Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 juillet 2024, Mme B... A..., représentée par Me Bouyahiaoui demande au tribunal :
d’annuler la décision du 22 janvier 2024 par laquelle l’autorité consulaire française à Madrid (Espagne) a refusé de délivrer à Mme B... A... un visa de long séjour en qualité d’étudiante ;
d’enjoindre au ministre d’Etat, ministre de l’intérieur de faire délivrer le visa sollicité dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 000 euros à lui verser, en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d’une erreur de droit dès lors qu’elle n’oppose à sa demande aucun des motifs figurant dans la directive 2004/114 CE du Conseil européen du 13 décembre 2004 relative aux conditions d’admission des ressortissants de pays tiers à des fins d’études ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation, son projet d’études étant réel ;
- elle est entachée d’une erreur de fait, dès lors qu’elle a précisé les conditions de son séjour.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 mars 2026, le ministre de l’intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A... ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive (UE) 2016/801 du Parlement européen et du Conseil du 11 mai 2016 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le décret n° 2008-1176 du 13 novembre 2008 ;
- l’instruction interministérielle relative aux demandes de visas de long séjour pour études dans le cadre de la directive UE 2016/801 du 4 juillet 2019 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de Mme d’Erceville a été entendu au cours de l’audience publique du 11 mai 2026.
Considérant ce qui suit :
Mme B... A..., ressortissante marocaine née le 6 février 2002, a sollicité un visa de long séjour en qualité d’étudiante auprès de l’autorité consulaire française à Madrid (Espagne), laquelle a refusé de délivrer le visa sollicité. Saisie d’un recours administratif préalable obligatoire formé contre cette décision de refus, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France a, à son tour, par une décision implicite, refusé de délivrer le visa sollicité. La requérante demande au tribunal l’annulation de la décision consulaire.
Aux termes de l’article D. 312-8-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « En l'absence de décision explicite prise dans le délai de deux mois, le recours administratif exercé devant les autorités mentionnées aux articles D. 312-3 et D. 312-7 est réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux de la décision contestée. L'administration en informe le demandeur dans l'accusé de réception de son recours. ». La décision implicite de la commission de recours contre les refus de visa d'entrée en France s’étant substituée à la décision consulaire en application des dispositions de l’article D. 312-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, Mme A... doit être regardée comme sollicitant l’annulation de la décision de la commission.
Pour refuser la délivrance du visa sollicité, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France, qui est réputée s’être appropriée les motifs de la décision consulaire, s’est fondée sur le motif tiré de ce que : « Il existe des éléments suffisamment probants et des motifs sérieux permettant d'établir que vous séjournerez en France à d'autres fins que celles pour lesquelles vous demandez un visa pour études. », et de ce que : « Les informations communiquées pour justifier l'objet et les conditions du séjour envisagé sont incomplètes et / ou ne sont pas fiables. ».
