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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2413171

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2413171

lundi 14 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2413171
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantLEJOSNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 août 2024 sous le numéro 2413171, M. A C et Mme D A E C, représentés par Me Lejosne, demandent au juge des référés :

1°) sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours préalable formé le 25 juin 2024 contre la décision de l'autorité consulaire française à Djeddah (Arabie Saoudite) en date du 26 mai 2024 portant refus de délivrance d'un visa de long séjour au titre de la réunification familiale, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer la demande dans le délai de cinq jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros HT au profit de leur conseil, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est satisfaite compte tenu de séparation d'avec les membres de sa famille réfugiés en France, des graves menaces qui pèsent sur la sécurité et la vie de la demanderesse de visa, totalement isolée au Yemen, pays où règne de violence aveugle d'intensité exceptionnelle engendrée par un conflit armé et de sa particulière vulnérabilité ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* elle est insuffisamment motivée,

* elle est entachée d'un défaut d'examen de la situation personnelle de l'intéressée et d'une erreur de droit en ce que l'autorité consulaire s'est crue en situation de compétence liée,

* elle méconnaît la force exécutoire qui s'attache à l'ordonnance n° 2410234 du 30 juillet 2024,

* elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 septembre 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C et Mme C ne sont pas fondés.

La demande d'aide juridictionnelle de M. C a été rejetée par décision du 29 août 2024.

Vu :

- la décision attaquée ;

- la requête n° 2413254 enregistrée le 27 août 2024 par laquelle M. C et Mme C demandent l'annulation de la décision susvisée ;

- l'ordonnance n° 2410234 du 30 juillet 2024 ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, a désigné Mlle Wunderlich, vice-présidente, pour statuer en matière de référés.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 septembre 2024, à laquelle les parties ont été régulièrement convoquées :

- le rapport de Mlle Wunderlich, vice-présidente,

- les observations Me Lejosne, représentant M. C et Mme C,

- et les observations du représentant du ministre de l'intérieur.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré, enregistrée le 11 septembre 2024, par laquelle M. C et Mme C demandent que soit mise à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

2. L'autorité consulaire française à Djeddah (Arabie Saoudite) a, par une décision en date du 26 mai 2024, refusé de délivrer un visa de long séjour au titre de la réunification familiale à Mme D A E C, ressortissante yéménite née le 16 novembre 2002, fille de M. A C, un compatriote auquel le bénéfice de la protection subsidiaire a été accordé par décision du 15 juin 2023, au motif qu'en application des articles L. 561-2 et R. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'intéressée était âgée de plus de dix-neuf ans le jour où elle a déposé sa demande de visa auprès des services consulaires et ne justifie pas d'un état de dépendance à l'égard du bénéficiaire de la protection de l'OFPRA ou d'une situation particulière de vulnérabilité. A été formé le 25 juin 2024 contre cette décision le recours administratif préalable obligatoire prévu à l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En l'absence de décision explicite prise dans le délai de deux mois, ce recours est, en vertu de l'article D. 312-8-1 du même code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, réputé rejeté par une décision qui s'est substituée à la décision consulaire, dont les requérants demandent la suspension de l'exécution.

3. D'une part, eu égard à la séparation de Mme C d'avec les membres de sa famille et à l'isolement de l'intéressée au Yémen comme de la situation de violence aveugle et indiscriminée prévalant dans la région où elle réside, la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme satisfaite dans les circonstances de l'espèce.

4. D'autre part, le moyen tiré de ce que le refus de visa litigieux porte une atteinte disproportionnée au droit des requérants au respect de leur vie privée et familiale garanti à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de cette décision.

5. Par suite, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision attaquée et d'enjoindre au ministre de réexaminer une nouvelle fois la situation dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, sans qu'une astreinte ne soit toutefois nécessaire.

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros au titre des frais exposés par M. C et Mme C et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours préalable formé le 25 juin 2024 contre la décision de l'autorité consulaire française à Djeddah (Arabie Saoudite) en date du 26 mai 2024 portant refus de délivrance d'un visa de long séjour au titre de la réunification familiale à Mme D A E C est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de faire procéder au réexamen de la demande de visa dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'Etat versera à M. C et Mme C une somme de 800 euros (huit cents euros) au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C et Mme D A E C, au ministre de l'intérieur et à Me Lejosne.

Fait à Nantes, le 14 octobre 2024.

La vice-présidente, juge des référés,

A.-C. WUNDERLICHLa greffière,

M.-C. MINARD

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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