Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 août 2024, Mme B... A..., représentée par Me Dewaele, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 12 juin 2024 par laquelle le sous-directeur des visas de la direction de l’immigration du ministère de l’intérieur a rejeté le recours formé contre la décision du 1er juin 2023 de l’autorité consulaire française à Conakry (Guinée) lui refusant la délivrance d’un visa de court séjour en France, ainsi que la décision consulaire ;
2°) d’enjoindre au ministre de l’intérieur de lui délivrer le visa sollicité dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros à verser à Mme A... en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;
- les décisions attaquées sont entachées d’un défaut d’examen particulier de la situation de la demandeuse de visa ;
- elles sont entachées d’une erreur manifeste d’appréciation du risque de détournement de l’objet du visa ;
- son fils, qui a des ressources suffisantes, s’engage à prendre en charge l’intégralité de ses frais de séjour ;
- elles méconnaissent l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, ainsi que le paragraphe 1 de l’article 3, de la convention internationale relative aux droits de l’enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 décembre 2025, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme A... ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- la convention d’application de l’accord de Schengen, signée le 19 juin 1990 ;
- le règlement (CE) n° 810/2009 du 13 juillet 2009 du Parlement européen et du Conseil établissant un code communautaire des visas (code des visas) ;
- le règlement (CE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l’Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de M. Cabon a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
Mme B... A..., ressortissante guinéenne, a sollicité la délivrance d’un visa de court séjour en France auprès de l’autorité consulaire française à Conakry (Guinée). Par une décision du 1er juin 2023, cette autorité a refusé de délivrer le visa demandé. Par une décision du 12 juin 2024, le sous-directeur des visas de la direction de l’immigration du ministère de l’intérieur a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire. Mme A... demande au tribunal l’annulation de cette décision ainsi que de la décision consulaire.
En vertu des dispositions de l’article D. 312-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile qui instituent un recours administratif préalable obligatoire, la décision du sous-directeur des visas de la direction de l’immigration du ministère de l’intérieur se substitue à celle qui a été prise par l’autorité consulaire. Par suite, le juge de l’excès de pouvoir doit regarder les conclusions dirigées formellement contre la décision initiale comme tendant à l’annulation de la décision qui s’y est substituée. En conséquence, d’une part, les conclusions à fins d’annulation de la décision consulaire en litige doivent être regardées comme exclusivement dirigées contre la décision du sous-directeur des visas et, d’autre part, les moyens dirigés contre la décision consulaire doivent être écartés comme inopérants.
En premier lieu, la décision attaquée du 12 juin 2024 prise par le sous-directeur des visas vise le règlement CE n° 810/2009 du parlement européen et du conseil du 13 juillet 2009 établissant un code communautaire des visas, notamment ses articles 21 et 32, ainsi que les articles L. 311-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, et indique que la demande de visa en cause présente un risque de détournement de l’objet du visa à des fins migratoires en considération des attaches portées à la connaissance de l’administration dont l’intéressée dispose en France et dans son pays de résidence (64 ans, veuve, sans attaches de toute nature justifiées en Guinée et dont un fils et une petite fille résident en France). Elle comporte l’énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et satisfait ainsi à l’exigence de motivation prévue à l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée, qui s’est substituée à la décision consulaire, doit être écarté comme non fondé.
En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation de la demandeuse de visa n’aurait pas fait l’objet d’un examen particulier. Par suite, le moyen tiré du défaut d’examen particulier de la situation de la demandeuse de visa doit être écarté.
