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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2409952

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2409952

mardi 30 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2409952
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBOURGEOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 juillet 2024, le préfet de la Loire-Atlantique demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à Mme C D et M. B A, ainsi qu'à tous les occupants de leur chef, de libérer sans délai le logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent, situé au 6 allée André Messager à Chateaubriant (44100), géré par l'HUDA ASBL ;

2°) de l'autoriser à procéder à leur expulsion avec le concours de la force publique ;

3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du logement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme D et M. A, à défaut pour eux de les avoir emportés.

Il soutient que :

- sa requête relève de la compétence de la juridiction administrative, en application de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 521-3 du code de justice administrative ;

- sa requête est recevable en application de ces mêmes dispositions ;

- les conditions d'urgence et d'utilité sont satisfaites dès lors que le maintien de Mme D et M. A dans un logement pour demandeurs d'asile en dépit du rejet de leurs demandes d'asile compromet le bon fonctionnement du service public d'hébergement des demandeurs d'asile, alors qu'au 31 janvier 2024, 1 388 demandeurs d'asile étaient en attente d'un hébergement dans le département de la Loire-Atlantique ;

- la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse dès lors que Mme D et M. A se maintiennent dans le logement alors que leurs demandes d'asile ont été rejetées par des décisions de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 25 septembre 2023 ; l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) les a informés, par un courrier notifié le 29 septembre 2023, de la fin de leur prise en charge à compter du 25 octobre 2023 ; par un courrier notifié le 6 février 2024, il ont été mis en demeure de quitter les lieux dans un délai d'un mois ; cette mise en demeure n'a pas été suivie d'effet à ce jour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juillet 2024, Mme C D et M. B A, représentés par M. E, concluent :

1°) au rejet de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, au sursis à l'exécution de la mesure d'expulsion pendant un délai de six mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir

3°) à la mise à la charge de l'Etat du versement d'une somme de 2 000 euros HT à leur conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils font valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite dès lors que :

* le préfet n'établit pas la saturation des centres d'accueil de demandeurs d'asile dont il se prévaut ;

* ils sont accompagnés de cinq enfants mineurs, situation de nature à faire obstacle à ce que le caractère urgent de leur expulsion soit admis ;

- la demande d'expulsion se heurte à une contestation sérieuse dès lors que :

* l'expulsion sollicitée ne saurait être accordée sans méconnaitre les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

* aucune solution de relogement ne leur a été proposée ;

- en tout état de cause, il y a lieu de leur accorder un délai au vu de leur situation familiale.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Cordrie, conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cordrie, juge des référés,

- les observations de Me E, représentant Mme D et M. A, en leur présence, Me E rehaussant à un an le délai, demandé à titre subsidiaire, de sursis à l'exécution de la mesure d'expulsion sollicitée par le préfet.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet de la Loire-Atlantique demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de Mme D et M. A du logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent, situé au 6 allée André Messager à Chateaubriant (44100), et géré par l'HUDA ASBL.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

4. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

5. L'urgence susceptible de s'attacher à la libération des lieux ne se présumant pas, il appartient au préfet de soumettre au juge des référés des éléments précis et actualisés de nature à caractériser une telle urgence à la date de sa saisine. Si le préfet fait valoir qu'au 31 janvier 2024, 1 388 demandeurs d'asile étaient en attente d'un hébergement dans le département de la Loire-Atlantique, ces données chiffrées, antérieures de plus de cinq mois à la saisine du juge des référés, ne présentent pas un caractère suffisamment actuel pour que le maintien de Mme D et M. A dans un logement pour demandeurs d'asile en dépit du rejet définitif de leurs demandes d'asile puisse, en l'espèce, être regardé comme de nature à compromettre le bon fonctionnement et la continuité du service public d'hébergement des demandeurs d'asile. Dès lors, la condition d'urgence exigée par l'article L. 521-3 du code de justice administrative ne peut, en l'état de l'instruction, être regardée comme remplie. Il en résulte que la requête du préfet de la Loire-Atlantique doit être rejetée en toutes ses conclusions.

Sur les frais liés au litige :

6. Mme D ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me E d'une somme de 1 000 euros.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête du préfet de la Loire-Atlantique est rejetée.

Article 2 : L'Etat versera à Me E, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, la somme de 1 000 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à Mme C D et M. B A et à Me E.

Copie en sera adressée pour information au préfet de la Loire-Atlantique.

Fait à Nantes, le 30 juillet 2024.

Le juge des référés,

A. CORDRIE

La greffière,

J. DIONIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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