Aux termes de l’article 3 f) de la directive 2016/801 du Parlement européen et du Conseil du 11 mai 2016 relative aux conditions d’entrée et de séjour des ressortissants de pays tiers à des fins de recherche, d’études, de formation, de volontariat et de programmes d’échange d’élèves ou de projets éducatifs et de travail au pair définit un étudiant comme « un ressortissant de pays tiers qui a été admis dans un établissement d’enseignement supérieur et est admis sur le territoire d’un État membre pour suivre, à titre d’activité principale, un cycle d’études à plein temps menant à l’obtention d’un titre d’enseignement supérieur reconnu par cet État membre, y compris les diplômes, les certificats ou les doctorats délivrés par un établissement d’enseignement supérieur, qui peut comprendre un programme de préparation à ce type d’enseignement, conformément au droit national, ou une formation obligatoire. ». L’article 20 de la même directive, qui définit précisément les motifs de rejet d’une demande d’admission, prévoit qu’un Etat membre rejette une demande d’admission si ces conditions ne sont pas remplies ou encore, peut rejeter la demande, selon le f) du 2, « s’il possède des preuves ou des motifs sérieux et objectifs pour établir que l’auteur de la demande souhaite séjourner sur son territoire à d’autres fins que celles pour lesquelles il demande son admission ». En l’absence de dispositions spécifiques figurant dans le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, une demande de visa de long séjour formée pour effectuer des études en France est notamment soumise aux instructions générales établies par le ministre chargé de l’immigration prévues par le décret du 13 novembre 2008 relatif aux attributions des chefs de mission diplomatique et des chefs de poste consulaire en matière de visas, en particulier son article 3, pris sur le fondement de l’article L. 311-1 de ce code. L’instruction applicable est, s’agissant des demandes de visas de long séjour en qualité d’étudiant mentionnés à l’article L. 312-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, l’instruction ministérielle du 4 juillet 2019 relative aux demandes de visas de long séjour pour études dans le cadre de la directive (UE) 2016/801, laquelle participe de la transposition de cette même directive. Le point 2.4 de l’instruction interministérielle relative aux demandes de visas de long séjour pour études dans le cadre de la directive UE 2016/801 du 4 juillet 2019, intitulé « Autres vérifications par l’autorité consulaire » indique que l’administration « (…) peut opposer un refus s’il existe des éléments suffisamment probants et des motifs sérieux permettant d’établir que le demandeur séjournera en France à d’autres fins que celles pour lesquelles il demande un visa pour études. ». Ainsi, l’autorité administrative peut, le cas échéant, et sous le contrôle du juge de l’excès de pouvoir restreint à l’erreur manifeste, rejeter la demande de visa de long séjour pour effectuer des études en se fondant sur le défaut de caractère sérieux et cohérent des études envisagées, de nature à révéler que l’intéressé sollicite ce visa à d’autres fins que son projet d’études. Au regard du cadre juridique exposé, la requérante n’est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaît le droit de l’Union européenne.
Il ressort des pièces du dossier que Mme A... est titulaire d’un diplôme de technicien spécialisé, analyse en marketing, obtenu à l’issue d’un cursus de deux années, puis d’un bachelor européen d’études supérieures option techniques numériques et multimédia, qu’elle a également effectué une formation « video editing et motion design » au premier semestre 2022 et plusieurs stages dans ces domaines, et qu’elle a suivi en 2023 une formation en langue espagnole de six mois à Madrid. Cependant, Mme A... ne précise aucunement la teneur de son projet, ni l’apport que représenterait pour elle la formation souhaitée, tant s’agissant des compétences qu’elle entend acquérir et du type de diplôme préparé, que de son projet professionnel ultérieur. Ainsi, le projet d’études de Mme A... demeure imprécis. En outre, le ministre indique, sans que la requérante ne réplique, que la formation que souhaite suivre l’intéressée est accessible en e-learning et ne nécessiterait pas une présence en France. Dans ces conditions, et alors qu’au surplus, son frère et sa sœur résident en France, la requérante n’est pas fondée à soutenir que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France a commis une erreur manifeste d’appréciation en estimant que son projet d’études ne présentait pas un caractère sérieux et cohérent, de nature à révéler un risque de détournement de l’objet du visa à d’autres fins que des études.
Il résulte de l’instruction que la commission aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif tiré du risque de détournement de l’objet du visa sollicité à d’autres fins que des études. En conséquence, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d’une erreur de fait, Mme A... ayant produit tous les justificatifs des conditions matérielles de son séjour, doit être écarté comme inopérant.
Il résulte de tout ce qui précède que Mme A... n’est pas fondée à demander l’annulation de la décision attaquée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A... et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 11 mai 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Picquet, présidente,
M. Cabon, premier conseiller,
Mme d’Erceville, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2026.
La rapporteure,
G. d’Erceville
La présidente,
P. Picquet
La greffière,
A. Chabanne
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,