vendredi 22 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2411583 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 12eme chambre |
| Avocat requérant | CHAUMETTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 juillet et 22 octobre 2024, M. C, représenté par Me Chaumette, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 juillet 2024 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'issue de ce délai et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée de cinq ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 75 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 800 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.
Il soutient que :
s'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- il n'est pas établi que cette décision ait été signée par une autorité compétente ;
- la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; les faits commis en 2024 retenus par le préfet pour faire application de ces dispositions ne pouvaient être pris en compte, puisque commis alors que son discernement était aboli ;
- le préfet s'est cru à tort en situation de compétence liée ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- il n'est pas établi que cette décision ait été signée par une autorité compétente ;
- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;
s'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
s'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans :
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 septembre 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 août 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code pénal ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Gourmelon, présidente-rapporteure,
- et les observations de Me Chaumette, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant congolais né le 13 mars 1986, est entré en France le 8 août 1988. Il a bénéficié de la délivrance de titres de séjour renouvelés à plusieurs reprises jusqu'au 12 mars 2021. Après une interruption de son droit au séjour d'une durée de deux ans, une nouvelle carte de séjour temporaire valable du 6 mars 2023 au 5 mars 2024 lui a été délivrée sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. A a sollicité le 23 novembre 2023 le renouvellement de son titre de séjour auprès du préfet de la Loire-Atlantique. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 4 juillet 2024 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'issue de ce délai et lui interdisant le retour sur le territoire français pendant une durée de cinq ans. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :
2. Aux termes de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine.() ". Par ailleurs, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
3. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré sur le territoire français en 1988 à l'âge de deux ans. Il a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance, et a bénéficié de titres de séjour " vie privée familiale " délivrés d'abord en qualité d'étranger ayant résidé habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans, puis sur le fondement de l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenu l'article L.423-23 du même code, jusqu'en 2021, puis de nouveau à compter du 6 mars 2023. Le requérant est atteint d'une pathologie psychiatrique invalidante ayant justifié la reconnaissance, en 2021, de la qualité de travailleur handicapé puis son admission au bénéfice de l'allocation adultes handicapés et son placement, par une décision du juge des tutelles du tribunal judiciaire de Nantes du 8 juillet 2021, sous curatelle renforcée. S'il ne justifie plus d'attaches familiales en France, il est en revanche pris en charge par une association qui l'accompagne dans la vie quotidienne et dispose d'un hébergement propre, et est par ailleurs dépourvu d'attaches familiales ou personnelles dans son pays d'origine, qu'il a quitté il y a trente-six ans, alors qu'il était âgé de deux ans. Si le préfet de la Loire-Atlantique, pour rejeter sa demande de renouvellement de titre de séjour, a pris en compte la circonstance que le requérant a été condamné à quatre reprises entre 2005 et 2021 à des peines d'amende ou d'emprisonnement pour des faits d'outrage à une personne chargée d'une mission de service public, de circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance, d'outrage à une personne chargée d'une mission de service public et port prohibé d'arme de catégorie 6 en récidive, de vol avec violence n'ayant pas entraîné une incapacité totale de travail, d'importation non autorisée et trafic de stupéfiants, de circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance en récidive, conduite sans permis et refus de se soumettre aux vérifications relatives au véhicule ou au conducteur, et qu'il a enfin, le 20 mai 2024, été placé en garde à vue par les services de police pour une infraction de violence avec armes sur une personne dépositaire de l'autorité publique, il ressort des pièces du dossier que ces derniers faits ont été commis au cours d'une phase de décompensation aigüe causée par l'arrêt temporaire par le requérant du traitement médicamenteux au long cours qui lui était prescrit, et n'ont pas entraîné de condamnation pénale, le tribunal correctionnel de Nantes ayant, par un jugement du 9 août 2024, déclaré le requérant irresponsable pénalement en raison d'un trouble psychique ou neuro-psychique ayant aboli son discernement ou le contrôle de ses actes au moment des faits et ordonné son hospitalisation temporaire. Par ailleurs, les faits antérieurs dont le préfet de la Loire-Atlantique fait état, à l'origine des condamnations évoquées ci-dessus, présentent pour certains d'entre eux un caractère ancien, et n'ont en tout état de cause pas fait obstacle aux précédents renouvellements du titre de séjour de M. A, le dernier titre qui lui a été délivré l'ayant d'ailleurs été postérieurement à la condamnation prononcée en décembre 2021 pour circulation dans un véhicule à moteur sans assurance. Ainsi, et dans les circonstances particulières de l'espèce constituées par l'ancienneté du séjour en situation régulière en France du requérant, et l'âge auquel il est entré en France, le préfet de la Loire-Atlantique, en rejetant sa demande de renouvellement d'un titre de séjour, a méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il y a lieu, pour ce motif, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, d'annuler l'arrêté du 4 juillet 2024.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
4. Eu égard au motif sur lequel il se fonde pour prononcer l'annulation de l'arrêté attaqué, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de réexaminer la situation de M. A en vue de l'attribution d'un nouveau titre de séjour dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
5. M. A ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Chaumette renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 4 juillet 2024 du préfet de la Loire-Atlantique est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de réexaminer la situation de M. A en vue de la délivrance d'un titre de séjour, dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Chaumette la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Chaumette.
Copie en sera adressée pour information à l'association Confluence Sociale, curatrice de M. A.
Délibéré après l'audience du 8 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Gourmelon, présidente,
Mme Milin, première conseillère,
M. Cordrie, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2024.
La présidente-rapporteure,
V. GOURMELON
L'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
C. MILINLa greffière,
F. ARLAIS
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026