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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2410510

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2410510

mercredi 31 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2410510
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantGUERIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire complémentaire et des pièces, enregistrés respectivement les 10 juillet, 19 juillet et 22 juillet 2024, M. E G D, agissant en son nom propre ainsi qu'en qualité de représentant légal des trois enfants mineurs de son frère, à savoir M. E I F, M. E J F et Mme C F, représenté par Me Anne-Carole Guérin, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision implicite portant refus de convocation en vue de l'enregistrement de demandes de visa, née du silence gardé par l'autorité consulaire française de l'ambassade de France à Téhéran (Iran) sur les demandes de visa de long séjour formulées, au titre de la réunification familiale, pour M. E I F, M. E J F et Mme C F, sur la plateforme VFS Global ;

2°) d'enjoindre à l'autorité consulaire française de l'ambassade de France à Téhéran de fixer, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, un rendez-vous aux trois neveux et nièce de M. D en vue de l'enregistrement de leurs demandes de visa dans un délai d'un mois à compter de cette notification, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros HT qui sera versée à son conseil, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, subsidiairement de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros HT à verse au requérant en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il maintient, en dépit du non-lieu à statuer auquel conclut le ministre de l'intérieur dans son mémoire en défense, ses conclusions à fin de suspension de la décision contestée dès lors que le ministre ne justifie pas de la convocation à une date certaine de ses trois enfants au service consulaire de l'ambassade de France à Téhéran en vue de l'enregistrement de leurs demandes de visa.

Sur l'urgence :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que les trois enfants mineurs pour lesquels un visa a été demandé résident seuls en Iran, au moyen d'un visa délivré par les autorités iraniennes valable du 8 juin au 5 septembre 2024, qu'ils sont dépourvus de représentant légal en Iran, qu'ils ne pourront donc solliciter le renouvellement de leur visa iranien, qu'ils sont menacés d'expulsion en Iran où ils sont isolés et qu'ils risquent d'être renvoyés vers l'Afghanistan

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

- la décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration dès lors que l'administration a omis d'indiquer aux demandeurs les pièces et informations manquantes, et le délai pour les produire, avant de rejeter leurs demandes de visa ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en tant qu'elle manifeste une discrimination des demandeurs à raison de leur résidence, qu'elle méconnaît l'obligation incombant aux autorités consulaires de prendre toutes mesures pour faciliter les démarches des demandeurs de visa, qu'elle porte une atteinte disproportionnée au droit de M. D au respect de sa vie privée et familiale, et qu'elle contredit le principe de continuité du service public ;

- elle est entachée d'un détournement de procédure dès lors qu'elle prive les demandeurs des garanties attachées à la procédure d'examen de leurs demandes ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire enregistré le 18 juillet 2024, le ministre de l'intérieur conclut au non-lieu à statuer en ce qui concerne les conclusions de la requête à fin de suspension et indique qu'il s'en remet à la sagesse du tribunal en ce qui concerne les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que l'autorité consulaire française en poste à Téhéran a transmis, le 18 juillet 2024, à Me Guérin, un formulaire de demande de rendez-vous prioritaire pour le dépôt des demandes de visa présentées pour M. D et sa famille via la plateforme VFS Global.

Vu :

- la requête au fond, enregistrée sous le n° 2410484 ;

- la décision du 15 juillet 2024 par laquelle M. D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. Vauterin, premier conseiller, pour statuer sur les demandes en référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Après avoir présenté son rapport et entendu, au cours de l'audience publique du mardi 23 juillet 2024 à 14h30 à laquelle les parties ont été régulièrement convoquées, les observations du représentant du ministre de l'intérieur et des outre-mer, dûment muni d'un pouvoir à cet effet.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, né le 16 août 1991, et Mme B A, née le 9 mai 1998, son épouse, tous deux de nationalité afghane, ont obtenu, pour eux-mêmes et pour leurs quatre enfants mineurs, à savoir pour les jeunes H D, né en 2015, Ali Sina D, né en 2017, Mutahara D, née en 2020, et Moqadaesh D, né en 2022, le statut de réfugié par deux décisions du directeur de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 16 novembre 2023. Les 5 avril, 11 avril, 26 avril, 25 juin et 26 juin 2024, M. D a déposé, en qualité de représentant légal allégué de ces trois enfants, des demandes de visa de long séjour au titre de la réunification familiale pour ses trois neveux et nièce, à savoir M. E I F, né le 18 novembre 2007, M. E J F, né le 1er février 2013, et Mme C F, née le 25 mai 2010, tous trois de nationalité afghane. En l'absence de suite donnée par la plateforme VFS Global à ces demandes de visa, M. D a saisi le juge des référés, auquel il demande de suspendre l'exécution de la décision implicite de l'autorité consulaire française en poste à Téhéran, révélée par la plateforme VFS Global, refusant de convoquer ses trois neveux et nièce à un rendez-vous en vue de l'enregistrement de leurs demandes de visa de long séjour sollicités en qualité de membres de famille de réfugié.

Sur le non-lieu à statuer :

2. Il résulte de l'instruction que les services consulaires de l'ambassade de France à Téhéran ont, postérieurement à l'introduction de la requête, adressé aux trois enfants mineurs de M. D une convocation dans leurs locaux à la date du 9 décembre 2024 pour l'enregistrement de leurs demandes de visa au titre de la réunification familiale, ainsi qu'en atteste la lettre de convocation (" Appointment Letter ") du 21 juillet 2024 versée aux débats. Les conclusions de la requête de M. D à fin de suspension de l'exécution de la décision implicite de l'autorité consulaire française de l'ambassade de France à Téhéran portant refus de convocation de ses trois neveux et nièce en vue de l'enregistrement de leurs demandes de visa, et, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte, sont devenues, dès lors, sans objet, et il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les frais du litige :

3. M. D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Guérin d'une somme de 1 000 euros.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. D aux fins de suspension et d'injonction sous astreinte.

Article 2 : L'Etat versera à Me Guérin une somme de 1 000 euros (mille euros) en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. E G D, et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Nantes, le 31 juillet 2024.

Le juge des référés,

A. VAUTERINLa greffière,

G. PEIGNÉ La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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