositions.

24. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté en date du 6 juin 2024 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a décidé le transfert de M. L aux autorités croates doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

25. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. L, n'appelle aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

26. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge du préfet de Maine-et-Loire, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. L demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

27. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. L doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. L est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. H L, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Néraudau.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

A. VAUTERIN La greffière d'audience,

M-C. MINARD

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre

les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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