lundi 12 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2411294 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | L'ILL LEGAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 juillet 2024 M. C D et Mme B A, représentés par Me Hentz, demandent au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet résultant du silence gardé par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France sur le recours, réceptionné le 25 avril 2024, contre la décision du 29 mars 2024 de l'autorité diplomatique française à Islamabad (Pakistan) refusant de délivrer un visa de long séjour à Mme A au titre de la procédure de réunification familiale ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de réexaminer la situation de Mme A sous astreinte de 155 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à leur verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- il est urgent de suspendre l'exécution de la décision attaquée dès lors que celle-ci porte atteinte de manière grave et immédiate à la situation personnelle de Mme A et à son droit au respect de sa vie privée et familiale en prolongeant la situation de séparation géographique déjà ancienne entre elle et son époux et en l'empêchant de quitter l'Afghanistan où elle est vulnérable et encourt des risques graves ;
- sont de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée les moyens tirés de l'erreur d'appréciation entachant la décision attaquée quant à son identité et sa qualité de conjointe d'un réfugié, de l'erreur d'appréciation entachant la décision attaquée quant au fait que sa qualité de concubine pourrait, à titre subsidiaire, être reconnue et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 août 2024 le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite dès lors que M. D vit en France depuis le mois d'octobre 2018 et qu'aucun recours n'a été déposé contre une précédente décision de refus de visa datée du 22 novembre 2022 ;
- aucun des moyens soulevés n'est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.
Vu :
- la requête n° 2411321 par laquelle M. D et Mme A demandent au tribunal d'annuler la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Chatal, conseillère, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 août 2024 à 9 heures 30 :
- le rapport de Mme Chatal, juge des référés,
- les observations de Me Benveniste, substituant Me Hentz, représentant les requérants, qui a rappelé les faits et les moyens développés dans la requête, a indiqué que la procédure en rectification de l'état civil de Mme A devant le tribunal judiciaire de Paris initiée par M. D serait très longue en raison de l'engorgement des services de la juridiction, qu'il n'est pas envisageable d'attendre que cette procédure aboutisse alors que les erreurs à rectifier sont de faible importance et ne permettent pas de douter, au regard de l'ensemble des éléments produits, que la demanderesse de visa est bien la personne désignée dans le certificat de mariage établi par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et qui authentifie l'existence du mariage célébré le 11 novembre 2019 en Afghanistan,
- et les observations de la représentante du ministre de l'intérieur et des outre-mer, qui a rappelé les arguments développés dans le mémoire en défense s'agissant du défaut d'urgence et de l'absence de doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.
La clôture de l'instruction a été différée, à l'audience, au 9 août 2024 à 10 heures.
Un mémoire présenté pour les requérants a été enregistré le 8 août 2024 à 19 heures et a été communiqué.
Un mémoire présenté par le ministre de l'intérieur et des outre-mer a été enregistré le 9 août 2024 à 10h48 et n'a pas été communiqué.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant afghan né en 1989, reconnu réfugié en France le
14 février 2022, et Mme A, ressortissante afghane, qui soutiennent être mariés depuis le
11 novembre 2019, demandent au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision implicite de rejet résultant du silence gardé par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France sur le recours formé contre la décision de l'autorité diplomatique française à Islamabad (Pakistan) refusant de délivrer un visa de long séjour à Mme A au titre de la procédure de réunification familiale.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
4. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution de la décision attaquée, les requérants font valoir que Mme A, en tant qu'épouse d'un ressortissant afghan réfugié en France, est particulièrement exposée à un risque de persécution par les talibans. Pour établir l'identité de la demanderesse de visa et son lien marital avec un réfugié afghan, les requérants produisent un certificat de mariage tenant lieu d'acte d'état civil délivré par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 12 octobre 2022, d'après lequel M. C D s'est marié le 11 novembre 2019 en Afghanistan avec Mme B A, née le 11 mars 2002 à Parachi en Afghanistan de l'union de M. E A et Mme F A. Les requérants produisent en outre un certificat de naissance et une carte d'identité biométrique dont il ressort que la dénommée B A est née le 21 mars 2001 à Kaboul, Parachi, en Afghanistan, et qu'elle est la fille de M. G A et Mme F A. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que Mme A s'est vu prescrire un traitement médicamenteux aux mois de mai et juillet 2024 par un médecin psychiatre à Kaboul en raison d'un trouble dépressif sévère. Compte tenu de ces éléments, les requérants doivent être regardés comme justifiant, en l'état de l'instruction, de ce que la décision de refus de visa opposée à Mme A porte une atteinte grave et immédiate à sa situation personnelle.
5. Aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : / 1° Par son conjoint ou le partenaire avec lequel il est lié par une union civile, âgé d'au moins dix-huit ans, si le mariage ou l'union civile est antérieur à la date d'introduction de sa demande d'asile ; () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
6. En l'espèce, la commission est réputée s'être approprié le motif de refus de visa retenu par l'autorité consulaire, tiré de ce que les documents produits à l'appui de la demande de visa ne sont pas probants et ne permettent pas de justifier l'identité et la situation de famille de la demanderesse de visa.
7. En l'état de l'instruction les moyens tirés de l'erreur d'appréciation de la situation de la demanderesse de visa au regard des dispositions précitées de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sont de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.
8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France confirmant la décision de refus de visa opposée à Mme A.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. L'exécution de la présente ordonnance implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire procéder au réexamen de la situation de Mme A. Il y a lieu de lui enjoindre de faire procéder à ce réexamen dans un délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme globale de 800 euros à verser aux requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision implicite de rejet née du silence gardé par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France sur le recours formé contre la décision du 29 mars 2024 de l'autorité diplomatique française à Islamabad refusant de délivrer un visa de long séjour à Mme A est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire procéder au réexamen de la demande de visa de Mme A dans un délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : L'Etat versera aux requérants une somme globale de 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, M. C D, Me Hentz et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Fait à Nantes, le 12 août 2023.
La juge des référés,
A. CHATAL
La greffière,
M.-C. MINARDLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026