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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2410984

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2410984

lundi 22 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2410984
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantPRELAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 juillet 2024, Mme D C, agissant en son nom et en qualité de représentante légale de son fils mineur A B, représentée par Me Prelaud, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, le courrier du 27 juin 2024 par lequel le préfet de Maine-et-Loire l'a convoquée le 26 juillet 2024 au poste de police aux frontières de l'aéroport de Nantes en vue de l'exécution de la décision du 5 février 2024 ordonnant son transfert vers l'Allemagne ;

3°) d'ordonner sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 5 février 2024 par laquelle le préfet de Maine-et-Loire a ordonné son transfert vers l'Allemagne ;

4°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale et de lui remettre une attestation de demande d'asile dans un délai de 7 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros au profit de son conseil, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, ou, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, à son profit, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence, au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, est en l'espèce remplie, au regard des circonstances qu'elle a donné naissance à son enfant le 1er mai 2024, par voie de césarienne qui l'empêche à ce stade effectuer de longs déplacements, et que la mise à exécution imminente de la mesure de transfert vers l'Allemagne entrainerait une rupture des suivis médicaux dont elle et son enfant bénéficient en France ;

- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que constituent le droit de ne pas subir des traitements inhumains et dégradants, le droit de bénéficier de traitements et soins médicaux appropriés à son état de santé, et le droit de voir protégé l'intérêt supérieur de son enfant, au regard de son état de santé et celui de son fils, et dès lors qu'il n'est pas établi que les autorités allemandes aient acceptées de prendre en charge son enfant, qui n'était pas né à la date du 5 février 2024 de la décision de transfert vers l'Allemagne ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juillet 2024, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- n'est pas établie l'existence d'une situation d'urgence, au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, dès lors que la requérante, qui n'a pas contesté la décision du 5 février 2024 ordonnant son transfert vers l'Allemagne, pays responsable de l'examen de sa demande d'asile, ne justifie pas de ce que son état de santé, celui de son fils, et les suivis médicaux dont ils auraient l'un et l'autre besoin, sont de nature à faire obstacle à son transfert prévu le 26 juillet 2024 ;

- il n'est porté aucune atteinte suffisamment grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, dès lors que la requérante ne justifie, notamment par les documents médicaux produits à la procédure, ni qu'elle serait dans l'incapacité de voyager en avion vers l'Allemagne ni que son transfert vers ce pays ferait obstacle à son droit de solliciter l'asile, ni qu'il l'exposerait, ainsi que son enfant, au risque de subir un traitement inhumain ou dégradant, alors que les autorités allemandes ont été dûment informées du suivi médical nécessaire pour la requérante et son fils et prendront toutes les dispositions pour qu'il soit rapidement mis en place, ni que ce transfert vers l'Allemagne impacterait le développement physique, mental, spirituel, moral, psychologique ou social de son fils, âgé de deux mois, et serait ainsi contraire à l'intérêt supérieur de l'enfant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Besse, vice-président, pour statuer en matière de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 19 juillet 2024 à 9h30 :

- le rapport de M. Besse, juge des référés,

- les observations de Me Prelaud, avocate de Mme C, et de Mme C elle-même, présente à l'audience.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'accorder à Mme D C le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Selon l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. / Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique ".

3. Il n'y a urgence à ordonner la suspension d'une décision administrative que s'il est établi qu'elle préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. En outre, lorsque le requérant fonde son intervention non sur la procédure de suspension régie par l'article L. 521-1 du code de justice administrative mais sur la procédure de protection particulière instituée par l'article L. 521-2 de ce code, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures.

4. Pour justifier de l'existence d'une situation d'urgence, au sens des dispositions précitées de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, Mme C, ressortissante burkinabée née le 2 mai 1999, soutient que la mise à exécution, prévue le 26 juillet 2024, de la décision du 5 février 2024 par laquelle le préfet de Maine-et-Loire a ordonné son transfert vers l'Allemagne, préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation et à celle de son enfant, né le 1er mai 2024, en raison du suivi médical que leurs états de santé respectifs leur imposent en France. Toutefois, Mme C, qui n'a pas contesté la légalité de l'arrêté du 5 février 2024, dont elle a reçu notification le 14 février 2024, ne justifie pas, par les pièces versées à la procédure, ni de la gravité alléguée de sa situation sanitaire personnelle ou de celle de son enfant, et notamment de ce que son état de santé ou celui de son jeune enfant ne leur permettraient pas de voyager en avion depuis Nantes vers l'Allemagne, ni qu'elle et son enfant ne pourront pas, le cas échéant, faire l'objet d'une prise en charge et d'un suivi médicaux appropriés à leurs situations respectives, dont les autorités allemandes ont été dûment informées par les autorités françaises. Par suite, la requérante ne démontre pas l'existence d'une situation d'urgence particulière liée à son état de santé ou celui de son enfant, justifiant que le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures sur une atteinte grave et manifestement illégale qui serait portée par l'administration à une liberté fondamentale.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité des conclusions tendant à l'annulation du " routing du 26 juillet 2024 au départ de Nantes et à destination de Francfort (Allemagne) " au regard des compétences conférées au juge des référés par les dispositions du livre V du code de justice administrative, que les conclusions de la requête présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative et à fin d'injonction doivent être rejetées, tout comme celles tendant à ce que soit mise à la charge de l'Etat une somme au titre des frais d'instance.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme D C est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D C, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Prélaud.

Copie en sera adressée au préfet de Maine-et-Loire.

Fait à Nantes, le 22 juillet 2024.

Le juge des référés,

P. BESSE La greffière,

G. PEIGNELa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

2410984

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