mardi 3 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2412481 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | AVOCATS CONSEILS REUNIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 août 2024, suivie de pièces complémentaires le 27 août 2024, Mme B A, épouse C, représentée par Me Cacciapaglia, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 11 juin 2024, notifiée le 19 juin 2024, par laquelle le conseil départemental de Maine-et-Loire lui a retiré son agrément d'assistante familiale ;
2°) d'enjoindre au président du département de Maine-et-Loire de lui restituer son agrément d'assistante familiale, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du département de Maine-et-Loire la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que :
* la décision attaquée l'empêche de poursuivre son activité professionnelle, y compris avec un autre employeur, ce qui entraine pour elle de lourdes conséquences psychologiques ;
* la décision la prive de toute rémunération ; elle ne perçoit plus de revenus actuellement alors que ses salaires oscillaient autour de plus de 4 000 euros bruts. Du fait du caractère disciplinaire du licenciement, elle n'a pas non plus perçu d'indemnité légale de licenciement ;
* il n'y a par ailleurs aucun intérêt public qui s'oppose à la suspension en urgence de la décision litigieuse et à la restitution provisoire de son agrément ; en effet, aucun enfant ne lui était confié par le département ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
* il n'est pas établi qu'elle ait été signée par une autorité compétente ;
* elle est insuffisamment motivée en fait ;
* elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le département ne l'a pas informée convenablement de la teneur des faits qui lui sont reprochés ;
* elle est entachée d'un vice de procédure au regard des dispositions de l'article R. 421-23 du code de l'action sociale et des familles, en l'absence de justification d'une information régulière des représentants élus des assistants maternels et familiaux ;
* elle méconnait le principe général des droits de la défense :
* elle est entachée d'une erreur d'appréciation et d'une erreur de droit au regard des articles L. 421-3 et L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles. Elle reste présumée innocente tant qu'elle n'a pas été jugée. Le département aurait dû attendre la décision du tribunal correctionnel.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 août 2024, le conseil départemental de Maine-et-Loire, représenté par Me Buffet, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie ;
* l'urgence à suspendre la décision de retrait n'est aucunement caractérisée dès lors que Madame est actuellement sous contrôle judiciaire avec interdiction d'exercer une activité professionnelle auprès des mineurs. De ce fait, quand bien même son agrément lui serait restitué, elle n'aurait pas la possibilité d'exercer sa profession. De surcroit, l'audience initialement prévue le 9 juillet 2024 a été reportée à sa demande au 14 octobre 2025 ;
* Madame se borne à affirmer de façon péremptoire qu'elle est aujourd'hui privée de sa rémunération et que ses nombreuses charges perdurent. A ces éléments, il faut intégrer l'intérêt public, en l'espèce, la nécessité de garantir la sécurité et la protection des enfants.
- aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
* la compétence de son signataire est démontrée ;
* elle est suffisamment motivée ;
* sur le vice de procédure allégué s'agissant du défaut de communication de l'entièreté de son dossier administratif, les dispositions invoquées ne sont pas applicables aux assistants familiaux ;
* si elle soutient que la convocation des membres de la CCPD et leur information sur les motifs de la décision auraient été incomplètes, la requérante n'en apporte toutefois pas la preuve ;
* la décision n'est pas entachée d'erreur d'appréciation ; c'est sur la base de son contrôle judiciaire qu'une décision de suspension de l'agrément de la requérante a été prise.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête en annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bouchardon, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 août 2024 à 09h30 :
- le rapport de M. Bouchardon, juge des référés,
- les observations de Me Perez, substituant Me Cacciapaglia, conseil de Mme B A, épouse C, qui souligne les difficultés financières de l'intéressée, mettant en exergue notamment un " reste à vivre " pour le couple particulièrement réduit. S'agissant de la légalité de la décision, il insiste sur le moyen tiré du défaut de motivation, en l'absence de précisions sur les dates des faits qui lui sont reprochés ou l'identité des victimes, sur le vice de procédure dès lors qu'elle n'est pas à même de déterminer si l'administration lui a fourni son dossier administratif dans son entièreté et sur l'erreur d'appréciation, considérant, qu'alors qu'elle est présumée innocente, le département aurait pu attendre la décision du tribunal correctionnel avant de se prononcer sur le retrait de son agrément ;
- et celles de Me Cavalier, substituant Me Buffet, avocat du département, qui souligne que l'intéressée est placée sous contrôle judiciaire avec interdiction d'exercer toute activité en contact avec des mineurs. Sur la situation financière, il s'interroge sur l'exercice d'une activité agricole parallèle qui se dégage de l'exploitation de l'avis d'imposition de Mme B A, épouse C. Il relève, s'agissant de la légalité de la décision, que la requérante ne conteste pas les faits qui lui sont reprochés.
