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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2411755

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2411755

mercredi 14 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2411755
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation- Etrangers - 15 jours
Avocat requérantROUXEL

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de M. B, ressortissant guinéen, contestant l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire ordonnant son transfert vers l'Espagne, responsable de sa demande d'asile. Le tribunal a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la remise des brochures d'information en français, langue comprise par le requérant, respectait l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013. Il a également jugé que l'accord implicite des autorités espagnoles était valide et que le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme n'était pas fondé. En conséquence, la demande d'annulation et les conclusions accessoires ont été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 juillet 2024 M. E B, représenté par Me Rouxel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 juillet 2024 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a décidé son transfert vers l'Espagne, Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée en droit et en fait ;

- l'absence de mention du nom de la personne ayant mené son entretien individuel entache la décision attaquée d'illégalité ;

- l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 a été méconnu dès lors qu'il n'a pas reçu l'ensemble des informations prévues à cet article dans une langue qu'il comprend ;

- en l'absence de preuve de réception par l'Espagne de la demande de reprise en charge par les autorités espagnoles dans les deux mois suivant le dépôt de sa demande d'asile, la France est devenue l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile ;

- la décision méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 août 2024 le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête sont dépourvus de fondement.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle auprès du tribunal judiciaire de Nantes du 30 juillet 2024.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Chatal, conseillère, pour statuer sur les litiges relevant du contentieux des décisions de transfert des personnes demandant l'asile en France vers l'Etat membre de l'Union européenne responsable de l'examen de la demande d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 août 2024 à 10h30 :

- le rapport de Mme Chatal, magistrate désignée ;

- les observations de Me Rouxel, représentant le requérant.

Le préfet de Maine-et-Loire n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant guinéen né en 2002, a sollicité l'asile auprès des services de la préfecture de Loire-Atlantique qui ont enregistré sa demande le 12 juin 2024. La consultation du fichier Eurodac ayant révélé que l'intéressé avait déposé une première demande de protection internationale en Espagne où ses empreintes digitales avaient été enregistrées le 27 mars 2024, le préfet de Maine-et-Loire a sollicité, le 14 juin 2024, sa reprise en charge par les autorités espagnoles, lesquelles ont implicitement donné leur accord. Par l'arrêté attaqué du 9 juillet 2024, le préfet de Maine-et-Loire a décidé le transfert de M. B aux autorités espagnoles, responsables de l'examen de sa demande d'asile.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise notamment le règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que M. A a présenté une demande d'asile auprès de la préfecture de Loire-Atlantique le 12 juin 2024 et qu'une recherche effectuée dans le fichier Eurodac a révélé que l'intéressé avait sollicité l'asile auprès des autorités espagnoles à la suite d'un enregistrement de ses empreintes digitales le 27 mars 2024 dans ce pays. L'arrêté ajoute que les autorités espagnoles, saisies le

14 juin 2024 d'une demande tendant à les désigner responsables de l'examen de la demande d'asile de M. A, ont donné leur accord implicite. La décision attaquée mentionne ainsi de manière suffisamment précise et circonstanciée les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré du défaut de motivation doit dès lors être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, en vertu de l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application de ce règlement doit se voir remettre, en temps utile pour lui permettre de faire valoir ses observations, c'est-à-dire au plus tard lors de l'entretien prévu par les dispositions de l'article 5 du même règlement, qui permet de s'assurer qu'il a compris correctement ces informations, l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de cet article, dans une langue qu'il comprend. Eu égard à la nature de ces informations, la remise par l'autorité administrative de la brochure prévue par les dispositions de l'article 4 du règlement du 26 juin 2013 constitue pour le demandeur d'asile une garantie.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B s'est vu remettre le 12 juin 2024, date de l'enregistrement de sa demande d'asile dans les services de la préfecture et de son entretien individuel, le guide du demandeur d'asile ainsi que les brochures A et B conformes aux modèles figurant à l'annexe X du règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014, dont il a signé les pages de garde, qui contiennent les informations prescrites par les dispositions précitées, en langue française, langue que l'intéressé a déclaré comprendre. Il ressort du résumé de son entretien du même jour que les informations contenues dans les brochures A et B et dans le guide du demandeur d'asile, lui ont en outre été communiquées oralement et qu'il a reconnu les avoir comprises. Par suite M. B n'est pas fondé à soutenir qu'il n'aurait pas bénéficié d'une information délivrée conformément aux dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'Etat membre responsable, l'Etat membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / () 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'Etat membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. () ".

6. Il ressort des mentions figurant sur le résumé d'entretien signé par M. B qu'il a bénéficié le 12 juin 2024, soit avant l'intervention de la décision contestée, de l'entretien individuel prévu par l'article 5 précité du règlement n° 604/2013. S'il ne résulte ni des dispositions citées au point précédent ni d'aucun principe que devrait figurer sur le résumé de l'entretien individuel la mention de l'identité de l'agent qui a mené l'entretien, il appartient à l'autorité administrative, en cas de contestation sur ce point, d'établir par tous moyens que l'entretien a bien, en application des dispositions précitées de l'article 5.5 du règlement du 26 juin 2013, été mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. En l'espèce, le résumé de l'entretien comporte une signature ainsi que les initiales " DC " apposées à côté d'un tampon " Préfecture de la Loire Atlantique / L'agent habilité et qualifié ". Il ressort par ailleurs des articles 3 et 4 de l'arrêté du préfet de la Loire-Atlantique du 1er mars 2024 portant délégation de signature à Mme D C, directrice des migrations et de l'intégration, qu'au sein de la direction des migrations et de l'intégration, des agents du bureau de l'asile et de l'intégration sont nommément désignés, avec leurs initiales entre parenthèses, pour " signer les comptes-rendus d'entretien Dublin ". Parmi ces personnes, l'agent portant les initiales DC est désigné. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'illégalité du fait de l'absence de mention du nom de l'agent ayant mené l'entretien du 12 juin 2024 avec M. B.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 23 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Lorsqu'un État membre auprès duquel une personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point b), c) ou d), a introduit une nouvelle demande de protection internationale estime qu'un autre État membre est responsable conformément à l'article 20, paragraphe 5, et à l'article 18, paragraphe 1, point b), c) ou d), il peut requérir cet autre État membre aux fins de reprise en charge de cette personne. / 2. Une requête aux fins de reprise en charge est formulée aussi rapidement que possible et, en tout état de cause, dans un délai de deux mois à compter de la réception du résultat positif Eurodac ("hit"), en vertu de l'article 9, paragraphe 5, du règlement (UE) n° 603/2013. () 3. Lorsque la requête aux fins de reprise en charge n'est pas formulée dans les délais fixés au paragraphe 2, c'est l'État membre auprès duquel la nouvelle demande est introduite qui est responsable de l'examen de la demande de protection internationale. "

8. Il ressort des pièces du dossier que les autorités espagnoles ont été effectivement saisies, à l'aide du formulaire type prévu à l'article 23 précité, le 14 juin 2024, soit moins de deux mois à compter de la réception du résultat positif Eurodac, d'une requête à fin de reprise en charge de M. B. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la saisine des autorités espagnoles ne serait pas intervenue dans le délai de deux mois et que la France serait devenue l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture, ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

10. Si M. B soutient que son retour en Espagne porterait atteinte à l'article 3 précité de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'expose pas d'éléments en ce sens, relatifs à son parcours migratoire, notamment en Espagne, et se borne à faire valoir qu'il parle français et non espagnol. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'exécution de la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction et celles présentées en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B, à Me Rouxel et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 août 2024.

La magistrate désignée,

A. Chatal

La greffière,

M.-C. MinardLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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