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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2411218

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2411218

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2411218
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation- Etrangers - 15 jours
Avocat requérantLACHAUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance de renvoi n° 2402825 du 22 juillet 2024, le magistrat désigné du tribunal administratif de Rouen a transmis au tribunal administratif de Nantes le dossier de la requête de M. D A, enregistrée le 17 juillet 2024, au greffe du tribunal administratif de Rouen.

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 22 juillet,12 et 16 septembre 2024, M. D A, représenté par Me Lachaux, avocate, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 juillet 2024 par lequel préfet de la Sarthe lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans, entraînant par voie de conséquence l'effacement de ses effets juridiques dont le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre à la préfecture de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, avec une astreinte de 152,45 euros par jour de retard, conformément aux dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de procéder à un nouvel examen de sa situation ;

3°) de renvoyer le dossier à une audience ultérieure ;

4°) d'inviter la préfecture à lui notifier la nouvelle date d'audience et les coordonnées de l'avocat commis d'office, par voie administrative dans le cadre de son assignation à résidence.

5°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou dans l'hypothèse où il ne bénéficierait pas de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à lui verser, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une incompétence du signataire de l'acte ;

- elle méconnaît son droit à être entendu tel que garanti par les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale dès lors qu'il remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de plein droit ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'une incompétence du signataire de l'acte ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale dès lors qu'elle se fonde sur une décision d'éloignement, elle-même illégale ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne présente pas de risque de soustraction à la mesure d'éloignement et qu'il ne présente pas de menace à l'ordre public ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est entachée d'une incompétence du signataire de l'acte ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale dès lors qu'elle se fonde sur une décision d'éloignement, elle-même illégale ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision fixant l'interdiction de retour du territoire français :

- elle est entachée d'une incompétence du signataire de l'acte ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale dès lors qu'elle se fonde sur une décision d'éloignement, elle-même illégale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par des pièces complémentaires et un mémoire en défense, enregistrés les 3 et 16 septembre 2024, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 septembre 2024.

Vu :

- l'arrêté du 2 septembre 2024 du préfet de la Sarthe portant renouvellement d'assignation à résidence de M. A, à son domicile au Mans pour une durée de quarante-cinq jours ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Mounic, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue par l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 septembre 2024 :

- le rapport de Mme Mounic, magistrate désignée,

- les observations de Me Danet, substituant Me Lachaux, représentant M. A qui ajoute un moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

La clôture de l'instruction a été reportée au 17 septembre 2024 à 14h00.

Un mémoire complémentaire, présenté pour M. A, a été enregistré le 16 septembre 2024 à 16h52 et a été communiqué.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien, né le 25 juillet 1975, est entré régulièrement en France le 26 février 2011 sous couvert d'un visa de long séjour valable jusqu'au 10 février 2012 en qualité de conjoint de français, puis a obtenu un titre de séjour " vie privée et familiale " renouvelé jusqu'au 10 février 2013 et s'est vu remettre une carte de résident valable jusqu'au 10 février 2024 en qualité de conjoint de français. N'ayant pas procédé à une demande de renouvellement de son titre de séjour, désormais expiré, il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 16 juillet 2024 par lequel le préfet de la Sarthe l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 septembre 2024. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen dirigé contre l'ensemble des décisions contestées :

3. Par un arrêté n°2024-0148 du 17 juin 2024, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la Sarthe n°87, le préfet de la Sarthe a donné délégation à Mme C B, sous-préfète, directrice de cabinet du préfet et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer notamment les décisions prises à l'égard des ressortissants étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement de M. Zabouraeff, secrétaire général de la préfecture, dont il n'est pas établi qu'il n'était pas absent ou empêché. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français

4. En premier lieu, le requérant entend se prévaloir à l'encontre de la décision attaquée de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et soutient qu'il n'a pas été entendu sur sa situation familiale et professionnelle. L'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne s'adresse, toutefois, qu'aux institutions de l'Union européenne et ne peut donc pas être utilement invoqué à l'encontre d'une décision d'une autorité d'un Etat membre. Par ailleurs, le requérant avait la possibilité, pendant la procédure en cours, de faire connaître de manière utile et effective, les éléments relatifs à sa situation personnelle. Selon la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne (Aff. C-383/13 du 10 septembre 2013), une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise, que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents, qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier, que le requérant aurait eu de nouveaux éléments à faire valoir qui auraient pu conduire le préfet à prendre une décision différente. En outre il ressort des procès-verbaux d'entretien que le requérant a été entendu avant l'édiction de la mesure contestée. Par suite, le moyen tiré de ce qu'en prenant à son encontre une décision portant obligation de quitter le territoire, sans le mettre en mesure de présenter ses observations, le préfet de la Sarthe aurait porté atteinte au principe général du droit de l'Union européenne garantissant à toute personne, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une mesure individuelle l'affectant défavorablement et les droits de la défense, ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit ".

6. En l'espèce, la décision contestée mentionne et vise les textes dont il est fait application, notamment les articles L. 611-1 2° et suivant du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les articles 3 et 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992. Elle mentionne les éléments relatifs au parcours et à la situation personnelle du requérant, notamment sa date d'entrée en France, le fait qu'il a bénéficié de titres de séjour vie privée et familiale tant que conjoint de français jusqu'au 10 février 2024, dont il n'a pas demandé le renouvellement dans les délais. Elle évoque également la circonstance qu'il est séparé de son épouse française, qu'il est en couple avec une autre ressortissante française sans toutefois l'établir et que, s'il se prévaut de ses cinq enfants, deux issus de son mariage et trois de sa relation actuelle, il n'établit pas qu'il participe à leur entretien ou à leur éducation ni des liens qu'il entretient avec eux. Le préfet de la Sarthe précise également que le requérant a été condamné le 23 avril 2024 par le tribunal correctionnel du Mans à une peine de neuf mois d'emprisonnement avec sursis probatoire sans maintien en détention pour vol aggravé par deux circonstances et qu'il est défavorablement connu des services de police pour entrée et séjour irrégulier et faux et usage de faux documents administratifs en 2009, menaces ou chantages en 2011, abus de confiance et vols à la roulotte en 2016. Dans ces conditions, la décision contestée, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation individuelle de l'intéressé, est suffisamment motivée en droit et en fait. Par suite, le moyen doit être écarté.

