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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2412387

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2412387

mercredi 28 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2412387
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation- Etrangers - 15 jours
Avocat requérantBALDE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de M. B, ressortissant saint-lucien, contestant l'arrêté du préfet de la Sarthe du 17 juillet 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de trois ans. Le tribunal a écarté le moyen d'incompétence du signataire, la délégation de signature étant régulière. Il a jugé que la décision d'éloignement ne portait pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé, garanti par l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, compte tenu de sa condamnation pénale pour trafic de stupéfiants et de l'absence de démonstration d'une insertion sociale et professionnelle stable. La requête a été rejetée dans son ensemble.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 et 20 août 2024, M. A B, représenté par Me Baldé, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 juillet 2024 par lequel le préfet de la Sarthe lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office, lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée de trois ans et l'a informé de la mention de cette interdiction de retour au système d'information Schengen (SIS) ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant du moyen commun aux décisions attaquées :

- il n'est pas établi que l'arrêté ait été signé par une autorité compétente ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- le préfet n'a pas procédé à un examen approfondi de sa situation personnelle ;

- cette décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations du 1 de l'article 3 et l'article 9 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

- le préfet a commis une erreur d'appréciation en considérant que son comportement constitue une menace pour l'ordre public ;

S'agissant de la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire :

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 août 2024, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est tardive ;

- les moyens invoqués au soutien de la requête ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Delohen pour exercer les pouvoirs que lui confère le titre II du livre IX de la partie législative du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Delohen, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant saint-lucien né le 26 juillet 1996, déclare être entré en France au cours de l'été 2001. Il a bénéficié d'un document de circulation pour étranger mineur du 5 mai 2003 au 26 juillet 2024. Il s'est ensuite maintenu régulièrement sur le territoire français, sous couvert de titres de séjour renouvelés, jusqu'au 22 mars 2021. A compter de cette date, l'intéressé n'a pas sollicité la régularisation de sa situation administrative. Le 10 avril 2024, il a fait l'objet d'une condamnation à une peine de dix-huit mois d'emprisonnement, dont six mois avec sursis probatoire pendant une durée de deux ans, pour des faits d'usage illicite de stupéfiants, de rébellion et d'offre ou cession non autorisée de stupéfiants. Par l'arrêté du 17 juillet 2024 dont M. B demande l'annulation, le préfet de la Sarthe lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office, lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée de trois ans et l'a informé de la mention de cette interdiction de retour au système d'information Schengen (SIS).

Sur le moyen commun aux décisions attaquées :

2. Le préfet de la Sarthe a, par un arrêté du 17 juin 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, donné délégation à Mme D C, sous-préfète, directrice de cabinet du préfet et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer notamment les décisions prises à l'égard des ressortissants étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement de M. Zabouraeff, secrétaire général de la préfecture, dont il n'est pas établi qu'il n'était pas absent ou empêché. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Sarthe se serait abstenu de procéder à un examen particulier de la situation de M. B avant de prendre la décision en litige.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré pour la première fois en France alors qu'il était enfant, et qu'il y a depuis lors passé la majeure partie de sa vie. Toutefois, malgré la durée de sa présence en France, M. B ne démontre pas qu'il jouirait d'une insertion sociale ou professionnelle particulière. A cet égard, les périodes de travail dont il se prévaut, d'une année dans le domaine du bâtiment en 2021 et de trois semaines en 2023, sont insuffisantes pour caractériser son intégration par le travail. En outre, s'il indique que la plupart des membres de sa famille résident en France, il ne démontre pas entretenir avec eux des relations suivies, alors au demeurant que sa mère et deux de ses sœurs résident en Martinique. Enfin, M. B ne justifie par aucun commencement de preuve la réalité de la vie commune dont il se prévaut avec une ressortissante française. S'il est père de deux enfants nés d'unions différentes en 2018 et 2023, les seules attestations de proches, au demeurant non circonstanciées, ainsi que le permis de visite en détention délivré au bénéfice de son deuxième enfant ne permettent pas d'établir qu'il participerait effectivement à l'éducation et à l'entretien des enfants. Au surplus, le requérant n'explique par pourquoi il n'a pas sollicité le renouvellement de son dernier titre de séjour, expiré le 22 mars 2021. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En troisième lieu, M. B ne démontrant pas, ainsi qu'il a été dit, qu'il participerait à l'entretien et à l'éducation de ces enfants, il n'est pas fondé à soutenir qu'en lui faisant obligation de quitter le territoire français, le préfet aurait méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant.

7. En quatrième lieu, les stipulations de l'article 9 de la convention relative aux droits de l'enfant créent seulement des obligations entre Etats sans ouvrir de droits aux intéressés. M. B ne saurait donc utilement se prévaloir de ces stipulations pour demander l'annulation de la décision contestée.

8. En cinquième lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que l'obligation de quitter le territoire français prononcée contre M. B est fondée sur les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vertu desquelles l'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français l'étranger s'étant maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Aussi, le moyen tiré de ce que le préfet de la Sarthe aurait commis une erreur d'appréciation en regardant le comportement de M. B comme constitutif d'une menace pour l'ordre public est inopérant.

Sur la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire :

9. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

10. Pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. B, le préfet de la Sarthe a retenu, d'une part, que le comportement de l'intéressé constitue une menace à l'ordre public et, d'autre part, qu'il existe un risque que ce dernier se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. Si M. B, actuellement incarcéré, fait valoir qu'il vit avec sa sœur ressortissante française, ce qui, au demeurant, apparaît contradictoire avec ses allégations tendant à démontrer l'existence d'une vie commune avec la mère de son second enfant, il n'en justifie pas. Il n'est pas plus fondé à se prévaloir de ce que ses deux enfants résident en France, dès lors, ainsi qu'il a déjà été dit, que la réalité et l'intensité de ses liens avec ces enfants n'est pas démontrée. Au surplus, il n'est pas contesté que M. B a fait l'objet de plusieurs condamnations en 2021 et 2024 pour des faits en lien avec la possession ou le trafic de stupéfiants ainsi que pour des faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, de sorte que son comportement doit être regardé comme constitutif d'une menace pour l'ordre public. Aussi, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise le préfet en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

11. Compte tenu de ce qui a été dit précédemment, M. B n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :

12. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. () Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

13. Au regard des motifs exposés aux points 5 et 10, et notamment de la menace à l'ordre public que représente M. B, le préfet de la Sarthe n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prononçant à l'encontre de l'intéressé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

14. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de la requête, que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté qu'il conteste. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Baldé et au préfet de la Sarthe.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 août 2024.

Le magistrat désigné,

D. DELOHEN La greffière,

G. PEIGNELa République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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