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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2411513

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2411513

vendredi 2 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2411513
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantGUERIN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la décision implicite du préfet de la Loire-Atlantique refusant d'enregistrer la demande de titre de séjour de Mme D épouse A. La requérante invoquait l'urgence et un doute sérieux sur la légalité de la décision, notamment au regard de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et du code de l'entrée et du séjour des étrangers. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, car la situation de précarité prolongée invoquée ne suffisait pas à caractériser une atteinte grave et immédiate justifiant une suspension sans attendre le jugement au fond. L'ordonnance a été rendue sans audience, sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 juillet 2024, Mme D épouse A, représentée par Me Guérin, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour ;

3°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et d'enregistrer et/ou reprendre l'instruction de sa demande de titre de séjour et de la convoquer, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros HT à verser à son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle, ou, subsidiairement, à lui verser directement en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est de nature à bouleverser ses conditions d'existence ; elle se trouve placée en grande situation de précarité ; cette situation se prolonge depuis une durée anormalement longue ; sa demande n'a pas été instruite dans un délai raisonnable ; elle est la mère de trois enfants mineurs, dont l'intérêt supérieur commande qu'elle voit sa situation régularisée ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de cette décision ;

* cette décision est entachée d'un vice de procédure au regard des dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ; alors que le préfet ne lui a jamais indiqué que son dossier était incomplet, il ne l'a toujours pas convoquée pour le dépôt de sa demande de titre de séjour ; le refus d'enregistrement de la demande est ainsi intervenu au terme d'une procédure irrégulière ;

* il n'a pas été procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle ;

* la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit, l'administration étant tenue d'instruire les demandes qui lui sont adressées ;

*le refus d'enregistrer sa demande constitue un détournement de procédure la privant des garanties attachées à l'examen des demandes ;

* la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; cette décision la maintient dans une situation de précarité prolongée portant atteinte à sa vie privée et familiale ainsi qu'à son insertion professionnelle.

Vu :

- les pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 26 juillet 2024 sous le numéro 2411495 par laquelle Mme C épouse A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Guilloteau, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. / Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Et aux termes de l'article L. 522-3 dudit code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le demandeur, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence s'apprécie objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce.

3. A supposer que le préfet de la Loire-Atlantique puisse être regardé comme ayant refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour déposée au mois d'avril 2023, Mme C épouse A, pour justifier de l'urgence qui s'attache selon elle à suspendre l'exécution de la décision qu'elle attaque, soutient qu'elle se trouve de ce fait placée en situation de grande précarité depuis une durée anormalement longue. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le dernier titre de séjour dont a été titulaire l'intéressée est arrivé à expiration le 5 juin 2019. La requérante ne saurait sérieusement soutenir ne pas avoir été en mesure de solliciter le renouvellement de ce titre en raison des restrictions en lien avec l'épidémie de covid-19, mises en place neuf mois plus tard. Si elle indique avoir ensuite déposé une demande de titre en ligne le 15 février 2022, et qu'en réponse les services préfectoraux l'ont invitée à adresser par courrier un dossier complet de demande d'admission exceptionnelle au séjour, Mme C épouse A n'a procédé à cet envoi qu'un an plus tard, le 11 avril 2023. Ainsi, la situation d'urgence dont entend se prévaloir la requérante lui est, pour une large part, imputable. Par ailleurs, Mme C épouse A, qui réside en France avec son époux, lequel est titulaire d'un titre de séjour, ne justifie d'aucune activité professionnelle passée ou récente, n'apporte guère de précisions concrète sur sa situation matérielle actuelle et n'établit ainsi pas que la décision attaquée porterait atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation. Dans ces conditions, la condition d'urgence ne peut, en tout état de cause, être regardée comme remplie.

4. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme C épouse A doit être rejetée en toutes ses conclusions, selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative, sans qu'il y ait lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme C épouse A n'est pas admise, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C épouse A est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C épouse A et à Me Guérin.

Fait à Nantes, le 2 août 2024.

Le juge des référés,

T. GUILLOTEAU

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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