La clôture de l'instruction a été reportée au 29 août 2024 à 14h00.
Des pièces complémentaires ont été enregistrées pour le département de Maine-et-Loire le 28 août 2024 à 12h23. Elles ont été communiquées.
Une note en délibéré, présentée pour la requérante, a été enregistrée le 28 août 2024 à 23h21. Elle a été communiquée.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, épouse C, née le 14 juin 1978, s'est vu délivrer un agrément pour exercer les fonctions d'assistante familiale le 20 octobre 2020. Le 24 février 2024, le département de Maine-et-Loire, son employeur, est avisé par le procureur de la République d'Angers du placement sous contrôle judiciaire de l'intéressée avec interdiction d'exercer une activité en lien avec les mineurs, dans l'attente de l'audience correctionnelle, qui sera ultérieurement fixée au 14 octobre 2025, étant prévenue d'avoir, entre le 20 février 2021 et le 21 février 2024, exercé volontairement des violences sur plusieurs enfants, mineurs de 15 ans, notamment ceux qui lui étaient confiés. Par décision du 1er mars 2024, le conseil départemental a suspendu l'agrément de Mme B A, épouse C pour une durée maximale de quatre mois. Par une nouvelle décision du 11 juin 2024, le département a décidé, en application des dispositions de l'article L. 421-6 alinéa 3 du code de l'action sociale et des familles, de prononcer le retrait de son agrément, décision dont la requérante demande par la présente requête au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
3. Aux termes de l'article L. 421-2 du code de l'action sociale et des familles : " L'assistant familial est la personne qui, moyennant rémunération, accueille habituellement et de façon permanente des mineurs et des jeunes majeurs de moins de vingt et un ans à son domicile. Son activité s'insère dans un dispositif de protection de l'enfance, un dispositif médico-social ou un service d'accueil familial thérapeutique. Il exerce sa profession comme salarié de personnes morales de droit public ou de personnes morales de droit privé dans les conditions prévues par les dispositions du présent titre ainsi que par celles du chapitre III du présent livre, après avoir été agréé à cet effet. / L'assistant familial constitue, avec l'ensemble des personnes résidant à son domicile, une famille d'accueil ". Aux termes de l'article L. 421-3 du même code : " L'agrément nécessaire pour exercer la profession d'assistant maternel ou d'assistant familial est délivré par le président du conseil départemental du département où le demandeur réside. () / L'agrément est accordé à ces deux professions si les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des mineurs et majeurs de moins de vingt et un ans accueillis, en tenant compte des aptitudes éducatives de la personne () ". Aux termes des 3 et 4 alinéas de l'article L. 421-6 du même code : " () / Si les conditions de l'agrément cessent d'être remplies, le président du conseil départemental peut, après avis d'une commission consultative paritaire départementale, modifier le contenu de l'agrément ou procéder à son retrait. () ".
4. Il résulte de ces dispositions qu'il incombe au président du conseil départemental de s'assurer que les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des enfants accueillis. Dans l'hypothèse où il est informé de suspicions de comportements susceptibles de compromettre la santé, la sécurité ou l'épanouissement d'un enfant, de la part du bénéficiaire de l'agrément ou de son entourage, il lui appartient, dans l'intérêt qui s'attache à la protection de l'enfance, de tenir compte de tous les éléments portés à la connaissance des services compétents du département ou recueillis par eux.
5. En l'espèce, aucun des moyens invoqués par Mme B A, épouse C, tels qu'énoncés dans les visas de cette ordonnance, ne paraît, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, fondée sur le motif tiré de ce que les éléments portés à la connaissance du département sont suffisamment établis pour permettre de raisonnablement penser que les faits de violences sur mineurs tels que révélés sont avérés, comme ne permettant pas de garantir la sécurité, la santé et l'épanouissement des enfants dont l'intéressée a la garde.
6. Il y a lieu, en conséquence, de rejeter les conclusions de Mme B A, épouse C, présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, sans qu'il soit besoin de statuer sur la condition tenant à l'urgence, ainsi que, par voie de conséquence, celles tendant au prononcé d'une injonction sous astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
7. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département de Maine-et-Loire, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme B A, épouse C, demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
8. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme B A, épouse C, la somme que demande le département de Maine-et-Loire au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B A, épouse C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le département de Maine-et-Loire au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, épouse C et au président du conseil départemental de Maine-et-Loire.
Fait à Nantes, le 3 septembre 2024.
Le juge des référés,
L. BOUCHARDON
La greffière,
M-C. MINARDLa République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026