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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2410494

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2410494

mercredi 31 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2410494
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantANGLADE & PAFUNDI AARPI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés respectivement les 10 juillet et 23 juillet 2024, M. C B et Mme A B, son épouse, agissant en leur nom propre ainsi qu'en qualité de représentants légaux de leurs six enfants mineurs, à savoir M. F B, M. E B, M. G B, M. I B, Mme D B et M. H B, représentés par Me Anglade, demandent au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision implicite de rejet résultant du silence gardé par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France sur le recours, présenté le 18 mars 2024, contre les décisions du 1er mars 2024 prises par les autorités consulaires de l'ambassade de France à Islamabad (Pakistan) refusant de délivrer un visa de long séjour au titre de la réunification familiale à Mme A B, M. F B, M. E B, M. G B, M. I B, Mme D B et M. H B, en qualité de membres de famille de réfugié ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer aux intéressés un visa de long séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à l'expiration de ce délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros hors taxe qui sera versée à leur conseil, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Ils soutiennent que :

Sur l'urgence :

- la condition d'urgence est satisfaite compte tenu, d'une part, de la séparation injustifiée des membres de la famille, d'autre part, de la situation de particulière vulnérabilité de Mme B et de ses six enfants, enfin, de l'irrégularité de leur situation administrative au Pakistan, où ils se maintiennent sans visa ou titre de séjour et où ils s'exposent à une détention, voire à une expulsion vers l'Afghanistan, où ils risquent de subir des traitements inhumains et dégradants.

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

- la décision contestée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que les demandeurs justifient, par des actes d'état-civil bénéficiant de la présomption de validité prévue par les dispositions de l'article 47 du code civil, de leur identité et de leur lien familial avec M. C B, titulaire de la qualité de réfugié ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 juillet 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que ni la condition d'urgence, ni celle de doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée ne sont réunies en l'espèce.

Vu :

- la requête au fond, enregistrée sous le n° 2410311 ;

- la décision du 16 juillet 2024 par laquelle M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. Vauterin, premier conseiller, pour statuer sur les demandes en référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Après avoir présenté son rapport et entendu, au cours de l'audience publique du mardi 23 juillet 2024 à 14h30 à laquelle les parties ont été régulièrement convoquées, les observations du représentant du ministre de l'intérieur et des outre-mer, dûment muni d'un pouvoir à cet effet.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, né le 5 janvier 1989, de nationalité afghane, a été admis en France au statut de réfugié par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) n° 19002041 du 28 mai 2020. Le 23 novembre 2023, son épouse, Mme A B, née le 17 septembre 1987, et leurs six enfants mineurs, à savoir M. F B, né le 13 novembre 2008, M. E B, né le 13 mai 2009, M. G B, né le 14 novembre 2011, M. I B, né le 14 novembre 2011, Mme D B, née le 14 novembre 2013, et M. H B, né le 14 novembre 2015, tous de nationalité afghane, ont déposé des demandes de visas de long séjour au titre de la réunification familiale auprès de l'autorité consulaire de l'ambassade de France à Islamabad, au Pakistan, où ils résident actuellement. Leurs sept demandes de visa ont été rejetées par l'autorité consulaire le 1er mars 2024 au motif que leurs déclarations conduisaient à conclure à une tentative frauduleuse pour obtenir un visa au titre de la réunification familiale. Par leur requête, M. et Mme B demandent au juge des référés de suspendre l'exécution de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, née le 18 mai 2024, confirmant le rejet des sept demandes de visa concernées.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Et aux termes de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire () ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. La condition d'urgence s'apprécie objectivement et globalement, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce et à la date à laquelle le juge des référés est appelé à se prononcer.

4. Il résulte de l'instruction que M. B n'a exercé son droit à réunification familiale qu'au terme d'un délai de trois et demi, ainsi qu'en atteste la circonstance que son épouse et ses six enfants ont déposé leurs demandes de visa à ce titre en novembre 2023 alors que M. B a été admis au statut de réfugié en mai 2020. En l'absence d'explications de nature à le justifier, un tel délai fait obstacle à ce que la décision de refus de visas contestée puisse être regardée comme portant atteinte de façon suffisamment grave et immédiate à la situation des demandeurs. En outre, l'urgence qu'il y aurait à délivrer le plus tôt possible des visas de long séjour à l'épouse et aux enfants de M. B ne saurait être déterminée par la circonstance alléguée de leur situation irrégulière sur le territoire pakistanais, et du risque de leur expulsion vers l'Afghanistan, les intéressés ne produisant aucune pièce susceptible d'appuyer leurs allégations sur ce point. Par suite, en l'état de l'instruction et compte tenu des pièces versées aux débats, la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension provisoire dans l'attente du jugement au fond ne peut être regardée comme remplie. Il y a lieu, en conséquence, de rejeter en toutes ses conclusions la requête de M. et Mme B, y compris celles afférentes aux frais de l'instance.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B et Mme A B, à Me Anglade et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Nantes, le 31 juillet 2024.

Le juge des référés,

A. VAUTERINLa greffière,

G. PEIGNÉ

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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