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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2412489

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2412489

lundi 9 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2412489
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation- Etrangers - 15 jours
Avocat requérantLACHAUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 août 2024 et le 21 août 2024, M. B A, représenté par Me Lachaux, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 juillet 2024 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil qui lui avaient été accordées ;

2°) d'enjoindre à l'OFII, à titre principal, de rétablir ses conditions matérielles d'accueil, dans un délai de 8 jours à compter de la notification de la décision à intervenir, à titre subsidiaire, d'enjoindre à l'OFII de réexaminer ses droits aux conditions matérielles d'accueil ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros HT en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Il soutient que :

- cette décision méconnaît les dispositions des article L. 551-10 et L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; l'OFII ne justifie pas que le requérant a été informé des conséquences d'une éventuelle non-présentation aux convocations de la préfecture ; l'OFII n'a par ailleurs pas tenu compte de ses observations présentées le 17 juillet 2024, lesquelles ne sont pas mentionnées dans la décision attaquée ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il a respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction de sa demande d'asile ;

- il est recevable à contester son placement en fuite à l'appui de sa demande d'annulation de la décision attaquée ; l'OFII ne démontre pas, par la seule production des mails adressés à la SPADA, que les convocations aux entretiens en préfecture lui ont été remises ; il ne peut lui être reproché de s'être soustrait de façon intentionnelle et systématique à l'exécution de son transfert aux autorités espagnoles, alors que l'arrêté de transfert ne lui avait pas encore été notifié, et qu'il n'était pas exécutoire ; en tout état de cause, la fuite n'est pas caractérisée ;

- il ne peut lui être reproché de s'être soustrait de façon intentionnelle et systématique à l'exécution de son transfert Dublin, alors que l'arrêté de transfert ne lui avait pas encore été notifié, et qu'il n'était pas exécutoire ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 août 2024, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 août 2024.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Allio-Rousseau, vice-présidente, pour exercer les attributions conférées par le titre 2 du livre IX de la partie législative du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 22 août 2024 à 11 heures :

- le rapport de Mme Allio-Rousseau,

- les observations de Me Lachaux, avocate de M. A, en sa présence, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens,

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Des pièces, produites pour M. A, ont été enregistrées postérieurement à la clôture de l'instruction et n'ont pas été communiquées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant marocain d'origine sahraouie né le 14 décembre 1997, a sollicité son admission au séjour en qualité de demandeur d'asile en France le 7 février 2024 et accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Après avoir été placé en procédure dite " Dublin ", le préfet de Maine-et-Loire, par un arrêté en date du 13 mai 2024 notifié le 9 juillet suivant, a prononcé le transfert de l'intéressé aux autorités espagnoles, responsables de l'examen de sa demande d'asile. Par une décision en date du 25 juillet 2024, dont M. A demande l'annulation, le directeur général de l'OFII a mis totalement fin aux conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes (). / La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret ".

3. Pour interrompre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil du requérant, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a retenu qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités. Le directeur général de l'OFII produit une fiche renseignée par les services de la préfecture, qui mentionne qu'il ne s'est pas présenté à deux reprises à des convocations en préfecture, à laquelle est jointe la copie de deux courriels adressés au SPADA de Nantes faisant état de la convocation de M. A en préfecture les 29 mai 2024 et 12 juin 2024, explique qu'en raison de ses absences à ces entretiens, il a été déclaré en fuite. Toutefois, et d'une part, alors qu'il est constant que M. A, qui a été reçu le 7 février 2024 en préfecture pour son entretien de demande d'asile et son entretien d'évaluation de sa vulnérabilité, ne s'est pas présenté le 29 mai 2024 et le 12 juin 2024, au motif qu'il ne les a pas reçues avant les dates d'entretien, l'OFII ne produit aucun document permettant d'établir que les convocations en cause lui ont été effectivement adressées à titre personnel et en temps utile par voie postale. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. A s'est rendu en préfecture le 9 juillet 2024, suite à une convocation des services préfectoraux, date à laquelle il s'est vu notifier son arrêté de transfert aux autorités espagnoles. Par suite, alors que l'OFII n'était pas tenu de mettre fin aux conditions matérielles d'accueil du requérant au motif que le préfet de Maine-et-Loire l'avait déclaré en fuite au sens et pour l'application des dispositions de l'article 29 du règlement UE 604/2013 du 26 juin 2013, il découle de ce qui précède que ses deux absences à des convocations ne caractérisent pas à la date de la décision en litige, de la part de M. A, une intention de se soustraire de façon intentionnelle et systématique au contrôle de l'autorité administrative. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que l'OFII a méconnu les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en mettant fin pour ce motif au bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 25 juillet 2024 par laquelle le directeur territorial de l'OFII lui a notifié la cessation de ses conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. L'exécution du présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint à l'OFII de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au profit de M. A à compter de la date de leur cessation effective. Par suite, il y a lieu d'enjoindre à l'OFII de procéder à ce rétablissement, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

6. M. A ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Lachaux, avocate du requérant renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de l'OFII du 25 juillet 2024 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir rétroactivement M. A dans ses droits aux conditions matérielles d'accueil, à compter de la date de leur cessation effective, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'OFII versera à Me Lachaux, avocate de M. A, la somme de 1 000 euros (mille euros) en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Lachaux et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 septembre 2024.

La magistrate désignée,

M-P. ALLIO-ROUSSEAU

La greffière,

G. PEIGNE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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