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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2412621

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2412621

vendredi 31 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2412621
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation12eme chambre
Avocat requérantGOUEDO

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de M. A..., ressortissant guinéen, contestant l’arrêté du 19 juillet 2024 de la préfète de la Mayenne lui faisant obligation de quitter le territoire français. Le tribunal a jugé que la décision était suffisamment motivée et que le droit d’être entendu, invoqué sur le fondement de l’article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, n’avait pas été méconnu, M. A... ayant pu présenter ses observations lors de sa procédure d’asile. La solution retenue est le rejet de la demande d’annulation, sans qu’il soit statué sur le moyen tiré de la méconnaissance des articles 3 de la Convention européenne des droits de l’homme et L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, faute de précisions suffisantes.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 août 2024, M. B... A..., représenté par Me Gouedo, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 19 juillet 2024 par lequel la préfète de la Mayenne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office lorsque le délai sera expiré ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat le versement de la somme de 1 600 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

s’agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision n’est pas suffisamment motivée ;
- le droit d’être entendu tel qu’il résulte de l’article 41 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne n’a pas été mis en œuvre avant son édiction ;

s’agissant de la décision fixant le pays de destination :
- cette décision méconnaît les articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 septembre 2025, la préfète de la Mayenne conclut au rejet de la requête.

M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 18 septembre 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.


Le rapport de Mme Gourmelon, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :


M. A..., ressortissant guinéen né le 15 juin 1997, est entré en France le 5 octobre 2022. Sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugié a été rejetée par une décision du 11 janvier 2023 de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) du 27 octobre 2023. Par un arrêté du 19 juillet 2024, la préfète de la Mayenne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office à l’issue de ce délai. M. A... demande au tribunal d’annuler cet arrêté.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :


En premier lieu, la décision attaquée vise les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dont elle fait application. Elle mentionne également des éléments de la situation de l’intéressé, en indiquant que le requérant ne dispose d’aucune attache en France et n’établit pas être dépourvu d’attaches dans son pays d’origine. La décision attaquée, qui n’a pas à reprendre tous les éléments concernant la situation de l’intéressé, comporte ainsi l’énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est ainsi suffisamment motivée.


En second lieu, aux termes de l’article 41 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne : « 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l’Union. 2. Ce droit comporte notamment : le droit de toute personne d’être entendue avant qu’une mesure individuelle qui l’affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ». Enfin, aux termes du paragraphe 1 de l’article 51 de la Charte : « Les dispositions de la présente Charte s’adressent aux institutions, organes et organismes de l’Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu’aux Etats membres uniquement lorsqu’ils mettent en œuvre le droit de l’Union. (...) ».


Le droit d’être entendu, principe général du droit de l’Union européenne, se définit comme celui de toute personne à faire connaître, de manière utile et effective, ses observations écrites ou orales au cours d’une procédure administrative, avant l’adoption de toute décision susceptible de lui faire grief. Toutefois, ce droit n’implique pas systématiquement l’obligation, pour l’administration, d’organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l’intéressé, ni même d’inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu’une décision lui faisant grief est susceptible d’être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n’est susceptible d’affecter la régularité de la procédure à l’issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu’il lui revient, le cas échéant, d’établir devant la juridiction saisie.


Il ressort des pièces du dossier que M. A..., qui a présenté une demande d’asile, a pu faire valoir devant l’OFPRA, puis la CNDA, tous les éléments utiles à l’appréciation de sa situation. Il a, en outre, à l’occasion de la procédure relative à sa demande d’asile, nécessairement reçu le guide du demandeur d’asile dans lequel il est fait état de la fin du droit au maintien sur le territoire en cas de rejet de la demande d’asile par l’OFPRA et, le cas échéant, la CNDA, et de la possibilité de faire au débouté de l’asile obligation de quitter le territoire. Enfin, aucun élément du dossier ne permet d’établir qu’il aurait été privé de la possibilité de formuler des observations écrites sur l’éventuelle mesure d’éloignement pouvant être prise à son encontre. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d’être entendu, tel que garanti par les principes généraux du droit de l’Union européenne, ne peut qu’être écarté.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :


Aux termes du dernier alinéa de l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ». Aux termes de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ».


M. A... soutient qu’en cas de retour en Guinée, il serait exposé à des risques pour sa vie ou sa liberté ou à des peines et traitement contraires à ces stipulations en raison de son orientation sexuelle. Toutefois, les faits dont le requérant fait état en vue d’établir qu’il encourt un risque personnel en cas de retour dans son pays d’origine ne sont pas attestés par des éléments suffisamment précis ni probants, l’intéressé se bornant à se prévaloir de ses déclarations déjà présentées devant l’OFPRA et la CNDA alors que sa demande d’asile a été définitivement rejetée le 27 octobre 2023 par la CNDA. Dès lors le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l’article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.



Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A... doit être rejetée, y compris en ce qu’elle comporte des conclusions à fin d’injonction et une demande présentée au titre des frais du litige.

D É C I D E :


Article 1er :
La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 :
Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et à la préfète de la Mayenne.


Délibéré après l’audience du 17 octobre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Gourmelon, présidente,
Mme André, première conseillère,
M. Cordrie, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2025.


La présidente-rapporteure,

V. Gourmelon
L’assesseure la plus ancienne
dans l’ordre du tableau,

M. André

La greffière,

Y. Boubekeur


La République mande et ordonne à la préfète de la Mayenne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,




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