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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2413335

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2413335

lundi 16 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2413335
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation- Etrangers - 15 jours
Avocat requérantNEVEU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 août 2024, M. I E, représenté par Me Neveu, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 août 2024 par lequel le préfet de la Sarthe l'a assigné à résidence à son domicile pour une durée de quarante-cinq jours ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle porte une atteinte manifestement disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et ne respecte pas la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 septembre 2024, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile';

- la loi no 91-647 du 10 juillet 1991';

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Pajot pour statuer sur les requêtes tendant à l'annulation des mesures d'éloignement adoptées à l'encontre de ressortissants étrangers faisant l'objet d'une assignation à résidence et des décisions accompagnant ces mesures.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 9 septembre 2024 à 10h30 :

- le rapport de Mme Pajot, magistrate désignée,

- et les observations de M. E,

- le préfet n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

1. M. E, de nationalité béninoise, né le 3 mai 1989, a fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français par arrêté du 23 août 2024 pris par le préfet de la Sarthe. Par arrêté du 26 août 2024, dont il demande l'annulation, le préfet de la Sarthe a pris un arrêté portant assignation à résidence à son domicile pour une durée de quarante-cinq jours.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme C F, cheffe du bureau de l'asile, de l'éloignement et du contentieux à la préfecture de la Sarthe qui bénéficiait, en vertu de l'article 6 de l'arrêté du 13 mai 2024 de M. G A, préfet de la Sarthe, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, d'une délégation de signature à l'effet de signer " en cas d'absence ou d'empêchement de M. H B, directeur de la citoyenneté et de la légalité " notamment les " assignations à résidence ". Il n'est établi ni même allégué que M. B n'était pas, à la date de l'arrêté en cause, absent ou empêché. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué, qui manque en fait, doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée énonce, avec une précision suffisante, les stipulations conventionnelles et les dispositions légales qui la fondent, en particulier les articles L. 731-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne en outre les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. E en indiquant qu'il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai notifiée le 23 août 2024, que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision doit être écarté comme manquant en fait et ce quand bien même elle ne fait pas état de la formation professionnelle que M. E soutient suivre.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment de la motivation rappelée au point précédent, que la décision attaquée n'aurait pas été précédée d'un examen particulier de la situation de M. E.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; (..). ". Aux termes de l'article L. 732-4 du même code : " Lorsque l'assignation à résidence a été édictée en application des 1°, 2°, 3°, 4° ou 5° de l'article L. 731-3, elle ne peut excéder une durée de six mois. (). ".

6. Le requérant soutient que l'arrêté est entaché d'erreur de droit en ce que l'arrêté litigieux a été pris le 26 août 2024 alors qu'il se trouvait en centre de rétention administrative ce qui pose la question de la retenue arbitraire pour la journée du 27 août 2024. Toutefois, une telle circonstance est sans incidence sur la légalité de l'arrêté. En outre, il ressort des pièces du dossier que M. E a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai le 23 août 2024. Le préfet de la Sarthe a retenu dans son arrêté qu'il ne détenait pas de document d'identité et de voyage en cours de validité. En conséquence, après avoir estimé que l'éloignement de M. E constituait une perspective raisonnable, le préfet de la Sarthe pouvait légalement assigner l'intéressé à résidence sur le fondement de l'article L. 732-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que M. E ne pouvait quitter le territoire français.

7. En cinquième et dernier lieu, en se bornant à soutenir que l'arrêté porte atteinte à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à sa liberté d'aller et venir, M. E n'assortit pas ce moyen de précisions suffisantes pour permettre au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. E doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. J E et au préfet de la Sarthe.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2024.

La magistrate désignée,

A-L PajotLa greffière,

M. DLa République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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