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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2411201

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2411201

lundi 1 juin 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2411201
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème chambre
Avocat requérantCISSE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de M. A..., ressortissant sénégalais, qui contestait le refus de délivrance d'un visa de « retour » en France. La juridiction a considéré que la décision expresse de la commission de recours du 3 octobre 2024 s'était substituée aux décisions antérieures, rendant inopérants les moyens dirigés contre ces dernières. Sur le fond, le tribunal a jugé que M. A..., dont le récépissé de demande de carte de séjour était expiré depuis le 26 décembre 2023, ne pouvait pas bénéficier de la pratique administrative du visa de retour, qui suppose la validité d'un titre de séjour. La solution retenue s'appuie sur les articles L. 311-1 et L. 312-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 juillet 2024, M. B... C... A..., représenté par Me Cissé, demande au tribunal :

d’annuler la décision du 13 juin 2024 de l’autorité consulaire française à Dakar (Sénégal) lui refusant la délivrance d’un visa dit de « retour » en France ;

d’enjoindre au ministre de l’intérieur de faire délivrer le visa demandé, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros à lui verser sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- la décision consulaire est insuffisamment motivée ;
- la décision implicite de la commission de recours est entachée d’une erreur de droit dès lors que la commission ne pouvait se fonder sur l’article L. 312-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile pour rejeter son recours au regard de sa situation ;
- la décision attaquée est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation dès lors qu’il est inscrit dans un établissement d’enseignement supérieur en France et que ses conditions de logement et de ressources sont suffisantes.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 novembre 2025, le ministre de l’intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A... ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Ossant a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

M. A..., ressortissant sénégalais, titulaire d’un récépissé de première demande de carte de séjour en France valable jusqu’au 26 décembre 2023, s’est rendu au Sénégal le 30 octobre 2023. Il a sollicité, le 16 avril 2024, la délivrance d’un visa dit « de retour » afin de rentrer en France, auprès de l’autorité consulaire française à Dakar (Sénégal). Par une décision du 13 juin 2024, cette autorité a refusé de délivrer le visa demandé. Par une décision implicite résultant du silence gardé pendant un délai de deux mois, qui s’est substituée à la décision consulaire, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France a rejeté le recours formé le 15 juillet 2024 contre cette décision consulaire. Par une décision expresse du 3 octobre 2024, qui s’est elle-même substituée à la décision implicite précitée, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France a explicitement rejeté le recours formé contre la décision consulaire. Par sa requête, M. A... doit être regardé comme demandant au tribunal l’annulation de la décision expresse du 3 octobre 2024 de la commission de recours.

En premier lieu, la décision expresse du 3 octobre 2024 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France s’étant substituée à la décision implicite de la même autorité, qui s’est elle-même substituée à la décision de l’autorité consulaire française à Dakar en application des dispositions de l’article D. 312-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, les moyens dirigées uniquement contre la décision consulaire ou la décision implicite de la commission de recours, tenant notamment à l’insuffisance de motivation et à l’erreur de droit, doivent être écartés comme étant inopérants.

En second lieu, aux termes de l’article L. 311-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : / 1° Sauf s’il est exempté de cette obligation, des visas exigés par les conventions internationales et par l’article 6, paragraphe 1, points a et b, du règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l’Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) / (…). ». Aux termes de l’article L. 312-5 du même code : « Par dérogation aux dispositions de l’article L. 311-1, les étrangers titulaires d’un titre de séjour ou du document de circulation délivré aux mineurs en application de l’article L. 414-4 sont admis sur le territoire au seul vu de ce titre et d’un document de voyage. ». Il résulte de ces dispositions que la détention d’un titre de séjour par un étranger permet son retour pendant toute la période de validité de ce titre sans qu’il ait à solliciter un visa d’entrée sur le territoire français. Entre dans ces prévisions l’étranger qui, bien qu’ayant égaré son titre de séjour, produit des pièces établissant la validité de ce titre. En dehors de ce cas, la délivrance des visas de retour par les autorités consulaires résulte d’une pratique non prévue par un texte, destinée à faciliter le retour en France des étrangers titulaires d’un titre de séjour.

Un étranger titulaire d’un titre de séjour l’autorisant à séjourner en France, autre qu’un récépissé, valant autorisation provisoire de séjour, de première demande de titre de séjour ou de demande d’asile, peut quitter le territoire français et y revenir sans visa tant que ce titre n’est pas expiré.

Pour refuser la délivrance du visa sollicité, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France s’est fondée sur le motif tiré de ce que le demandeur, « qui a déposé sa demande de visa le 16 avril 2024, alors que son récépissé de demande de renouvellement de carte était expiré depuis le 26 décembre 2023, ne peut utilement solliciter un visa dit « de retour », n’ayant plus de droit au séjour depuis cette dernière date ».

En effet, il ressort des pièces du dossier que, à la date de la demande du visa litigieux, le 16 avril 2024, M. A... ne disposait d’aucun titre de séjour valide l’autorisant à séjourner en France, alors que la préfète du Rhône a rejeté, par un courrier du 11 décembre 2023, la demande de titre de séjour de l’intéressé. Au demeurant, si M. A... était titulaire, lors de son départ au Sénégal en octobre 2023, d’un récépissé de première demande de titre de séjour valable jusqu’au 26 décembre 2023, ce récépissé ne donne à son titulaire aucun droit à la délivrance d’un visa dit « de retour » en France. Enfin, le requérant ne peut utilement se prévaloir des dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile relatives à la délivrance d’un titre de séjour, notamment en qualité d’étudiant, celles-ci n’étant pas applicables à la délivrance du visa litigieux. Par suite, le requérant n’est pas fondé à soutenir que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France aurait commis une erreur manifeste d’appréciation en rejetant son recours pour le motif cité au point 5.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par M. A... doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction sous astreinte et celles relatives aux frais liés au litige.


D E C I D E :


Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... C... A... et au ministre de l’intérieur.


Délibéré après l’audience du 11 mai 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Picquet, présidente,
M. Cabon, premier conseiller,
M. Ossant, conseiller.







Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2026.



Le rapporteur,

L. Ossant

La présidente,

P. Picquet

La greffière,



A. Chabanne


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,


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