mercredi 14 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2411636 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | - Etrangers - 15 jours |
| Avocat requérant | DESFRANCOIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 juillet 2024 M. C A, représenté par Me Desfrançois, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 juillet 2024 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a décidé son transfert vers la Lituanie, Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile ;
2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de prendre en charge sa demande d'asile et de lui remettre une attestation de demandeur d'asile en procédure normale et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans les meilleurs délais à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, une somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée en droit et en fait ;
- la décision est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- il ne s'est pas vu délivrer les informations prévues à l'article 4 du règlement " Dublin III " dès son passage à la plateforme d'accueil des demandeurs d'asile et il n'est pas établi que son droit à l'information au sens de cet article ait été respecté ;
- l'article 5 du règlement " Dublin III " a été méconnu dès lors qu'il n'a pas été en mesure de faire valoir ses craintes en cas de retour en Lituanie à l'occasion de son entretien, et dès lors qu'il n'est pas établi que l'entretien a été mené par une personne qualifiée dans le respect de l'exigence de confidentialité ;
- la décision méconnaît l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3§2 du règlement " Dublin III " en raison des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et dans les conditions d'accueil des demandeurs d'asile en Lituanie où il a subi une longue période de détention arbitraire ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que la France pouvait le prendre en charge en application de l'article 17 du règlement " Dublin III ".
Par un mémoire en défense enregistré le 7 août 2024 le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête sont dépourvus de fondement.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle auprès du tribunal judiciaire de Nantes du 29 juillet 2024.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Chatal, conseillère, pour statuer sur les litiges relevant du contentieux des décisions de transfert des personnes demandant l'asile en France vers l'Etat membre de l'Union européenne responsable de l'examen de la demande d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 août 2024 à 10h30 :
- le rapport de Mme Chatal, magistrate désignée ;
- et les observations de Me Desfrançois, représentant le requérant, qui a développé les moyens exposés dans la requête en précisant notamment que M. A a quitté le Sénégal en 2021, qu'il est arrivé en Lituanie en 2022 où il a été placé en détention d'abord en tente, puis dans le centre de détention de Kybartai, pendant environ deux ans, que sa demande d'asile n'a pas été traitée dans ce pays et qu'il a finalement été libéré sans plus d'information ni d'aide de la part de ce pays.
Le préfet de Maine-et-Loire n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant sénégalais né en 1992, a sollicité l'asile auprès des services de la préfecture de Loire-Atlantique qui ont enregistré sa demande le 18 juin 2024. La consultation du fichier Eurodac ayant révélé que l'intéressé avait déposé une première demande de protection internationale en Lituanie où ses empreintes digitales avaient été enregistrées le 29 avril 2022, le préfet de Maine-et-Loire a sollicité, le 3 juillet 2024, sa reprise en charge par les autorités lituaniennes, lesquelles ont donné leur accord explicite le 4 juillet 2024. Par l'arrêté attaqué du
9 juillet 2024, le préfet de Maine-et-Loire a décidé le transfert de M. A aux autorités lituaniennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen. / Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative () ". Pour l'application de ces dispositions, est suffisamment motivée une décision de transfert qui mentionne le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, et qui indique les éléments de fait sur lesquels l'autorité administrative se fonde pour estimer que l'examen de la demande présentée devant elle relève de la responsabilité d'un autre Etat membre, une telle motivation permettant d'identifier le critère du règlement communautaire dont il est fait application.
3. En l'espèce, la décision attaquée vise le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande d'asile présentée dans l'un des Etats membres par un ressortissant d'un pays tiers, " et notamment ses articles 7-2 et suivants " compris dans un chapitre III intitulé " critères de détermination de l'Etat membre responsable ". L'arrêté motive la décision de transfert vers la Lituanie par le fait que la consultation du fichier Eurodac a permis d'établir que les empreintes digitales de M. A ont été enregistrées en Lituanie, révélant que l'intéressé avait déposé une demande d'asile dans ce pays, avant d'ajouter " en l'absence d'élément permettant de désigner un autre Etat membre comme responsable en application des critères énumérés aux articles 7 à 15 du règlement n° 604/2013, les autorités lituaniennes ont été saisies ". Il résulte de ce qui précède que la décision de transfert est suffisamment motivée en droit et en fait.
