lundi 12 mai 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2413285 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | NERAUDAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 août 2024, Mme A C, représentée par Me Neraudau, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 22 mai 2024 par lesquelles le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale ", à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour dans un délai d'un mois ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son avocate en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;
- elle n'est pas suffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ; rien dans la motivation ne laisse supposer que le préfet ne s'est pas senti lié par l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- elle est entachée d'un vice de procédure au regard des articles R. 425-11, R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :
. il n'est pas établi que le médecin qui a rédigé le rapport médical n'a pas siégé au sein du collège de médecins qui a émis l'avis ;
. il n'est pas établi que l'avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration était collégial et issu d'une délibération ;
. il n'est pas établi que les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ont délibéré sur les conséquences d'un défaut de prise en charge médicale de sa fille et la disponibilité du traitement médical dans le pays d'origine ;
. il doit être établi que les signatures apposées par les médecins sur l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration sont lisibles et présentent des garanties de signatures authentiques conformément aux dispositions de l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et méconnaît les dispositions combinées des articles L. 425-10 et L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la circulaire du 28 novembre 2012 ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen et méconnaît les stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle sollicite le bénéfice de l'ensemble des éléments précédemment soulevés et développés au regard de l'illégalité externe du refus de titre de séjour ;
- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle sollicite le bénéfice de l'ensemble des éléments précédemment soulevés et développés au regard de l'illégalité externe de l'obligation de quitter le territoire ;
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen et méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les dispositions de l'article 19 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il n'y a pas eu d'examen du risque avant le prononcé de la mesure ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 septembre 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 3 avril 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Béria-Guillaumie, présidente-rapporteure,
- les observations de Me Neraudau, représentant Mme C,
- et les observations de Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C, ressortissante géorgienne née le 27 juin 1991, est entrée en France le 27 décembre 2021. Sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugiée a été rejetée par une décision du 28 avril 2022 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Son recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a été rejeté par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 18 août 2022. Elle a sollicité du préfet de Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en raison de l'état de santé de sa fille. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 22 mai 2024 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré. Mme C demande au tribunal d'annuler les décisions du 22 mai 2024.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, l'arrêté a été signé par Mme B de D, cheffe du bureau du séjour de la préfecture de la Loire-Atlantique. Par un arrêté du 1er mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, le préfet de la Loire-Atlantique a donné délégation à la directrice des migrations et de l'intégration et en cas d'absence ou d'empêchement de celle-ci et de son adjoint, à Mme B de D, à l'effet de signer un arrêté de la nature de celui attaqué. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la directrice des migrations et l'intégration et son adjoint n'auraient pas été absents ou empêchés à la date de la décision contestée. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte attaqué doit être écarté comme manquant en fait.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent ". L'article L. 211-5 du même code dispose que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
4. Le refus de séjour attaqué du 22 mai 2024 comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et notamment au regard de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour du droit des étrangers, de l'article 3.1 de la convention internationale relative les droits de l'enfant, et de l'avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 7 mars 2024 qu'il vise. Il suit de là que le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision portant refus du séjour n'est pas fondé et doit être écarté.
5. En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision de refus de séjour ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Loire-Atlantique se serait cru lié par l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle de Mme C et ses enfants, notamment au regard de l'état de santé de sa fille et de l'intérêt supérieur de ses enfants, avant d'adopter la décision attaquée.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. / Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9 ". Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé ".
7. Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ". Selon l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. Il en informe le demandeur. Il peut également convoquer le demandeur pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Le demandeur présente au service médical de l'office les documents justifiant de son identité. A défaut de réponse dans le délai de quinze jours, ou si le demandeur ne se présente pas à la convocation qui lui a été fixée, ou s'il n'a pas présenté les documents justifiant de son identité le médecin de l'office établit son rapport au vu des éléments dont il dispose et y indique que le demandeur n'a pas répondu à sa convocation ou n'a pas justifié de son identité. Il transmet son rapport médical au collège de médecins () ". Enfin aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical. Lorsque le demandeur n'a pas présenté au médecin de l'office ou au collège les documents justifiant son identité, n'a pas produit les examens complémentaires qui lui ont été demandés ou n'a pas répondu à la convocation du médecin de l'office ou du collège qui lui a été adressée, l'avis le constate. / L'avis est transmis au préfet territorialement compétent, sous couvert du directeur général de l'office ".
8. Il résulte de ces dispositions que l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration doit être rendu à l'issue d'une délibération pouvant prendre la forme, soit d'une réunion, soit d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. Le caractère collégial de cette délibération constitue une garantie pour le demandeur de titre de séjour. Préalablement à l'avis rendu par ce collège d'experts, un rapport médical, relatif à l'état de santé de l'étranger intéressé et établi par un médecin instructeur, doit lui être transmis. Le médecin instructeur à l'origine de ce rapport médical ne doit pas siéger au sein du collège de médecins qui rend l'avis transmis au préfet. Il appartient à l'autorité administrative de se prononcer sur la demande de titre de séjour présentée en qualité d'étranger malade au vu de l'avis émis par le collège de médecins.