7. En troisième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que M. A relèverait de la situation dans laquelle un étranger ne peut pas faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire, dès lors, qu'en se bornant à soutenir, sans en apporter la preuve, être parent de cinq enfants français et contribuer à leur entretien et éducation, il n'établit pas relever d'un titre de séjour de plein droit.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

9. Si le requérant se prévaut de sa durée de séjour en France depuis 2008, il ne l'établit pas ayant seulement bénéficié de titres de séjour depuis 2011 en tant que conjoint de français. S'il soutient être séparé de son épouse avec laquelle il aurait deux enfants et en couple avec une nouvelle ressortissante française avec laquelle il aurait trois enfants, il n'apporte aucun commencement de preuve de ses allégations ni qu'il entretiendrait avec eux des liens affectifs particulièrement étroits et intenses. Enfin, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le requérant serait intégré sur le territoire dès lors qu'il déclare être sans profession et dépourvu de ressources propres. Dans ces conditions, en prononçant à son encontre une obligation de quitter le territoire, le préfet de la Sarthe n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

10. En cinquième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale "

11. Pour les motifs exposés au point 9, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision refusant un délai de départ volontaire :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'appui de son recours dirigé contre la décision refusant un délai de départ volontaire.

13. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement () 8°L'étranger ne présenta pas de garanties de représentation suffisantes ". Aux termes des dispositions de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".

14. La décision attaquée, qui vise les dispositions des articles L. 612-1 à L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne que le requérant ne peut bénéficier d'un délai de départ volontaire car son comportement représente une menace pour l'ordre public, que le risque de soustraction est établi dès lors qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes puisque bien qu'il ait déclaré une adresse au Mans, il n'a apporté, aucune preuve attestant de la stabilité ni de l'actualité de ce domicile présumé et ne dispose pas de documents de voyage ni d'identité en cours de validité. Dans ces conditions, la décision en litige comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

15. En troisième lieu, pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à l'intéressé, le préfet de la Sarthe s'est fondé sur le 1° et le 3° de l'article L. 612-2 du code précité. Ainsi qu'il a été dit au point 6, il ressort d'une part des pièces du dossier que le requérant a été condamné le 23 avril 2024 par le tribunal correctionnel du Mans à une peine de neuf mois d'emprisonnement avec sursis probatoire sans maintien en détention pour vol aggravé par deux circonstances et qu'il est défavorablement connu des services de police pour entrée et séjour irrégulier et faux et usage de faux documents administratifs en 2009, menaces ou chantages en 2011, abus de confiance et vols à la roulotte en 2016. D'autre part, il est constant qu'il est dépourvu de documents de voyage et d'identité. En outre, en se bornant à fournir une adresse chez sa compagne au Mans, il ne justifie pas de la nature des liens avec cette dernière. Par suite le préfet est également fondé à considérer qu'il existe un risque à ce qu'il se soustraie à la décision attaquée et fondé à lui refuser un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée serait entachée d'une erreur de droit doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet de la Sarthe n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision fixant le pays de renvoi :

16. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'appui de son recours dirigé contre la décision fixant le pays de renvoi.

17. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes de la décision fixant le pays de destination que celle-ci mentionne notamment l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle précise que le requérant n'établit pas être exposé à des peines ou traitements prohibés par les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, la décision fixant le pays de renvoi est suffisamment motivée.

18. En troisième lieu, le requérant ne peut utilement invoquer la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de leur méconnaissance doit être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant interdiction de retour pour une durée d'un an :

19. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'appui de son recours dirigé contre la décision portant interdiction de retour.

20. En deuxième lieu, d'une part, il résulte des dispositions de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point 13 que la décision portant interdiction de retour doit être motivée. D'autre part, aux termes de l'article L. 612-6 du même code : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

21. Si le préfet doit tenir compte, pour décider de prononcer, à l'encontre d'un étranger soumis à une obligation de quitter sans délai le territoire français, une interdiction de retour et fixer sa durée de chacun des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces mêmes dispositions ne font pas obstacle à ce qu'une telle mesure soit décidée quand bien même une partie de ces critères, qui ne sont pas cumulatifs, ne serait pas remplie. Il ressort des termes de la décision attaquée qu'elle cite l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'elle indique que le requérant a été condamné et est défavorablement connu des services de police et présente une menace à l'ordre public et qu'il ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France. Par suite, quand bien même, il n'a pas fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français, en fixant à trois ans, ce qui n'est pas la durée maximale, la durée de l'interdiction de retour prononcée contre l'intéressé, le préfet de la Sarthe n'a pas entaché d'un défaut de motivation ni d'une erreur de droit sa décision. Les moyens doivent être écartés.

22. En troisième et dernier lieu, pour les mêmes motifs qu'évoqués au point 9, le préfet de la Sarthe ne peut pas être regardé comme ayant porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale et ainsi entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. Le moyen doit être écarté.

23. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 16 juillet 2024 du préfet de la Sarthe doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction et de celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er: Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de M. A d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, au préfet de la Sarthe et à Me Claire Lachaux.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024 .

La magistrate désignée,

S. MOUNICLa greffière,

J. DIONIS

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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