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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2412065

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2412065

jeudi 22 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2412065
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation- Etrangers - 15 jours
Avocat requérantMOREAU TALBOT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de M. B, ressortissant algérien, qui contestait l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire fixant l'Algérie comme pays de destination pour l'exécution de son interdiction judiciaire définitive du territoire français. Le tribunal a jugé que la décision était suffisamment motivée, que la procédure n'avait pas méconnu le droit d'être entendu, et qu'elle ne portait pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Il a également estimé que M. B n'établissait pas être exposé à des traitements contraires à l'article 3 de la même Convention en cas de retour en Algérie. La solution s'appuie sur les articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur l'article 131-30 du code pénal.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 juillet 2024 et le 13 août 2024, M. D B, placé au centre de rétention administrative de Coquelles, représenté par Me Moreau-Talbot, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures d'annuler l'arrêté du 27 juillet 2024 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné en exécution de l'interdiction judiciaire du territoire français prononcée à son encontre le 31 mai 2012.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen particulier et sérieux de sa situation ;

- elle est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière, en méconnaissance du droit de l'intéressé à être entendu préalablement à l'édiction de la décision, prévu les articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, et qui constitue un principe général du droit de l'Union européenne ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.

Par une décision du 13 août 2024, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code pénal ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Thomas, première conseillère, pour exercer les attributions conférées au président du tribunal par le titre 2 du livre IX de la partie législative du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Thomas, magistrate désignée, été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 14 août 2024 à 11 h15.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 22 janvier 1989, a été condamné par un jugement de la Cour d'assises des Bouches du Rhône du 31 mai 2012 à une peine de sept ans d'emprisonnement et à une interdiction définitive du territoire français à titre de peine complémentaire, pour viol en réunion commis le 22 avril 2009 à Marseille. Il a été écroué du 25 avril 2009 au 20 février 2015. A sa levée d'écrou, M. B a été éloigné du territoire français vers l'Algérie avant de revenir irrégulièrement sur le territoire français, selon ses déclarations, en juillet 2017, sur lequel il s'est maintenu en situation irrégulière depuis lors en faisant usage de fausses identités. Par un arrêté du 27 juillet 2024, le préfet de Maine-et-Loire a fixé comme pays de renvoi l'Algérie afin d'assurer l'exécution de la décision d'interdiction du territoire français prononcée par le juge judiciaire. Par la présente requête, M. B, placé en rétention administrative, demande l'annulation de cet arrêté du 27 juillet 2024 fixant l'Algérie comme le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article 131-30 du code pénal, auquel renvoie l'article L. 641-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'elle est prévue par la loi, la peine d'interdiction du territoire français peut être prononcée, à titre définitif ou pour une durée de dix ans au plus, à l'encontre de tout étranger coupable d'un crime ou d'un délit./ L'interdiction du territoire entraîne de plein droit la reconduite du condamné à la frontière, le cas échéant, à l'expiration de sa peine d'emprisonnement ou de réclusion./ Lorsque l'interdiction du territoire accompagne une peine privative de liberté sans sursis, son application est suspendue pendant le délai d'exécution de la peine. Elle reprend, pour la durée fixée par la décision de condamnation, à compter du jour où la privation de liberté a pris fin. ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français ". Et aux termes de l'article L. 721-4 de ce même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'aussi longtemps que la personne condamnée n'a pas obtenu de la juridiction qui a prononcé la condamnation pénale le relèvement de sa peine d'interdiction du territoire, l'autorité administrative est tenue de pourvoir à son exécution en édictant à son encontre une décision motivée fixant son pays de destination, sous réserve qu'une telle décision n'expose pas l'intéressé à être éloigné à destination d'un pays dans lequel sa vie ou sa liberté serait menacée, ou d'un pays où il serait exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Emmanuel Le Roy, secrétaire général de la préfecture de Maine-et-Loire. Par un arrêté du 18 mars 2024 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture de ce département, le préfet de Maine-et-Loire lui a donné délégation à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figure pas la décision attaquée. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de cette décision manque en fait.