9. Il ressort de l'avis émis le 7 mars 2024 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, produit à l'instance par le préfet de la Loire-Atlantique que celui-ci mentionne le nom de la médecienne ayant rédigé le rapport médical du 20 février 2024, laquelle ne faisait pas partie du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant émis un avis sur l'état de santé de la fille de Mme C. Il s'ensuit que l'avis a été émis dans le respect des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point 7, notamment dans le respect de la règle selon laquelle le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. Par ailleurs, l'avis porte la mention " Après en avoir délibéré, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration émet l'avis suivant " qui fait foi du caractère collégial de l'avis jusqu'à preuve contraire, preuve qu'aucun élément du dossier ne vient établir. Par ailleurs, et alors au demeurant qu'il n'est pas établi que l'avis du collège de médecins aurait été signé électroniquement, Mme C ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration dont le respect ne s'impose qu'aux décisions administratives, ce que n'est pas l'avis émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Enfin, il ressort des pièces du dossier que l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration comporte l'ensemble des indications requises notamment quant aux conséquences d'une absence de prise en charge médicale de l'état de santé de la fille de la requérante et de la possibilité pour cette dernière de bénéficier d'un traitement approprié en Géorgie. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le refus de séjour pris à son encontre aurait été pris à l'issue d'une procédure irrégulière ne peut qu'être écarté en toutes ses branches.
10. Pour refuser à Mme C la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent étranger d'un enfant malade, le préfet de la Loire-Atlantique s'est notamment fondé sur l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 7 mars 2024, lequel a estimé que si l'état de santé de la fille Mme C nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle pouvait, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, y bénéficier d'un traitement approprié et qu'elle pouvait voyager sans risque vers son pays d'origine.
11. La fille de Mme C est atteinte de macrocéphalie, d'un syndrome anxiodépressif ainsi que de malformations cardiaques pour lesquelles elle a bénéficié d'une opération en France le 31 mars 2023. Ces pathologies lui causent des céphalées, de l'essoufflement et de l'asthénie. Elle est ainsi suivie par un cardiologue, un pneumologue, un neuropédiatre ainsi qu'un pédopsychiatre et suit un traitement médicamenteux composé de salmétérol et propionate de fluticasone, un anti-inflammatoire et brochondilatateur, et d'azithromycine, un antibiotique. Il ressort également des pièces du dossier que l'état de santé de la petite fille s'est considérablement amélioré après la réalisation de l'opération chirurgicale en mars 2023. Si la requérante soutient que sa fille ne peut bénéficier du traitement médicamenteux dans son pays d'origine notamment par la production d'une capture d'écran du site internet d'une pharmacie et d'un extrait, au demeurant incomplet d'une liste de médicaments alléguée du ministère de la santé géorgien datant de juillet 2024, il ressort toutefois des pièces produites par le préfet de la Loire-Atlantique, notamment de la liste de médicaments commercialisés en Géorgie en vigueur au moment de la décision contestée, que des médicaments composés des mêmes substances actives sont disponibles en Géorgie, notamment l'azithromycine et le fluticasone. Par ailleurs, la requérante n'établit pas que l'ensemble des molécules prescrites à sa fille, notamment le salmétérol, ne seraient pas substituables. Enfin, si l'intéressée verse au débat des rapports et articles de presse pour démontrer que le système de santé ne permettrait pas d'assurer une prise en charge médicale effective à sa fille alléguant notamment d'une défaillance du système, de l'inaccessibilité des soins, du coût des traitements et de son appartenance à la minorité azérie, ces éléments ont une portée générale. De plus, la fiche MedCoi de Géorgie produite par le préfet en défense atteste d'une présence importante de médecins et d'un accès effectif au traitement approprié dès lors que la Géorgie s'est dotée d'un système d'assurance maladie universelle depuis 2017, dont la requérante n'établit pas qu'elle serait dans l'impossibilité de bénéficier. Dès lors, en refusant de délivrer à Mme C un titre de séjour en raison de l'état de santé de sa fille, le préfet de la Loire-Atlantique n'a ni commis d'erreur de droit ni méconnu les dispositions combinées des articles L. 425-10 et L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen doit donc être écarté.
12. En quatrième lieu, d'une part, Mme C ne peut utilement se prévaloir des orientations générales, dépourvues de caractère réglementaire, que le ministre de l'intérieur a adressées aux préfets par sa circulaire du 28 novembre 2012 pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation.
