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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2413027

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2413027

lundi 16 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2413027
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation- Etrangers - 15 jours
Avocat requérantNDEKO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 août 2024, Mme D H, représentée par Me Ndeko, avocat demande au tribunal :

1°) de dire qu'elle est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) de dire et juger recevable son recours formé contre l'arrêté du 5 août 2024 du préfet de Maine-et-Loire, portant décision de transfert aux autorités portugaises ;

3°) d'annuler l'arrêté du 5 août 2024 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a ordonné son transfert aux autorités portugaises ;

4°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de prendre en charge sa demande d'asile et lui remettre une attestation de demandeur d'asile en procédure normale et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de sept jours, à compter de la notification du jugement à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente pour ce faire ;

- il est entaché d'un vice de procédure en ce qu'il n'est pas établi que l'agent ayant consulté le fichier Visabio ait été habilité à cet effet ;

- il est entaché d'un vice de procédure en méconnaissance de l'articles 5 du règlement n°604/2013 du 26 juin 2013 dès lors qu'elle n'a pas bénéficié d'un entretien individuel lui ayant permis de faire état de ses craintes en cas de retour au Portugal ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle, en méconnaissance des dispositions des article 3 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, ainsi que des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, dès lors qu'il existe un risque d'éloignement par ricochet à destination de l'Angola, les craintes qui l'ont poussé à fuir son pays étant toujours actuelles ; au surplus elle déclare avoir des problèmes de santé et être en attente de rendez-vous médicaux.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 septembre 2024 , le préfet de Maine-et-loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme H n'est fondé.

Mme H a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 août 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, dit " B A " ;

- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003, modifié par le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Mounic, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue par l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Mounic, magistrate désignée, a été entendu à l'audience publique du 3 septembre 2024.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée à la suite de l'appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme H, ressortissante angolaise, née le 28 août 1979, a déclaré être entrée en France le 24 mai 2024 et s'y est maintenue sans être munie des documents et visa exigés par les textes en vigueur. Elle s'est présentée à la préfecture de Loire-Atlantique, le 7 juin 2024 afin d'y déposer une demande d'asile. Le relevé de ses empreintes décadactylaires a révélé qu'elle était en possession d'un visa délivré par les autorités portugaises périmé depuis moins de six mois. Les autorités portugaises saisies le 13 juin 2024, d'une demande de prise en charge l'ont explicitement accepté le 30 juillet 2024. Par la présente requête, Mme H demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 5 août 2024 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a ordonné son transfert aux autorités portugaises, responsables de l'examen de sa demande d'asile.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté n°2024-08 du 28 février 2024, publié au recueil des actes administratifs de Maine-et-Loire n°25, le 1er mars 2024, le préfet de Maine-et-Loire a donné délégation à M. E F, adjoint à la cheffe du pôle régional B, en cas d'absence ou d'empêchement de M. C, directeur de l'immigration et des relations avec les usagers et de Mme G, cheffe du pôle, dont il n'est pas établi qu'ils n'étaient pas absents ou empêchés, à l'effet de signer les décisions d'application du règlement " B A " prises à l'égard des ressortissants étrangers, notamment les décisions de transfert. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, si la requérante fait valoir que la décision attaquée serait entachée d'une procédure irrégulière, en ce que l'agent de la préfecture ayant mené l'entretien individuel aurait procédé à la consultation du fichier Visabio sans y être habilité, elle n'assortit pas ce moyen des précisions de nature à justifier qu'une telle circonstance, à la supposer établie, serait de nature à entraîner l'illégalité de la décision attaquée. Par suite ce moyen sera écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " Entretien individuel : 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () 3. L'entretien individuel a lieu en temps utile et, en tout cas, avant qu'une décision de transfert du demandeur vers l'État membre responsable soit prise conformément à l'article 26, paragraphe 1. / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé ".

5. Il ressort des pièces du dossier que la requérante a bénéficié, le 7 juin 2024, d'un entretien individuel au sein des services de la préfecture de Loire-Atlantique, par un agent des services de la préfecture assisté d'un interprète en langue portugaise, qu'elle a déclaré lire et comprendre, au terme duquel l'intéressée a confirmé avoir compris tous les termes de cet entretien dont elle a reçu un exemplaire du compte-rendu. Il ressort également du compte-rendu d'entretien que la requérante a signé sans réserve que, contrairement à ce qu'elle soutient, elle a eu la possibilité d'apporter des observations complémentaires lors de cet entretien, ce qui apparait dans la rubrique " Observations " en indiquant notamment avoir des problèmes de santé et en particulier des douleurs intenses au ventre, les raisons quoi l'ont poussée à quitter son pays d'origine ainsi que le fait qu'elle ne sentait pas en sécurité au Portugal où elle est restée trois mois. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5 du règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Les États membres examinent toute demande de protection internationale présentée par un ressortissant de pays tiers ou par un apatride sur le territoire de l'un quelconque d'entre eux, y compris à la frontière ou dans une zone de transit. La demande est examinée par un seul État membre, qui est celui que les critères énoncés au chapitre A désignent comme responsable. / () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre A afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable () ". Par ailleurs, l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Enfin, l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne dispose que : " Nul ne peut être soumis à la torture, ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Enfin, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité () ".

7. Eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les Etats membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un Etat autre que la France, que cet Etat a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet Etat membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet Etat membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire. La seule circonstance qu'à la suite du rejet de sa demande de protection par cet Etat membre l'intéressé serait susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ne saurait caractériser la méconnaissance par cet Etat de ses obligations.

8. La décision de transfert vers le Portugal n'a ni pour objet ni pour effet de renvoyer l'intéressée dans son pays d'origine, où, en tout état de cause, elle n'établit pas que sa vie ou sa santé seraient menacées. En outre si elle invoque des problèmes de santé et notamment des douleurs intenses au ventre, en se bornant à fournir de simples convocations à des rendez-vous médicaux et une ordonnance pour du paracétamol sans apporter aucun certificat ou résultat d'examen pouvant démontrer qu'elle serait atteinte d'une pathologie particulière justifiant une vulnérabilité particulière. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet de Maine-et-Loire a entaché la décision de transfert en litige d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni des dispositions des articles 3§2 et 17 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013,

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 5 août 2024 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a ordonné le transfert de Mme H aux autorités portugaises pour l'examen de sa demande d'asile doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence de ses conclusions à fin d'injonction et de celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme H est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D H, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et Me Ndeko.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2024.

La magistrate désignée,

S. MOUNICLa greffière,

MC. MINARD

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2413027

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