Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 18 juillet et 9 septembre 2024, M. A... D... et Mme B... D... épouse C..., représentés par Me Perrot, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
d’annuler la décision du 7 août 2024 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision de l’autorité consulaire française à Islamabad (Pakistan) refusant à M. D... la délivrance d’un visa d’entrée et de long séjour en France au titre de l’asile ;
d’enjoindre au ministre de l’intérieur de faire délivrer le visa demandé dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer la demande dans les mêmes conditions de délai et d’astreinte ;
de mettre à la charge de l’Etat le versement à leur conseil de la somme de 1 200 euros hors taxes sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils soutiennent que :
- la décision attaquée est entachée d’un vice de procédure dès lors qu’il n’est pas justifié de la composition régulière de la commission de recours ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation dès lors qu’il est exposé à des persécutions ou à un risque personnel, réel et actuel, en raison de son profil particulier dans son pays d’origine ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 janvier 2026, le ministre de l’intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés et doit être regardé comme demandant une substitution de motifs, la décision attaquée pouvant également être fondée sur la circonstance que les éléments présentés par le demandeur ne permettent pas d’établir qu’il ferait l’objet de risques de persécution au Pakistan ou en Afghanistan.
Par une décision du 9 décembre 2025, la présidente du bureau d’aide juridictionnelle a refusé à M. D... le bénéfice de l’aide juridictionnelle.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution, notamment son préambule ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- l’arrêté du 4 décembre 2009 relatif aux modalités de fonctionnement de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de M. Ossant a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
M. D..., ressortissant afghan, a sollicité la délivrance d’un visa d’entrée et de long séjour en France au titre de l’asile auprès de l’autorité consulaire française à Islamabad (Pakistan), qui a refusé de délivrer le visa demandé. Par une décision du 7 août 2024, dont les requérants demandent au tribunal l’annulation dans le dernier état de leurs écritures, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision consulaire.
En premier lieu, aux termes de l’article D. 312-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, précédemment codifié à l’article D. 211-5 du même code : « Une commission placée auprès du ministre des affaires étrangères et du ministre de l’intérieur est chargée d’examiner les recours administratifs contre les décisions de refus de visa de long séjour prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. (…). ». Aux termes de l’article 1er de l’arrêté du 4 décembre 2009 relatif aux modalités de fonctionnement de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France : « La commission instituée à l’article D. 211-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile susvisé siège à Nantes. (…) / Elle délibère valablement lorsque le président ou son suppléant et deux de ses membres au moins, ou leurs suppléants respectifs, sont réunis. ».
Il ressort du procès-verbal de la séance de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France du 7 août 2024, produit par le ministre en défense, qu’ont siégé à cette séance le premier vice-président de la commission, la représentante du ministère de l’Europe et des affaires étrangères, le second suppléant du représentant de la juridiction administrative et la représentante du ministère chargé de l’immigration. Par suite, les règles de composition de la commission ayant été respectées, le moyen tiré de leur méconnaissance doit être écarté.
En deuxième lieu, pour refuser la délivrance du visa sollicité, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France s’est fondée sur le motif tiré de ce que la catégorie de visa sollicité ne rentre pas dans le champ d’application du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation dès lors que le demandeur est exposé à des persécutions ou à un risque personnel, réel et actuel, en raison de son profil particulier dans son pays d’origine, qui ne porte pas sur le motif de la décision expresse de la commission de recours qui s’est substituée à la décision implicite de la même autorité, est inopérant et doit donc être écarté.
En troisième et dernier lieu, si les requérants font valoir que M. D... est séparé de sa sœur aînée qui réside en France avec son conjoint et qui est la seule membre de sa famille avec qui il entretient encore un contact depuis la disparition du reste de sa famille lors d’une évacuation de l’aéroport de Kaboul en 2021, ils n’apportent pas d’élément de nature à établir l’intensité et la continuité de leurs liens en se bornant à produire cinq preuves de transferts d’argent réalisés entre décembre 2023 et février 2024. En outre, il n’est pas contesté que la sœur du demandeur et son conjoint peuvent rendre visite à M. D... au Pakistan. Dans ces conditions, les requérants ne sont, en tout état de cause, pas fondés à soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par M. D... et Mme D... épouse C... doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d’injonction sous astreinte et celles relatives aux frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D... et Mme D... épouse C... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... D..., à Mme B... D... épouse C... et au ministre de l’intérieur.
Délibéré après l’audience du 11 mai 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Picquet, présidente,
M. Cabon, premier conseiller,
M. Ossant, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2026.
Le rapporteur,
L. Ossant
La présidente,
P. Picquet
La greffière,
A. Chabanne
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,