6. En deuxième lieu, l'arrêté contesté vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il mentionne la nationalité du requérant, le jugement de la Cour d'assises des Bouches du Rhône et fait mention des éléments propres à la vie privée et familiale de M. B en France. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée manque en fait. Par ailleurs, il ne ressort d'aucun élément du dossier que la situation de l'intéressé n'aurait pas l'objet d'un examen complet et sérieux. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit être écarté.

7. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-1 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. (). ".

8. D'autre part, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne à faire connaître, de manière utile et effective, ses observations écrites ou orales au cours d'une procédure administrative, avant l'adoption de toute décision susceptible de lui faire grief. Toutefois, ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. En outre, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

9. Il ressort des pièces du dossier que M. B s'est vu notifier, le 27 juillet 2024 à 14 h 20, le courrier par lequel le préfet de Maine-et-Loire l'a informé de son intention de fixer le pays à destination duquel il sera éloigné, en exécution de l'interdiction judiciaire définitive du territoire français prononcée à l'encontre de l'intéressé. Il ressort des pièces du dossier que ce dernier a pu valablement formuler ses observations, en faisant état de ce qu'il est le père d'une fille de sept ans dont la mère est de nationalité française, et a refusé de signer ce courrier. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait souhaité présenter des observations orales ni d'autres observations écrites susceptibles d'influer sur le contenu de la décision. Dans ces conditions, le requérant a été mis à même de présenter toutes les observations utiles et pertinentes, eu égard à sa situation, sur la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée aurait été prise à l'issue d'une procédure irrégulière faute de procédure préalable contradictoire et en méconnaissance du droit de M. B d'être entendu, ne peut qu'être écarté.

10. En quatrième lieu, M. B se prévaut de l'ancienneté de sa résidence en France, de son insertion professionnelle, de son concubinage avec une ressortissante française. Il fait valoir qu'il est le père d'une fille de nationalité française, née le 13 septembre 2017 de leur union, et fait état de ce qu'il ne dispose plus d'attaches familiales proches en Algérie. Toutefois, il est constant que la décision attaquée a été prise en vue de l'exécution du jugement de la Cour d'assises des Bouches du Rhône en date du 31 mai 2012 qui a condamné M. B, à titre de peine complémentaire, à une interdiction définitive du territoire français. Par suite, si M. B soutient que la décision attaquée porterait une atteinte qui serait disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'atteinte à ce droit découle, en tout état de cause, non de cette décision, qui se borne à prévoir le renvoi de l'intéressé dans son pays d'origine, mais du prononcé par le juge pénal de la peine d'interdiction du territoire. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté comme inopérant.

11. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier qu'écroué du 25 avril 2009 au 20 février 2015, après avoir été éloigné du territoire français vers l'Algérie, il est revenu irrégulièrement sur le territoire français selon ses déclarations en juillet 2017 sur lequel il s'est maintenu en situation irrégulière, en dépit de la peine complémentaire d'interdiction définitive du territoire français prononcée par le juge pénal, avant d'être interpelé le 25 juillet 2024 pour des faits de défaut de permis de conduire et d'assurance, refus d'obtempérer, faux et usage de faux en écriture, et de non déclaration de son changement d'adresse par une personne enregistrée dans le fichier des auteurs d'infractions sexuelles. En tout état de cause, la décision attaquée fixant le pays de destination est, comme il a été dit précédemment, la conséquence nécessaire de l'interdiction du territoire français prononcée par le juge pénal à son encontre, qui emporte de plein droit cette mesure. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision au regard de sa situation familiale en France ne peut donc qu'être écarté.

12. En dernier lieu, le requérant ne produit aucun élément de nature à démontrer la réalité et le caractère personnel des risques qu'il serait susceptible encourir en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. D B et au préfet de Maine-et-Loire.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 22 août 2024.

La magistrate désignée,

S. THOMAS

La greffière

M. - A C

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

La greffière

2412065

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