4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Maine-et-Loire n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A, notamment en ce qui concerne sa vulnérabilité. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté serait entaché d'un défaut d'examen particulier de la situation du requérant doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 consacré au droit à l'information : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment : / a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un État membre différent ainsi que des conséquences du passage d'un État membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l'État membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée; / b) des critères de détermination de l'État membre responsable (); / c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 () ; / d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert ; / e) du fait que les autorités compétentes des États membres peuvent échanger des données le concernant aux seules fins d'exécuter leurs obligations découlant du présent règlement; / f) de l'existence du droit d'accès aux données le concernant (). / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune ().3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5(). ".
6. Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et, en tout cas, avant la décision par laquelle l'autorité administrative décide de refuser l'admission provisoire au séjour de l'intéressé au motif que la France n'est pas responsable de sa demande d'asile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature de ces informations, la remise par l'autorité administrative de la brochure prévue par les dispositions précitées constitue pour le demandeur d'asile une garantie.
7. La remise au demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 des éléments d'information prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement doit intervenir en temps utile pour lui permettre de faire valoir ses observations, c'est-à-dire au plus tard lors de l'entretien prévu par les dispositions de l'article 5 du même règlement, entretien qui doit notamment permettre de s'assurer qu'il a compris correctement ces informations. Par suite, la circonstance que le requérant n'aurait pas reçu les informations prévues à l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès l'introduction de sa demande d'asile, c'est-à-dire lors de sa présentation dans une structure de premier accueil des demandeurs d'asile, ne permet pas de considérer qu'il n'aurait pas reçu ces informations en temps utile.
8. Il ressort des pièces du dossier que M. A s'est vu remettre le 18 juin 2024 les brochures " A " et " B " conformes aux modèles figurant à l'annexe X du règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014, dont il a signé les pages de garde, et qui contiennent les informations prescrites par les dispositions précitées en langue française, langue que l'intéressé a déclaré comprendre. Il ressort en outre du résumé de son entretien du même jour que M. A a été informé que sa demande d'asile était traitée conformément au règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et qu'il a déclaré comprendre la procédure engagée à son encontre. Par suite M. A n'est pas fondé à soutenir qu'il n'aurait pas bénéficié d'une information délivrée conformément aux dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'Etat membre responsable, l'Etat membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / () 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'Etat membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. () ".
10. Il ressort des mentions figurant sur le résumé d'entretien signé par M. A qu'il a bénéficié le 18 juin 2024, soit avant l'intervention de la décision contestée, de l'entretien individuel prévu par l'article 5 précité du règlement n° 604/2013. Aucun élément du dossier ne permet de tenir pour établi que cet entretien n'aurait pas été mené dans des conditions garantissant sa confidentialité. S'il ne résulte ni des dispositions citées au point précédent ni d'aucun principe que devrait figurer sur le compte rendu de l'entretien individuel la mention de l'identité de l'agent qui a mené l'entretien, il appartient à l'autorité administrative, en cas de contestation sur ce point, d'établir par tous moyens que l'entretien a bien, en application des dispositions précitées de l'article 5.5 du règlement du 26 juin 2013, été mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. Il ressort du résumé de l'entretien du 18 juin 2024 que celui-ci a permis à M. A d'exposer sa situation familiale, les étapes de son parcours migratoire et son passage par la Lituanie où il a notamment précisé qu'il n'avait déposé aucune demande d'asile, qu'il était resté deux ans enfermé et avait subi de mauvais traitements. Si le requérant fait valoir que le résumé d'entretien indique une date erronée de départ de son pays d'origine et ne comporte aucune trace d'un échange sur les motifs de sa demande d'asile, les éléments consignés dans ce document suffisent à établir que M. A a pu répondre aux questions posées et s'exprimer spontanément dans le cadre d'une procédure de détermination de l'Etat responsable de sa demande d'asile. Alors que le résumé de l'entretien est signé par M. B D dont le tampon précise " pour le préfet et par délégation le chef du bureau asile ", la circonstance que l'agent ayant conduit l'entretien du 18 juin 2024 est seulement identifié par des initiales et une signature ne permet pas de tenir pour établi que cet entretien n'aurait pas été mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 5 du règlement du 26 juin 2013 doit être écarté.
