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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2411111

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2411111

vendredi 2 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2411111
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation- Etrangers - 15 jours
Avocat requérantLEROY

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de M. B, ressortissant algérien, contestant l'arrêté du préfet de la Sarthe du 17 juillet 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de quatre ans. Le tribunal a écarté le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu garanti par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, ainsi que celui fondé sur l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, estimant que la mesure n'était pas disproportionnée. La solution retenue confirme la légalité de l'arrêté préfectoral, en application des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 19 et 27 juillet 2024, M A B, représenté par Me Leroy, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 juillet 2024 par lequel le préfet de la Sarthe lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il a la nationalité ou tout autre pays non membre de l'Union européenne ou avec lequel ne s'applique pas l'acquis de Schengen où il est légalement admissible et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant quatre ans, et l'a informé de son signalement dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, en contrepartie de sa renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

en ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est intervenue en méconnaissance de son droit d'être entendu, garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en ce que sa présence ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

en ce qui concerne la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :

- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- il reprend à l'encontre de cette décision l'ensemble des moyens soulevés contre l'obligation de quitter le territoire français ;

en ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- il reprend à l'encontre de cette décision l'ensemble des moyens soulevés contre l'obligation de quitter le territoire français ;

en ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- il reprend à l'encontre de cette décision l'ensemble des moyens soulevés contre l'obligation de quitter le territoire français ;

- cette décision est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juillet 2024, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Gourmelon, vice-présidente, pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions prises sur le fondement des articles L. 614-1 à L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gourmelon, magistrate désignée ;

- les explications de M. B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, déclare être entré en France le 10 septembre 2023. Le 22 février 2024 il a été placé en détention provisoire au centre pénitentiaire du Mans. Par un arrêté du 17 juillet 2024, le préfet de la Sarthe lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il a la nationalité ou tout autre pays non membre de l'Union européenne ou avec lequel ne s'applique pas l'acquis de Schengen où il est légalement admissible et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant quatre ans, et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de quatre ans. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions tendant à l'admission de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 juillet 2024. Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la portée du litige :

3. L'arrêté litigieux n'a pas pour objet de fixer, contrairement à ce que soutient le requérant, le pays à destination duquel le requérant est susceptible d'être reconduit d'office, et se borne à indiquer les pays à destination desquels il peut exécuter l'obligation de quitter le territoire français qui lui est faite. Par suite, les moyens de la requête dirigés contre une telle décision ne peuvent qu'être écartés comme inopérants.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'adresse uniquement aux institutions et organes de l'Union. Le moyen tiré de sa violation par une autorité d'un Etat membre est donc inopérant. Toutefois, il résulte également de cette jurisprudence que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français ou sur la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B, placé en détention provisoire depuis le 22 février 2024 au centre pénitentiaire du Mans, s'est vu demander par le préfet de la Sarthe, le 18 juin 2024, de remplir une fiche de renseignements afin que l'autorité préfectorale puisse se prononcer sur son droit au séjour. Le requérant ne pouvait ignorer pouvoir faire l'objet, en cas de rejet de sa demande, d'une obligation de quitter le territoire français. La seule circonstance que M. B était détenu à la date à laquelle cette demande lui a été faite n'est pas de nature à établir qu'il n'a pas eu la possibilité de faire valoir tous éléments justifiant qu'il soit autorisé à séjourner en France et ne soit pas contraint de quitter ce pays et de faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Il était par ailleurs à même de demander un entretien pour faire valoir ses observations orales. Il ne ressort pas des pièces du dossier, ni même n'est allégué, qu'il en aurait été empêché. Il en résulte qu'il n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français est intervenue à l'issue d'une procédure viciée par une méconnaissance du droit d'être entendu.

6. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Sarthe n'a pas procédé, avant de prendre la décision litigieuse, à un examen complet de la situation personnelle de M. B, au vu des éléments que ce dernier a portés à sa connaissance.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. En se bornant à soutenir que, placé en détention provisoire, il est présumé innocent et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public, le requérant, qui n'est présent sur le territoire français que depuis le mois de septembre 2023, et qui n'établit pas avoir noué des attaches familiales ou personnelles d'une particulière intensité, mentionnant seulement la présence en France de plusieurs oncles et tantes sans toutefois établir qu'il entretiendrait des relations suivies avec ceux-ci, n'établit pas que le préfet de la Sarthe aurait, en l'obligeant à quitter le territoire français, porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

9. En premier lieu, le présent jugement écarte les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français. Le moyen tiré de ce que la décision refusant à M. B un délai de départ volontaire serait dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de cette obligation doit, dès lors, être écarté.

10. En second lieu, en se bornant à soutenir qu'il soulève à l'encontre de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire l'ensemble des moyens précédemment soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le requérant n'assortit pas sa critique de la légalité de cette décision, distincte de celle l'obligeant à quitter le territoire français, des précisions suffisantes pour permettre d'en apprécier le bien-fondé.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

11. En premier lieu, le présent jugement écarte les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français. Le moyen tiré de ce que la décision interdisant à M. B le retour sur le territoire français serait dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de cette obligation doit, dès lors, être écarté.

12. En deuxième lieu, en se bornant à soutenir qu'il soulève à l'encontre de la décision lui interdisant le retour sur le territoire français l'ensemble des moyens précédemment soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le requérant n'assortit pas sa critique de la légalité de cette décision, distincte de celle l'obligeant à quitter le territoire français, des précisions suffisantes pour permettre d'en apprécier le bien-fondé.

13. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

14. M. B ne réside en France que depuis le mois de septembre 2023, s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français, ne justifie d'aucun domicile, ni d'une activité professionnelle, ni de liens d'une particulière intensité sur le territoire français, le requérant déclarant seulement que certains de ses oncles et tantes vivent en France. S'il soutient à juste titre que, dès lors qu'il n'a pas fait l'objet d'une condamnation, il est présumé innocent des faits qui lui sont reprochés alors même qu'il est placé en détention provisoire, et s'il est constant que le requérant n'a fait l'objet, précédemment, d'aucune mesure d'éloignement, ces circonstances ne sont pas, à elles seules, de nature à établir que la durée de quatre ans d'interdiction de retour sur le territoire français retenue par le préfet de la Sarthe serait disproportionnée.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, en toutes ses conclusions

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande de M. B tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Leroy.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 août 2024.

La magistrate désignée,

V. GOURMELON

La greffière,

J. DIONISLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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