jeudi 12 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2413223 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Président 7 : Mme BERIA-GUILLAUMIE - R. 222-13 |
| Avocat requérant | GOUACHE |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 2402434 du 17 juin 2024, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif d'Orléans a renvoyé au tribunal administratif de Nantes l'examen de la requête de M. B.
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 juin 2024 et le 13 novembre 2024, M. A B représenté par Me Gouache, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions notifiées le 1er juin 2024 par lesquelles le préfet du Loiret l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son avocat en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- les décisions sont insuffisamment motivées en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- il n'est pas établi que le signataire de l'arrêté, qui n'est pas le préfet, était compétent ;
- le préfet n'a pas examiné sa situation, notamment au regard de la demande de titre de séjour qu'il avait formulée en 2022 au titre de sa vie privée et familiale ; le préfet devra établir que sa demande était incomplète, qu'il lui a été demandé de la compléter conformément aux dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration et que la décision de classement sans suite de sa demande de titre de séjour lui a été notifiée ;
- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il est père de deux enfants de nationalité française à l'entretien et à l'éducation desquels il participe ; il justifie d'une insertion sociale et professionnelle ;
- la décision méconnait les stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays d'éloignement :
- il n'est pas établi que le signataire de l'arrêté, qui n'est pas le préfet, était compétent ;
- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- la décision méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est atteint du virus de l'hépatite B et bénéficie sur le territoire français d'une prise en charge médicale qui n'est pas disponible dans son pays d'origine.
La requête a été communiquée au préfet du Loiret qui n'a pas produit d'écritures.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 12 novembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention sur la circulation et le séjour des personnes (ensemble deux échanges de lettres), signée à Bamako le 26 septembre 1994, approuvée par la loi n° 95-1403 du 30 décembre 1995 et publiée par le décret n° 96-1088 du 9 décembre 1996 ;
- la convention d'établissement, signée à Bamako le 26 septembre 1994, approuvée par la loi n° 95-1402 du 30 décembre 1995 et publiée par le décret n° 97-66 du 22 janvier 1997 ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Béria-Guillaumie, vice-présidente, en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Béria-Guillaumie, magistrate désignée,
- les observations de Me Gouache, représentant M. B, en présence de ce dernier, qui soutient que :
o la décision d'obligation de quitter le territoire français a été adoptée rapidement, manifestement sans examen de la situation ; une première demande de titre de séjour a été déposée en Loire-Atlantique en 2021 puis une seconde demande, à laquelle le préfet du Loiret fait référence, aurait été déposée en mars 2022 ; l'administration avait connaissance de sa situation, toutes les pièces nécessaires ayant été jointes à la demande ; si sa demande a été estimée incomplète, aucun élément n'est apporté quant aux éléments qui auraient pu être demandés à M. B ; il y a un défaut d'examen quant à sa vie privée et familiale alors qu'il a justifié contribuer à l'éducation et l'entretien de ses enfants ; il produit les attestations des personnes depuis les comptes desquelles les virements sont faits puisqu'il n'a plus de compte bancaire ; il y a un défaut d'examen au regard de son état de santé, puisque le préfet était informé de sa pathologie, les pièces ayant été produites à l'appui de sa demande de titre de séjour ; il y a un défaut d'examen quant aux craintes exprimées en cas de retour, les pièces ayant également été produites à l'appui de sa demande de titre de séjour ;
o il invoque un nouveau moyen tiré de l'erreur de droit commise sur le fondement légal de l'obligation de quitter le territoire français ; le préfet a fondé l'obligation de quitter le territoire français sur le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'il y a eu un changement entre la décision de la Cour nationale du droit d'asile et l'obligation de quitter le territoire français du fait de sa demande de titre de séjour ; le caractère incomplet de la demande de titre de séjour n'est pas établi ;
o la décision fixant le pays de destination méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il établit par des articles de presse sur l'attaque terroriste qui l'a conduit à quitter le Mali qu'il vivait dans une zone de violence aveugle, d'une intensité exceptionnelle ;
- et les observations de M. B.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant malien né en janvier 1998, est entré en France en septembre 2019 selon ses déclarations. Il a déposé en décembre 2020 une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 31 janvier 2022. Son recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a été rejeté par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 9 mai 2022. Par des décisions notifiées le 1er juin 2024, le préfet du Loiret a obligé M. B à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office. M. B demande l'annulation des décisions notifiées le 1er juin 2024.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. L'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Par ailleurs, l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant stipule que : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
3. Il ressort des pièces du dossier que M. B est père de deux enfants, dont la nationalité française n'est pas contestée, Oumou née en août 2021 à Nantes et Alma née en novembre 2022 à Nantes également. Il ressort également des pièces du dossier, notamment des photographies produites manifestement prises à des dates différentes, que M. B, bien que séparé de la mère de ses filles, entretient des liens avec ses deux filles, qui présentent différents âges sur les photographies. Par ailleurs, M. B justifie de versements réguliers au profit de son ancienne épouse, intitulés " pensions alimentaires ". Si les versements émanent de comptes n'appartenant pas à M. B, il produit les attestations des tiers détenteurs des comptes qui indiquent avoir adressé par virements à la mère des enfants du requérant des versements que l'intéressé avait effectués en liquide tandis que M. B a expliqué, lors de ses déclarations en audience, ne plus disposer de compte bancaire depuis qu'il n'a plus le statut de demandeur d'asile. Dans ces conditions, la contribution de M. B à l'entretien et à l'éducation de ses deux filles de nationalité française est établie. Il suit de là que le requérant est fondé à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet du Loiret a porté une atteinte excessive à son droit à une vie privée et familiale normale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et méconnu l'intérêt supérieur de ses enfants en méconnaissance des stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
4. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français notifiée le 1er juin 2024. L'annulation de cette décision entraine par voie de conséquence l'annulation des décisions notifiées le même jour fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination.
Sur les frais du litige :
8. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Gouache, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à cette dernière de la somme de 1 200 euros.
D É C I D E :
Article 1er : Les décisions notifiées le 1er juin 2024 par lesquelles le préfet du Loiret a obligé M. B à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office sont annulées.
Article 2 : L'Etat versera à Me Gouache, avocat de M. B, la somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Gouache et au préfet du Loiret.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024
La magistrate désignée,
M. BÉRIA-GUILLAUMIE
Le greffier,
P. VOSSELER
La République mande et ordonne au préfet du Loiret en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
No 2413223
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026