11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Les États membres examinent toute demande de protection internationale présentée par un ressortissant de pays tiers ou par un apatride sur le territoire de l'un quelconque d'entre eux, y compris à la frontière ou dans une zone de transit. La demande est examinée par un seul État membre, qui est celui que les critères énoncés au chapitre III désignent comme responsable. () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'Etat membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet Etat membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entrainent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'Etat membre procédant à la détermination de l'Etat membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre Etat membre peut être désigné comme responsable " Aux termes de l'article 17 du même règlement : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () ". Il résulte de ces dispositions que si une demande d'asile est examinée par un seul Etat membre et qu'en principe cet Etat est déterminé par application des critères d'examen des demandes d'asile fixés par son chapitre III, dans l'ordre énoncé par ce chapitre, l'application de ces critères est toutefois écartée en cas de mise en œuvre de la clause dérogatoire énoncée au paragraphe 1 de l'article 17 du règlement, qui procède d'une décision prise unilatéralement par un Etat membre. Cette faculté laissée à chaque Etat membre est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile. Ces dispositions doivent être appliquées dans le respect des droits garantis par la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Les articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne disposent que : " Nul ne peut être soumis à la torture, ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
12. Par ailleurs, eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les Etats membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un Etat autre que la France, que cet Etat a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet Etat membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire. La seule circonstance qu'à la suite du rejet de sa demande de protection par cet Etat membre l'intéressé serait susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ne saurait caractériser la méconnaissance par cet Etat de ses obligations.
13. M. A fait valoir qu'à son arrivée en Lituanie en 2022 il a été détenu dans un camp en forêt pendant trois mois, hébergé sous une tente malgré le froid de l'hiver, avant d'être détenu à la prison de Kybartai où ses empreintes digitales ont été relevées de force. Il soutient qu'il y a été détenu pendant environ 18 mois dans des conditions insalubres et qu'il y a subi de mauvais traitements. Si le requérant produit des photographies d'un campement et d'une prison où il semble probable qu'il ait été, la période et la durée de sa détention ainsi que la nature des mauvais traitements qu'il soutient avoir reçus en Lituanie ne peuvent être regardées comme étant suffisamment établies au regard des pièces produites et des déclarations faiblement circonstanciées de M. A. Il est par ailleurs constant que les autorités lituaniennes ont explicitement accepté de reprendre en charge l'intéressé sur le fondement du b) du paragraphe 1 de l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. S'il résulte de l'arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne C-72/22 du 30 juin 2022 que la nouvelle législation lituanienne méconnaît l'article 8-2 de la directive 2013/33/UE relatif au placement en rétention au cas par cas, et même si elle méconnaît aussi son article 9-3 relatif au contrôle juridictionnel du placement, il ressort de la réponse favorable donnée par la Lituanie le 4 juillet 2024 à la demande de reprise en charge de la demande d'asile de M. A que les autorités de ce pays ont indiqué que M. A, dont les empreintes digitales avaient été enregistrées le 29 avril 2022, s'est enfui avant qu'une décision ait été prise sur sa demande de protection internationale et que, par conséquent, l'examen de sa demande d'asile a été clôturé le 3 août 2022. Les éléments produits par le requérant à l'appui de la requête ne permettent pas d'établir que la Lituanie ne rouvrira pas l'instruction de la demande d'asile de M. A dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile, alors que la Lituanie est un Etat membre de l'Union européenne, partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ces conditions, les éléments au dossier ne permettent pas de caractériser des raisons sérieuses de croire qu'il existe en Lituanie des défaillances systémiques dans le traitement des demandes d'asile, qui imposaient au préfet de s'assurer auprès des autorités lituaniennes des conditions de traitement de la demande d'asile de l'intéressé, ni d'établir que M. A y serait exposé au risque de subir des traitements contraires aux articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
14. En dernier lieu, si M. A fait valoir qu'il est dans une situation particulièrement vulnérable eu égard à sa qualité de demandeur d'asile, à ses conditions d'accueil en Lituanie, et aux souffrances physiques et psychologiques qu'il endure sans avoir pu consulter de médecin, les pièces du dossier qui ne comporte aucun document de nature médicale et les précisions apportées au soutien de ces déclarations ne permettent pas d'établir que M. A se trouverait dans une situation de particulière vulnérabilité imposant d'instruire sa demande d'asile en France. Il n'est pas davantage établi que M. A n'aurait pas accès en Lituanie à des soins adaptés à son état de santé, alors que les autorités lituaniennes ont explicitement accepté de le reprendre en charge. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en ne faisant pas usage de la clause discrétionnaire prévue par les dispositions de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013 le préfet de Maine-et-Loire aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.
15. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision du 9 juillet 2024 par laquelle le préfet de Maine-et-Loire a ordonné le transfert de M. A aux autorités lituaniennes. Par voie de conséquence il y a lieu de rejeter également les conclusions à fin d'injonction ainsi que les conclusions relatives aux frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de Maine-et-Loire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 août 2024.
La magistrate désignée,
A. Chatal
La greffière,
M.-C. Minard
La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026