Texte intégral
Vu la procédure suivante :
I. Sous le n° 2412270, par une requête et des mémoires enregistrés les 5 août 2024, 9 janvier 2026 et 14 janvier 2026, Mme E... B... C..., en son nom propre et en qualité de représentante légale de son fils mineur H... A... B..., représentée par Me Caillet, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 4 juin 2024 par laquelle le sous-directeur des visas de la direction de l’immigration du ministère de l’intérieur a rejeté le recours formé contre la décision du 28 février 2024 de l’autorité consulaire française à La Havane (Cuba) refusant au jeune H... A... B... la délivrance d’un visa de court séjour en France, ainsi que la décision consulaire ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 5 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;
- elles méconnaissent l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle a produit une attestation d’accueil et l’accueillant a des ressources suffisantes ;
- les décisions attaquées sont entachées d’une erreur manifeste d’appréciation en ce qui concerne le risque de détournement de l’objet du visa.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 décembre 2025, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme B... C... ne sont pas fondés.
II. Sous le n° 2412277, par une requête et des mémoires enregistrés les 5 août 2024, 9 janvier 2026 et 14 janvier 2026, Mme D... C... I..., représentée par Me Caillet, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le sous-directeur des visas de la direction de l’immigration du ministère de l’intérieur sur le recours formé contre la décision du 28 février 2024 de l’autorité consulaire française à La Havane (Cuba) lui refusant la délivrance d’un visa de court séjour en France, ainsi que la décision consulaire ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 5 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;
- elles méconnaissent l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle a produit une attestation d’accueil et l’accueillant a des ressources suffisantes ;
- les décisions attaquées sont entachées d’une erreur manifeste d’appréciation en ce qui concerne le risque de détournement de l’objet du visa.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 décembre 2025, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme C... I... ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention d’application de l’accord de Schengen, signée le 19 juin 1990 ;
- le règlement (CE) n° 810/2009 du 13 juillet 2009 du Parlement européen et du Conseil établissant un code communautaire des visas (code des visas) ;
- le règlement (CE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l’Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendu au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Cabon ;
- et les observations de Me Caillet, avocat des requérants.
Considérant ce qui suit :
Le jeune H... A... B... et sa grand-mère, Mme F..., ressortissants cubains, ont sollicité la délivrance d’un visa de court séjour en France auprès de l’autorité consulaire française à La Havane (Cuba). Par deux décisions du 28 février 2024, cette autorité a refusé de délivrer les visas demandés. Par une décision expresse du 4 juin 2024 le sous-directeur des visas de la direction de l’immigration du ministère de l’intérieur a rejeté le recours formé contre la décision consulaire relative à la demande du jeune G... A... B.... Le recours de Mme C... I... a été rejeté par une décision implicite résultant du silence gardé pendant plus de deux mois par le sous-directeur des visas. Par les deux requêtes visées ci-dessus, la mère de G... A... B..., Mme E... B... C..., d’une part, et Mme D... C... I... d’autre part, demandent au tribunal l’annulation de ces deux décisions ainsi que des décisions consulaires.
Les requêtes nos 2412270 et 2412277 présentent à juger des questions semblables et ont fait l’objet d’une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.
En vertu des dispositions de l’article D. 312-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile qui instituent un recours administratif préalable obligatoire, la décision du sous-directeur des visas de la direction de l’immigration du ministère de l’intérieur se substitue à celle qui a été prise par l’autorité consulaire. Par suite, le juge de l’excès de pouvoir doit regarder les conclusions dirigées formellement contre la décision initiale comme tendant à l’annulation de la décision qui s’y est substituée. En conséquence, d’une part, les conclusions à fins d’annulation des décisions consulaires en litige doivent être regardées comme exclusivement dirigées contre les décisions de la commission de recours et, d’autre part, les moyens dirigés contre les décisions consulaires doivent être écartés comme inopérants.
En premier lieu, la décision attaquée du 4 juin 2024 vise le règlement CE n°810/2009 du parlement européen et du conseil du 13 juillet 2009 établissant un code communautaire des visas, notamment ses articles 21 et 32, ainsi que les articles L. 311-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, et indique que la demande de visa en cause présente un risque de détournement de l’objet du visa à des fins migratoires en considération des attaches portées à la connaissance de l’administration. Elle comporte l’énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et satisfait ainsi à l’exigence de motivation prévue à l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision expresse du 4 juin 2024, qui s’est substituée à la décision consulaire, doit être écarté comme non fondé.
En deuxième lieu, les dispositions de l’article D. 312-8-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile impliquent que si le recours administratif préalable obligatoire formé contre une décision de refus de visa fait l’objet d’une décision implicite de rejet, cette décision implicite, qui se substitue à la décision initiale, doit être regardée comme s’étant appropriée les motifs de la décision initiale.
