vendredi 2 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2410885 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ARNAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 juillet 2024, M. B A, agissant en son nom et en qualité de représentant légal de l'enfant C B A, représenté par Me Arnal, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 2 juin 2024 par laquelle l'autorité consulaire française au Caire a rejeté la demande de visa de long séjour déposée pour l'enfant C B A au titre de la réunification familiale ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de procéder au réexamen de la demande dans le délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros hors taxes à verser à son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite, dès lors que le demandeur de visa, âgé de douze ans, réside actuellement avec sa belle-mère depuis 2015, ainsi que ses deux demi-sœurs, lesquelles se sont vues délivrer des visas de long séjour pour la France valables jusqu'au 1er septembre 2024 ; l'enfant se retrouvera ainsi isolé en Egypte à la suite de leur départ ; il est par ailleurs séparé de sa mère et de sa sœur depuis le divorce de ses parents, en 2015 ; ces dernières résident toutes deux en Arabie Saoudite, désormais irrégulièrement ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
* cette décision est insuffisamment motivée ;
* elle est entachée d'une erreur d'appréciation s'agissant du caractère partiel de la réunification ; le demandeur de visa ne réside plus avec sa mère et sa sœur depuis 2015 ; sa garde a été confiée à son père par décision judiciaire ; il réside avec sa belle-famille depuis le départ de son père ;
* elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte-tenu de la durée de séparation de l'enfant et de son père, le lien de filiation n'étant pas contesté ;
* elle méconnaît les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, l'intérêt supérieur du demandeur étant de rejoindre son père, titulaire à son égard de l'autorité parentale, avec sa belle-mère et sa fratrie.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juillet 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie : le demandeur de visa a la possibilité de se rendre en Arabie Saoudite auprès de sa mère et de sa sœur ; la situation irrégulière de ces dernières dans cet Etat n'est pas démontrée par les pièces du dossier, et la précédente épouse du réunifiant ne démontre pas avoir tenté de réaliser des démarches en Arabie Saoudite pour régulariser sa situation ; cette situation semble d'ailleurs contradictoire avec les déclarations du réunifiant selon lesquelles il souhaiterait que sa fille reste en Arabie Saoudite pour terminer ses études ; il n'a pas été diligent dans ses démarches ;
- aucun des moyens soulevés n'est susceptible de créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée : cette décision est suffisamment motivée ; la décision attaquée n'est entachée d'aucune erreur d'appréciation ; le caractère partiel de la réunification sollicitée n'est pas justifié ; les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant n'ont par conséquent par été méconnues.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 juillet 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Guilloteau, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 juillet 2024 à 10h :
- le rapport de M. Guilloteau, juge des référés ;
- les observations de Me Arnal, représentant M. A, qui rappelle que l'enfant ne vit plus avec sa mère, qu'il se retrouvera isolé en Egypte après le départ de sa belle-mère et de ses demi-sœurs et ne peut ni retourner au Yémen ni se rendre en Arabie Saoudite, et que son intérêt supérieur justifie qu'il puisse rejoindre son père en France ;
- et les observations du représentant du ministre de l'intérieur et des outre-mer, qui insiste sur la possibilité pour l'intéressé de retrouver sa mère et sa sœur en Arabie Saoudite.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant yéménite, s'est vu accordé le bénéfice de la protection subsidiaire par une décision de la cour nationale du droit d'asile du 5 juillet 2022. Des demandes de visa de long séjour au titre de la réunification familiale ont été déposées pour son épouse, leurs deux enfants ainsi que pour C B A, son fils issu d'une précédente union, né le 19 septembre 2011. Des visas ont été délivrés à l'épouse de M. A et aux deux filles du couple mais la demande présentée pour l'enfant C B a été rejetée par une décision de l'autorité consulaire française en Egypte. Le requérant demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
En ce qui concerne la condition d'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le demandeur, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence s'apprécie objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce.
4. Dans le cas où une décision administrative ne peut être déférée au juge qu'après l'exercice d'un recours administratif préalable, une requête tendant à la suspension de cette décision peut être présentée au juge des référés dès que ce recours préalable obligatoire a été formé, la mesure ordonnée en ce sens valant, au plus tard, jusqu'à l'intervention de la décision administrative prise sur le recours présenté par l'intéressé. Le requérant doit toutefois démontrer l'urgence particulière qui justifie la saisine du juge des référés avant même que l'administration ait statué sur le recours introduit devant elle.
5. Il est constant que l'enfant C B A, né le 19 septembre 2011, issu d'une précédente union de M. A, se trouve actuellement en Egypte aux côtés de l'épouse de M. A et de leurs deux enfants issus de cette union, lesquelles se sont toutes les trois vu délivrer des visas de long séjour au titre de la réunification familiale, valables jusqu'au 1er septembre 2024. Il n'est par ailleurs pas sérieusement contesté que les intéressés résidaient ensemble, avant leur départ pour l'Egypte à la fin de l'année 2023, au Yémen, tandis que l'ex-épouse de M. A et la sœur du demandeur de visa résident en Arabie Saoudite depuis 2015, date à laquelle l'autorité parentale sur le demandeur de visa a été confiée à son père. Le départ prochain vers la France de l'épouse de M. A et de leurs deux enfants aura ainsi pour effet de laisser isolé en Egypte le jeune C B A, âgé de 12 ans à la date de la décision en litige. Au vu de ces éléments, la condition d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être considérée comme satisfaite.
En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :
6. La décision attaquée est fondée sur le motif tiré du caractère partiel de la réunification familiale, non justifié par l'intérêt de l'enfant.
7. Le moyen invoqué par M. A, tiré de la méconnaissance des stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant est, en l'état de l'instruction, et compte-tenu de ce qui a été dit précédemment, de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de cette décision.
8. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision du 2 juin 2024 par laquelle l'autorité consulaire française au Caire a refusé de délivrer un visa de long séjour à l'enfant C B A.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
9. L'exécution de la présente ordonnance implique d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de procéder à un nouvel examen de la demande de visa du jeune C B A dans un délai de huit jours à compter de sa notification. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais de l'instance :
10. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Arnal d'une somme de 800 euros.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision du 2 juin 2024 par laquelle l'autorité consulaire française au Caire a refusé de délivrer à l'enfant C B A un visa de long séjour au titre de la réunification familiale est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de procéder à un nouvel examen de la demande de visa du jeune C B A, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : L'Etat versera à Me Arnal, avocate de M. A, une somme de 800 euros (huit cents euros) au titre des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Arnal.
Fait à Nantes, le 2 août 2024.
Le juge des référés,
T. GUILLOTEAU
La greffière,
M-C. MINARDLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026