13. D'autre part, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressée.
14. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme C aurait saisi le préfet d'une demande sur le fondement des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La requérante ne peut, dès lors, utilement soutenir que le préfet de la Loire-Atlantique, qui n'a pas examiné d'office la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions, aurait méconnu ces dispositions en refusant de lui délivrer un titre de séjour.
15. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier l'ancienneté, la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
16. Mme C est arrivée sur le territoire français le 27 décembre 2021. Elle est divorcée d'un mari résidant en Géorgie et mère de trois enfants nés en 2013 et 2020 et scolarisés en France. Si sa mère réside également sur le territoire français, cette dernière y est toutefois en situation irrégulière et a fait l'objet d'une mesure d'éloignement. Par ailleurs, elle ne justifie pas avoir développé des liens personnels et familiaux stables, anciens et durables depuis son arrivée en France. En outre, s'il ressort des pièces du dossier que l'intéressée a travaillé dans un restaurant à temps partiel sous couvert d'un contrat à durée déterminée du 6 mars 2023 au 6 septembre 2023 puis au sein d'un supermarché à temps plein du 6 septembre 2023 au 30 septembre 2024 avec un contrat à durée déterminée, cette seule circonstance est insuffisante pour justifier de son insertion socio-professionnelle particulière sur le territoire. Au surplus, il n'existe aucun obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans son pays d'origine au sein duquel, ainsi qu'il a été dit au point 10, il n'est pas établi que la fille de Mme C ne pourrait bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé. Enfin, elle ne démontre pas être dépourvue de liens dans son pays d'origine dans lequel elle a vécu la majorité de sa vie. Dans ces conditions, au regard de la durée de sa présence en France, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, le moyen doit être écarté.
17. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
18. La décision portant refus de titre de séjour du 22 mai 2024 n'a ni pour effet ni pour objet de séparer Mme C de ses trois enfants dont il n'est pas établi qu'ils ne pourraient poursuivre leur scolarité dans leur pays d'origine. Par suite, et compte tenu de ce qui a été dit au point 10, les moyens tirés du défaut d'examen et de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doivent être écartés.
19. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 16 et 18 du jugement, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
20. En premier lieu, en se bornant à solliciter " le bénéfice de l'ensemble des éléments précédemment soulevés au regard de l'illégalité externe du refus de séjour ", la requérante n'assortit pas sa critique de la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui constitue une décision distincte, des précisions suffisantes pour permettre d'en apprécier le bien-fondé.
21. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 19 du jugement que Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision du 22 mai 2024 portant obligation de quitter le territoire français serait illégale en raison de l'illégalité de la décision du même jour portant refus de séjour.
22. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 16 et 18 du présent jugement, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant, et serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur leurs situations personnelles.
Sur la décision fixant le pays de destination :
23. En premier lieu, en se bornant à solliciter " le bénéfice de l'ensemble des éléments précédemment soulevés au regard de l'illégalité externe du refus de séjour ", la requérante n'assortit pas sa critique de la légalité de la décision fixant le pays de destination, qui constitue une décision distincte, des précisions suffisantes pour permettre d'en apprécier le bien-fondé.
24. En deuxième lieu, la décision fixant le pays à destination duquel l'intéressée pourrait être éloignée comporte l'exposé des considérations de droit et de fait qui la fondent, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté. Par ailleurs, il ressort de la motivation de l'arrêté attaqué que le préfet de la Loire-Atlantique a examiné l'existence de risques éventuellement encourus par l'intéressée en cas de retour dans son pays d'origine.
25. En troisième lieu, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, le moyen tiré par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision, que Mme C invoque à l'encontre de la décision portant fixation du pays de destination, ne peut qu'être écarté.
26. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui s'est substitué à l'article L. 513-2 du même code invoqué par la requérante : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
27. Mme C n'apporte aucun élément permettant d'établir qu'elle serait personnellement et directement exposée à des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine en raison notamment de la violence de son ex-conjoint, des représailles de la famille de la victime de son ex-conjoint ou de la minorité à laquelle elle appartient, alors qu'au demeurant sa demande de reconnaissance du statut de réfugiée a été rejetée par une décision du 28 avril 2022 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et son recours rejeté par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 18 août 2022. Par suite, en fixant la Géorgie comme pays de destination pour Mme C, le préfet de la Loire-Atlantique n'a ni entaché sa décision d'un défaut d'examen ni méconnu les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
28. En cinquième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 16.
29. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 18 du présent jugement, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de destination méconnaîtrait les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.
30. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée, en toutes ses conclusions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Neraudau.
Délibéré après l'audience du 24 avril 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Béria-Guillaumie, présidente,
M. Hannoyer, premier conseiller,
Mme Baufumé, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mai 2025.
La présidente-rapporteure,
M. BÉRIA-GUILLAUMIE
L'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
R. HANNOYER
La greffière,
B. GAUTIER
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
cc
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026