S’agissant de la demande de visa présentées par Mme C... I..., le sous-directeur des visas doit ainsi être regardé comme s’étant approprié, dans sa décision implicite, les motifs retenus par l’autorité consulaire française à La Havane dans sa décision expresse du 28 février 2024. La décision consulaire, indique qu’il existe des doutes raisonnables quant à la volonté de la demandeuse du visa de quitter le territoire des états membres avant l’expiration du visa. Elle comporte l’énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et satisfait ainsi à l’exigence de motivation prévue à l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée du sous-directeur des visas, qui s’est substituée à la décision consulaire, doit être écarté comme non fondé.
En troisième lieu, aux termes de l’article 10 de la convention d’application de l’accord de Schengen : « 1. Il est institué un visa uniforme valable pour le territoire de l'ensemble des Parties contractantes. Ce visa (…) peut être délivré pour un séjour de trois mois au maximum (…) ». Aux termes de l’article 21 du règlement (CE) du 13 juillet 2009 du Parlement européen et du Conseil établissant un code communautaire des visas : « 1. Lors de l’examen d’une demande de visa uniforme, (…) une attention particulière est accordée à l’évaluation du risque d’immigration illégale (…) que présenterait le demandeur ainsi qu’à sa volonté de quitter le territoire des États membres avant la date d’expiration du visa demandé. ». Aux termes de l’article 32 du même règlement : « 1. (…) le visa est refusé : (…) / b) s’il existe des doutes raisonnables sur (…) la fiabilité des déclarations effectuées par le demandeur ou sur sa volonté de quitter le territoire des États membres avant l’expiration du visa demandé. (…) ». Aux termes de l’annexe II du même règlement : « Liste non exhaustive de documents justificatifs / Les justificatifs visés à l’article 14, que les demandeurs de visa doivent produire, sont notamment les suivants : (…) / B. Documents permettant d’apprécier la volonté du demandeur de quitter le territoire des états membres : / 1) un billet de retour ou un billet circulaire, ou encore une réservation de tels billets; 2) une pièce attestant que le demandeur dispose de moyens financiers dans le pays de résidence; 3) une attestation d’emploi: relevés bancaires; 4) toute preuve de la possession de biens immobiliers; 5) toute preuve de l’intégration dans le pays de résidence: liens de parenté, situation professionnelle.».
L'administration peut, indépendamment d’autres motifs de rejet tels que la menace pour l’ordre public, refuser la délivrance d’un visa, qu’il soit de court ou de long séjour, en cas de risque avéré de détournement de son objet, lorsqu’elle établit que le motif indiqué dans la demande ne correspond manifestement pas à la finalité réelle du séjour de l’étranger en France. Elle peut à ce titre opposer un refus à une demande de visa de court séjour en se fondant sur l’existence d’un risque avéré de détournement du visa à des fins migratoires.
Il ressort des pièces du dossier que le jeune H... B... A... réside à Cuba chez sa grand-mère Mme D... C... I.... Toutefois, la mère de cet enfant résidant aux États-Unis ainsi qu’il est indiqué dans le dernier mémoire du 14 janvier 2026, et son père étant décédé, la grand-mère de l’enfant, également demandeuse de visa, apparaît comme la seule attache familiale dans le pays d’origine. Il en est de même de Mme D... C... I..., qui ne justifie pas d’attaches familiales à Cuba. Si cette dernière fait valoir qu’elle est dans une situation financière aisée, et qu’elle exploite avec son époux un minibus à Cuba, elle n’établit pas la réalité des revenus qui résulteraient de cette activité, ni la résidence de son époux à Cuba, la seule possession d’un bien immobilier n’étant pas de nature à constituer une garantie de retour suffisante dans le pays d’origine. Ainsi, au regard de l’ensemble de ces éléments, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la décision attaquée serait entachée d’une erreur manifeste d’appréciation en ce qui concerne le risque de détournement de l’objet des visas en cause. Eu égard au motif des décisions attaquées, le moyen tiré de ce qu’a été produite une attestation d’accueil du parrain de l’enfant, et que ce dernier disposerait de ressources suffisantes pour les accueillir, est inopérant.
En quatrième et dernier lieu, eu égard à la nature du visa sollicité, le parrain du jeune H... B... A... pouvant lui rendre visite à Cuba, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le sous-directeur des visas aurait méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales
Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l’annulation des décisions attaquées. Leurs conclusions à fin d’annulation doivent donc être rejetées, ainsi, par voie de conséquence, que celles relatives aux frais liés au litige.
D E C I D E:
Article 1er : Les requêtes n°2412270 et n°2412277 présentées par Mme B... C... et par Mme C... I... sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E... B... C..., à Mme D... C... I... et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 11 mai 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Picquet, présidente,
M. Cabon, premier conseiller,
M. Ossant, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2026.
Le rapporteur,
P. Cabon
La présidente
P. Picquet
La greffière,
A. Chabanne
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,