En troisième lieu, aux termes de l’article 10 de la convention d’application de l’accord de Schengen : « 1. Il est institué un visa uniforme valable pour le territoire de l'ensemble des Parties contractantes. Ce visa (…) peut être délivré pour un séjour de trois mois au maximum (…) ». Aux termes de l’article 21 du règlement (CE) du 13 juillet 2009 du Parlement européen et du Conseil établissant un code communautaire des visas : « 1. Lors de l’examen d’une demande de visa uniforme, (…) une attention particulière est accordée à l’évaluation du risque d’immigration illégale (…) que présenterait le demandeur ainsi qu’à sa volonté de quitter le territoire des États membres avant la date d’expiration du visa demandé. ». Aux termes de l’article 32 du même règlement : « 1. (…) le visa est refusé : (…) / b) s’il existe des doutes raisonnables sur (…) la fiabilité des déclarations effectuées par le demandeur ou sur sa volonté de quitter le territoire des États membres avant l’expiration du visa demandé. (…) ». Aux termes de l’annexe II du même règlement : « Liste non exhaustive de documents justificatifs / Les justificatifs visés à l’article 14, que les demandeurs de visa doivent produire, sont notamment les suivants : (…) / B. Documents permettant d’apprécier la volonté du demandeur de quitter le territoire des états membres : / 1) un billet de retour ou un billet circulaire, ou encore une réservation de tels billets; 2) une pièce attestant que le demandeur dispose de moyens financiers dans le pays de résidence; 3) une attestation d’emploi: relevés bancaires; 4) toute preuve de la possession de biens immobiliers; 5) toute preuve de l’intégration dans le pays de résidence: liens de parenté, situation professionnelle.».
L'administration peut, indépendamment d’autres motifs de rejet tels que la menace pour l’ordre public, refuser la délivrance d’un visa, qu’il soit de court ou de long séjour, en cas de risque avéré de détournement de son objet, lorsqu’elle établit que le motif indiqué dans la demande ne correspond manifestement pas à la finalité réelle du séjour de l’étranger en France. Elle peut à ce titre opposer un refus à une demande de visa de court séjour en se fondant sur l’existence d’un risque avéré de détournement du visa à des fins migratoires.
Il ressort des pièces du dossier que Mme A... a sollicité un visa de court séjour en vue de rendre visite à son fils résidant en France, pacsé avec une ressortissante française, et à sa petite fille née le 7 mars 2023. Mme A..., qui ne dispose pas de ressources propres en Guinée, fait valoir qu’elle y dispose d’attaches familiales fortes dès lors qu’elle y réside auprès de deux de ses enfants et de ses petits-enfants. Toutefois, la seule production du passeport guinéen et de la carte d’identité guinéenne de ses filles D... A... et C... A..., nées en 1984 et en 1986, sans aucune précision relative à la résidence ou à l’activité de ces dernières en Guinée à la date de la décision attaquée, ainsi que la production de photographies non datées, n’est pas de nature à établir la réalité de l’allégation selon laquelle Mme A... vivrait en Guinée auprès de ses filles et de ses petits-enfants, dont l’identité n’est davantage précisée. Dans ces conditions, en l’absence d’attaches familiales et matérielles établies dans le pays d’origine, Mme A... n’est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait entachée d’une erreur manifeste d’appréciation en ce qui concerne le risque de détournement de l’objet du visa demandé à des fins migratoires. Par conséquent, compte tenu du motif de la décision attaquée, le moyen tiré de ce que son fils, qui a des ressources suffisantes, s’engage à prendre l’intégralité de ses frais de séjour est inopérant.
En quatrième et dernier lieu, eu égard à la nature du visa sollicité, et le fils de Mme A... étant en mesure, avec sa fille, de rendre visite à Mme A... dans son pays d’origine, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le sous-directeur des visas aurait méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ou celles du paragraphe 1 de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant.
Il résulte de tout ce qui précède que Mme A... n’est pas fondée à demander l’annulation de la décision attaquée. Ses conclusions à fin d’annulation doivent donc être rejetées, ainsi, par voie de conséquence, que celles présentées à fin d’injonction et celles relatives aux frais liés au litige.
D E C I D E:
Article 1er :
La requête présentée par Mme A... est rejetée.
Article 2 :
Le présent jugement sera notifié à Mme B... A... et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 11 mai 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Picquet, présidente,
M. Cabon, premier conseiller,
M. Ossant, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2026.
Le rapporteur,
P. Cabon
La présidente,
P. Picquet
La greffière,
A. Chabanne
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,