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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2412121

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2412121

lundi 1 juin 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2412121
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème chambre
Avocat requérantPRONOST

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a été saisi d’un recours en excès de pouvoir contre la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa, confirmant le refus de délivrance de visas de long séjour au titre de la réunification familiale pour quatre ressortissants ivoiriens. Le tribunal a jugé que la décision implicite s’appropriait les motifs des décisions consulaires, lesquelles visaient les articles L. 561-2 à L. 561-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA). La solution retenue n’est pas explicitée dans l’extrait fourni, mais le tribunal a examiné les moyens tirés du défaut de motivation, de l’erreur de droit, de la méconnaissance de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme et de l’article 3-1 de la Convention internationale des droits de l’enfant.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 août 2024 et le 19 janvier 2026, M. D... B..., agissant en son nom propre, en qualité de représentant légal de l’enfant réfugié Kimsline Marie-Fatoumata B... et en qualité de représentant légal des enfants mineurs F... B..., G... A... B... et E... B..., ainsi que M. C... B..., représentés par Me Pronost, demandent au tribunal :

d’annuler la décision implicite résultant du silence gardé par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France sur le recours formé contre les décisions du 13 juillet 2023 de l’autorité consulaire française à Abidjan (Côte d’Ivoire) refusant à M. C... B..., à M. F... B..., et aux jeunes G... A... B... et E... B... la délivrance d’un visa d’entrée et de long séjour en France au titre de la réunification familiale ;

d’enjoindre au ministre de l’intérieur de faire délivrer les visas demandés dans le délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer les demandes de visas dans les mêmes conditions de délai et d’astreinte;

de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros hors taxe à verser à son conseil, en cas d’admission au bénéfice de l’aide juridictionnelle, en application des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l’Etat au titre de l’aide juridictionnelle, ou en cas de rejet de la demande d’aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 440 euros hors taxes, en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’une erreur de droit dès lors que l’administration n’est pas liée par la circonstance que la demande de visa ne remplit pas les conditions prévues par l’article L. 561-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la décision attaquée méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, l’article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant et est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle des intéressés.

La requête de M. D... B... et de M. C... B... a été communiquée au ministre de l’intérieur, qui n’a pas produit de mémoire en défense.

M. D... B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 3 avril 2025,


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- le code civil ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Cabon a été entendu au cours de l’audience publique.

Considérant ce qui suit :

M. D... B..., ressortissant ivoirien, est entré en France et est le père de l’enfant Kimsline Marie-Fatoumata B..., née en France le 2 juillet 2020 et qui s’est vu accorder la qualité de réfugiée par décision de l’Office français des réfugiés et apatrides du 9 avril 2021. Ses quatre enfants allégués, issus d’une autre union en Côte d’Ivoire, M. C... B..., M. F... B... et les jeunes G... A... B... et E... B..., ont sollicité la délivrance d’un visa d’entrée et de long séjour en France au titre de la réunification familiale auprès de l’autorité consulaire française à Abidjan (Côte d’Ivoire). Par quatre décisions du 13 juillet 2023, cette autorité a refusé de délivrer les visas demandés. Par une décision implicite résultant du silence gardé pendant un délai de deux mois, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France a rejeté le recours formé le 14 août 2023 contre ces décisions consulaires. M. D... B... et M. C... B... demandent au tribunal l’annulation de cette décision.
En premier lieu, les dispositions de l’article D. 312-8-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile impliquent que si le recours administratif préalable obligatoire formé contre une décision de refus de visa fait l’objet d’une décision implicite de rejet, cette décision implicite, qui se substitue à la décision initiale, doit être regardée comme s’étant appropriée les motifs de la décision initiale.
La commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France doit ainsi être regardée comme s’étant appropriée, dans sa décision implicite, les motifs retenus par l’autorité consulaire française à Abidjan dans ses décisions expresses du 13 juillet 2023. Les décisions consulaires, qui visent les articles L. 561-2 à L. 561-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ainsi que les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1er de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant, indiquent qu’en application de l’article L. 561-2 du code de l’entrée et séjour des étrangers et du droit d’asile, le lien familial allégué avec le bénéficiaire de la protection de l’Office français de protection des réfugiés et du droit d’asile ne correspond pas à l’un des cas permettant d’obtenir un visa au titre de la réunification familiale. Elle comporte ainsi l’énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et satisfait ainsi à l’exigence de motivation prévue à l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, qui s’est substituée aux décisions consulaires, doit être écarté comme non fondé.
En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : (…) 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. Si le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire est un mineur non marié, il peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint par ses ascendants directs au premier degré, accompagnés le cas échéant par leurs enfants mineurs non mariés dont ils ont la charge effective. L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite. ».
Il ressort des pièces du dossier que l’enfant Kimsline Marie-Fatoumata B..., née le 2 juillet 2020 en France, s’est vu reconnaître le statut de réfugiée par une décision de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides 9 avril 2021 et réside en France avec le père des demandeurs de visa et sa mère, qui n’est pas la mère des demandeurs. Cette circonstance n’ouvre pas droit à la délivrance d’un visa de long séjour à M. C... B..., à M. F... B... et aux jeunes G... A... B... et E... B... au titre de la réunification familiale, sur le fondement des dispositions précitées du 3° de l’article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui visent les enfants du réfugié ou les ascendants directs au premier degré du réfugié, accompagnés le cas échéant par leurs enfants mineurs non mariés dont ils ont la charge effective. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l’administration se serait estimée liée par le fait que les demandes de visa n’entraient pas dans le champ du 3° de l’article L. 561-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et n’aurait pas, ce faisant, procédé à un examen particulier de la situation des demandeurs de visa et notamment de leur situation familiale. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir d’une part, que c’est en commettant une erreur de droit que la commission de recours a opposé aux demandes de visa le motif tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point précédent et d’autre part, que la commission de recours aurait méconnu ces mêmes dispositions.
En troisième et dernier lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (…) ». Aux termes du paragraphe 1 de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant du 26 janvier 1990 : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale. ».
Si les requérants font valoir que la mère des quatre enfants de M. D... B... restés en Côte d’Ivoire serait défaillante, les enfants étant pris en charge par leur oncle, ces éléments ne sont pas corroborés par les pièces du dossier, les seules preuves de virements financiers pour les années 2022, 2023 et 2024 n’étant pas de nature à l’établir. Par suite, dès lors qu’il ne ressort pas des pièces du dossier que les enfants seraient isolés dans leur pays d’origine, où leur père peut leur rendre visite comme cela a été le cas au mois de mai 2024, et les risques évoqués d’excision s’agissant de la jeune G... A... B... n’étant pas établis par ces mêmes pièces, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l’article 8 de la convention européenne des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance du paragraphe 1 de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant doit être écarté.
Il résulte de tout ce qui précède que M. D... B... et M. C... B... ne sont pas fondés à demander l’annulation de la décision attaquée. Par suite, les conclusions présentés à fin d’annulation doivent être rejetées, ainsi, par voie de conséquence que celles présentées à fin d’injonction sous astreinte et celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D... B... et M. C... B... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D... B..., à M. C... B... et au ministre de l’intérieur.


Délibéré après l’audience du 11 mai 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Picquet, présidente,
M. Cabon, premier conseiller,
Mme d’Erceville, première conseillère.



Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2026.

Le rapporteur,

P. Cabon

La présidente,

P. Picquet

La greffière,



A. Chabanne


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,


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