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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2410986

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2410986

lundi 22 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2410986
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantPRELAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 juillet 2024, Mme A C, agissant en son nom et en sa qualité de représentante légale de ses enfants mineurs, B F, G F et E D, représentée par Me Prelaud, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au département de la Loire-Atlantique de lui proposer une solution d'hébergement stable et adaptée à leur situation, dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui proposer une solution d'hébergement stable et adaptée à leur situation, dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros au profit de son conseil, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, ou, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, à son profit, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence, au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, est remplie au regard de la situation d'extrême précarité de la requérante et des ses trois enfants, dont le plus jeune est âgé de seulement cinq mois, contraints de vivre dans la rue sans avoir pu être prise en charge par les services compétents de l'Etat en dépit de ses sollicitations quotidiennes auprès du 115 ;

- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que sont le droit de bénéficier d'un hébergement d'urgence, le droit à la vie, le droit de ne pas subir des traitements inhumains et dégradants, le droit à la dignité humaine et de voir protégé l'intérêt

supérieur des enfants, dès lors qu'en raison de la carence du département de la Loire-Atlantique et des services de l'Etat, au mépris des obligations résultant notamment des articles L. 345-2 et suivants du code de l'action sociale et des familles, les enfants B, G et E, âgés respectivement de 9 ans, 8 ans et 5 mois, contraints de vivent à la rue avec leur mère, isolée, dans une situation d'insécurité génératrice d'angoisses et d'une dégradation de leur état de santé, caractérisant une atteinte immédiate à leur intégrité physique et les plaçant en situation de danger caractérisé et imminent pour leurs vies, se trouvent en situation de détresse médicale, psychique et sociale ;

Par un mémoire, enregistré le 18 juillet 2024, le département de la Loire-Atlantique indique qu'il ne lui appartient pas de défendre dans le cadre de la présente requête.

Il fait valoir que la requérante, qui n'a jamais saisi les services départementaux, est inconnue du département.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juillet 2024 à 9h36, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requérante ne justifie pas de l'existence d'une situation d'urgence, au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, dès lors que, alors qu'elle et ses enfants résidaient à Caen depuis un an, où ils bénéficiaient d'un logement social, elle a fait le choix de se rendre à Nantes, avec ses trois enfants, début juillet 2024, sans aucune préparation préalable ni disposer de logement, et s'est ainsi elle-même placée dans la situation d'urgence qu'elle invoque ;

- il n'est porté aucune atteinte suffisamment grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, dès lors que la requérante, réfugiée sur le territoire français et autorisée à travailler, dispose d'aides et d'allocations sociales lui procurant des ressources mensuelles à hauteur de 2244 euros, et a bénéficié d'un logement social dans le cadre du droit commun qu'elle a délibérément quitté ; ainsi, sa situation, qui ne caractérise pas une situation de détresse sociale, médicale ou psychique, ne relève pas des cas prioritaires pour une prise en charge par le 115, au regard de la saturation du dispositif.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Besse, vice-président, pour statuer en matière de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 19 juillet 2024 à 9h30 :

- le rapport de M. Besse, juge des référés,

- les observations de Me Prelaud, avocate de la Mme C, et de Mme C elle-même, présente à l'audience.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Mme C a présenté une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué. Il y a lieu, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 en portant application, de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Mme C, ressortissant érythréenne née le 1er janvier 1996, à laquelle a été reconnue la qualité de réfugiée et qui est à ce titre est titulaire, depuis le 5 avril 2023, d'une carte de résident valable dix ans, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au département de la Loire-Atlantique ou à défaut au préfet de la Loire-Atlantique de lui proposer, ainsi qu'à ses trois enfants mineurs, âgés respectivement de 9 ans, 8 ans et 5 mois, une solution d'hébergement dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard.

3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Selon l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. / Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique ".

4. L'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles prévoit que, dans chaque département, est mis en place, sous l'autorité du préfet, " un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse ". Aux termes de l'article L. 345-2-2 du même code : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence () ". L'article L. 345-2-3 du même code dispose que : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation ".

5. Il appartient aux autorités de l'Etat de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique et sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette tâche peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

6. Mme C, qui déclare avoir quitté la ville de Caen, où elle résidait depuis un an, au début du mois de juillet 2024 pour venir vivre à Nantes, avec ses trois enfants, afin de fuir un contexte de menaces et de harcèlement par l'un de ses voisins, d'y obtenir une proposition de logement social et de bénéficier de la présence d'une diaspora érythréenne plus importante, soutient qu'elle se trouve contrainte de vivre dans la rue et de dormir avec ses enfants dans le parking sous-terrain d'une galerie commerciale, dans des conditions d'extrême précarité et d'insécurité, sans avoir pu, en dépit de ses appels téléphoniques quotidiens au " 115 ", obtenir l'indication d'un lieu susceptible de l'accueillir avec ses enfants et une prise en charge pérenne. Il résulte toutefois de l'instruction, ainsi que le fait valoir le préfet de la Loire-Atlantique, qu'alors qu'elle disposait à Caen d'un logement social, où elle résidait avec ses trois enfants, elle a elle-même décidé de se rendre à Nantes, avec ses enfants, le 8 juillet 2024, sans disposer, selon ses propres déclarations, de la moindre solution de logement, pour elle et ses enfants, dont le plus jeune est âgé seulement de cinq mois. Dans ces conditions, et alors au surplus que sa situation, pour regrettable qu'elle soit, notamment pour ses enfants, ne caractérise pas une situation de détresse sociale, médicale ou psychique, Mme C doit être regardée comme étant elle-même à l'origine de la situation d'urgence qu'elle invoque. Par suite, elle ne démontre pas l'existence d'une situation d'urgence particulière justifiant que le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures sur une atteinte grave et manifestement illégale qui serait portée par l'administration à une liberté fondamentale.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme A C est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C, à la ministre du travail, de la santé et des solidarités et à Me Prélaud.

Copie en sera adressée au préfet de la Loire-Atlantique.

Fait à Nantes, le 23 juillet 2024.

Le juge des référés,

P. BESSE La greffière,

G. PEIGNELa République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2410986

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