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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2410627

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2410627

lundi 1 juin 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2410627
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème chambre
Avocat requérantGRENIER

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a été saisi d’un recours en excès de pouvoir contre la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa, confirmant le refus de délivrer des visas de long séjour au titre de la réunification familiale à l’épouse et trois enfants d’un réfugié éthiopien. Les requérants contestaient le motif de la décision, fondé sur le caractère partiel de la demande de réunification, estimant qu’elle méconnaissait les articles L. 434-1, L. 561-2 et L. 561-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, ainsi que l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme et l’article 3 de la Convention internationale des droits de l’enfant. Le tribunal a rejeté la requête, considérant que la réunification familiale partielle, sans justification suffisante de l’intérêt supérieur de l’enfant resté en France, ne méconnaissait pas les textes invoqués. La solution retenue confirme le refus de visa, en application des dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’as

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 juillet 2024 et régularisée le 22 août 2024, M. F... B... D... et Mme G... E... agissant en leur nom propre et en qualité de représentants légaux de leurs enfants M. C... F... B... et Mme H... F... B..., et M. I... F... B..., représentés par Me Grenier, demandent au tribunal :

d’annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France, saisie d’un recours administratif préalable obligatoire formé contre les décisions du 22 janvier 2024 de l’autorité consulaire française à Addis-Abeba (Ethiopie) refusant de délivrer à Mme G... E..., M. I... F... B..., M. C... F... B... et Mme H... F... B... des visas de long séjour au titre de la réunification familiale a, à son tour, par une décision implicite, refusé de délivrer les visas sollicités ;

d’enjoindre au ministre d’Etat, ministre de l’intérieur de faire délivrer les visas sollicités dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros à verser à leur conseil, en application des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l’Etat au titre de l’aide juridictionnelle.


Ils soutiennent que :
- la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles L. 434-1, L. 561-2 et L. 561- 4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que la réunification familiale partielle sollicitée répond à l’intérêt de la jeune J... F... B... ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.


Par un mémoire en défense enregistré le 23 février 2026, le ministre de l’intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

M. F... B... D... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 13 mai 2024.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- le code civil ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique du 11 mai 2026 :
- le rapport de Mme d’Erceville, première conseillère,
- les conclusions de M. Revéreau, rapporteur public.


Considérant ce qui suit :


M. F... B... D..., ressortissant éthiopien né le 17 novembre 1970, s’est vu reconnaître le bénéfice du statut de réfugié par une décision du directeur général de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides du 19 juillet 2021. Des visas de long séjour ont été sollicités au titre de la réunification familiale pour son épouse, Mme G... E..., et trois de ses enfants M. I... F... B..., M. C... F... B... et Mme H... F... B... auprès de l’autorité consulaire française à Addis-Abeba (Ethiopie), laquelle a refusé de délivrer les visas sollicités. Saisie d’un recours administratif préalable obligatoire formé contre ces décisions de refus enregistré le 22 février 2024, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France a, à son tour, par une décision implicite, refusé de délivrer les visas sollicités. Les requérants demandent au tribunal l’annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

Aux termes de l’article D. 312-8-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « En l'absence de décision explicite prise dans le délai de deux mois, le recours administratif exercé devant les autorités mentionnées aux articles D. 312-3 et D. 312-7 est réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux de la décision contestée. L'administration en informe le demandeur dans l'accusé de réception de son recours. ». Pour refuser la délivrance des visas sollicités, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France, qui est réputée s’être appropriée les motifs des décisions consulaires, s’est fondée sur le motif tiré de ce que, « en application de l’article L. 434-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, votre demande de visa a été déposée dans le cadre d’une demande de réunification familiale partielle sans que l’intérêt de votre enfant allégué suffise à en justifier. ».

En premier lieu, aux termes de l’article L. 561-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, « Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : / 1° Par son conjoint ou le partenaire avec lequel il est lié par une union civile, âgé d'au moins dix-huit ans, si le mariage ou l'union civile est antérieur à la date d'introduction de sa demande d'asile ; / 2° Par son concubin, âgé d'au moins dix-huit ans, avec lequel il avait, avant la date d'introduction de sa demande d'asile, une vie commune suffisamment stable et continue ; / 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. (…) ». L’article L. 434-1 de ce code, rendu applicable au régime de la réunification familiale par l’article L. 561-4 du même code, dispose que « le regroupement familial est sollicité pour l'ensemble des personnes désignées aux articles L. 434-2 à L. 434-4. Un regroupement partiel peut toutefois être autorisé pour des motifs tenant à l'intérêt des enfants ».

A... résulte de ces dispositions que le législateur a fixé pour principe et sous certaines conditions le droit, pour le ressortissant étranger auquel a été reconnue la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire, d’être rejoint par l’ensemble des membres de sa famille. Il a toutefois admis que l’étranger puisse être rejoint par une partie seulement de sa famille, pour des motifs tenant à l’intérêt des enfants, lesquels peuvent être affectés par la séparation d’avec les autres membres de la famille. Ces dispositions ne sauraient toutefois être regardées comme ayant entendu exclure qu’une réunification familiale partielle soit autorisée lorsque des circonstances particulières rendent impossible la venue des enfants mentionnés au 3° de l’article L. 561-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers cité ci-dessus, ou la venue de certains d’entre eux, à la condition qu’il ne soit pas, ce faisant, porté atteinte à l’intérêt de ces enfants.

Il est constant que M. D... et Mme E... ont eu quatre enfants, dont Mme J... F... B..., née le 19 décembre 2008, et que cette dernière ne fait pas l’objet d’une demande de visa dans le cadre de cette demande de réunification familiale. Pour justifier du caractère partiel de la réunification sollicitée, les requérants allèguent que la jeune J... F... B... a été confiée, lorsqu’elle avait dix-huit mois, à sa grand-mère, et qu’elle vit depuis dans une région éloignée, où elle est scolarisée, sans jamais avoir vécu avec ses parents, frères et sœur. Toutefois, aucun élément n’est produit permettant d’établir ces allégations. Par conséquent, alors que deux autres enfants, pour qui des visas ont étés demandés, sont nés ensuite, le 10 avril 2012 et le 16 avril 2019, et vivent auprès de leurs parents, les requérants n’établissent pas que l’intérêt supérieur de la jeune J... F... B... serait de rester isolée de ses parents, frères et sœur, auprès de sa grand-mère. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 434-1, L. 561-2 et L. 561-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En second lieu, aux termes du paragraphe 1 de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale. (…) ». Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ».

Il résulte de ce qui a été dit au point 5 qu’il n’est pas établi que l’intérêt supérieur de la jeune J... F... B... ne serait pas de bénéficier d’une vie privée et familiale auprès de ses parents, frères et sœur. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par M. D..., Mme E... et M. B... doivent être écartées, ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d’injonction sous astreinte et celles relatives aux frais liés au litige.




D E C I D E :


Article 1er : La requête de M. D..., Mme E... et M. B... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F... B... D..., Mme G... E..., M. I... F... B... et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée, pour information, à Me Grenier.



Délibéré après l'audience du 11 mai 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Picquet, présidente,
M. Cabon, premier conseiller,
Mme d’Erceville, première conseillère.



Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2026.





La rapporteure,

G. d’Erceville

La présidente,

P. Picquet

La greffière,





A. Chabanne



La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,





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