mercredi 11 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2413356 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | DANET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 août 2024, suivie d'une pièce complémentaire enregistrée le 9 septembre 2024, M. C D B et M. C B A, son fils, représentés par Me Danet, demandent au juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision intervenue le 28 août 2024 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours administratif formé contre le refus du consulat de France à Istanbul (Turquie) de délivrer un visa de long séjour en qualité de visiteur à M. C D B ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer de procéder à un nouvel examen de la situation des intéressés aux fins de délivrance du visa sollicité, dans les huit jours suivant l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 800 euros HT à verser à leur avocate en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou à défaut verser la même somme aux requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la condition d'urgence est satisfaite : M. A est dans une situation de particulière vulnérabilité au regard de son état de santé puisqu'il est atteint du syndrome de Fahr et souffre d'un trouble d'anxiété généralisée et d'une crise dépressive qui nécessitent un suivi médical ; la décision contestée a pour effet de le séparer de ses parents et de sa fratrie et il se trouve isolé en Turquie avec un risque d'expulsion vers l'Afghanistan ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
* elle est insuffisamment motivée ;
* elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales pour les motifs déjà évoqués.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 septembre 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie : le risque d'expulsion allégué doit être écarté puisque M. B est bénéficiaire d'un titre de séjour reconduit jusqu'au 12 mai 2025 ; il n'est pas contesté que l'intéressé est atteint d'une maladie orpheline, mais les certificats médicaux font état d'un trouble d'anxiété généralisé et une crise dépressive pour lesquels le requérant bénéficie d'un traitement ; il réside en Turquie depuis deux ans sans que soit fait mention d'un état d'indigence, les médecins relevant seulement que la présence de sa famille est bénéfique mais pas absolument nécessaire ; enfin, il a attendu trois mois pour saisir la juridiction d'une requête en référé suspension.
- aucun des moyens allégués n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
* la décision implicite de la commission s'est substituée à la décision consulaire et attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement ;
* l'intéressé n'a pas de droit au visa et ne satisfait pas aux conditions pour un visa de long séjour en qualité de visiteur ;
* les membres de sa famille peuvent venir lui rendre visite en Turquie.
M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du
30 juin 2024.
Vu :
- les pièces du dossier ;
- la requête en annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Rosier, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 septembre 2024 à 15h00 :
- le rapport de M. Rosier, juge des référés,
- les observations de Me Danet, avocate de M. B et de M. A, qui reconnait que son client ne répond pas aux conditions d'un visa visiteur, demandé par défaut, mais que la gravité de son état de santé et son isolement nécessitent un examen particulier au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales d'autant qu'il n'a pas de titre de séjour contrairement à ce qu'affirme le ministre en défense ;
- et les observations du représentant du ministre de l'intérieur et des outre-mer qui indique avoir hésité à proposer un non-lieu à statuer mais que le requérant ne répond pas aux critères d'un visa en qualité de visiteur et qu'il dispose d'un titre de séjour en Turquie où il est pris en charge sur le plan sanitaire.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1. D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".
2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
3. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, () ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
4. Il résulte de l'instruction que M. B, né le 17 février 1997, dont le lien de filiation avec M. A, son père, qui a obtenu le statut de réfugié en France, n'est pas discuté en défense, vit séparé de ses parents et du reste de sa fratrie depuis le 18 juillet 2024 date du départ de sa mère et de sa fratrie. Il n'est par ailleurs pas davantage contesté que M. B est atteint de deux pathologies rares et orphelines, un syndrome poly-glandulaire auto-immune ou maladie d'Addison et une calcinose striopallidodentelée bilatérale ou syndrome de Fahr pour lesquelles il est pris en charge par des structures hospitalières en Turquie mais qui nécessitent la présence de ses parents, son père ayant dû se déplacer en Turquie pour l'accompagner dans sa vie quotidienne. En outre, plusieurs éléments convaincants quant à la fragilité de M. B, dont les pathologies sont exacerbées en raison des risques de renvoi en Afghanistan et de la séparation intervenue avec les membres de sa famille, sont produits. Ainsi, sans qu'un manque de diligences ne puisse être retenu à l'encontre des requérants, au regard des circonstances particulières de l'espèce, la condition d'urgence impartie par l'article L. 521-1 précité doit être regardée comme étant remplie. En outre, en l'état de l'instruction, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée. Dans ces conditions, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision de la commission.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
5. Au regard de ses motifs, l'exécution de la présente ordonnance implique nécessairement, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder au réexamen de la demande de visa de M. B. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au ministre de procéder à ce réexamen dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sans qu'il soit besoin de l'assortir de l'astreinte sollicitée.
Sur les frais liés au litige :
6. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Danet de la somme de 800 euros.
O R D O N N E :
Article 1erer : L'exécution de la décision du 28 août 2024 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de procéder au réexamen de la demande de visa de long séjour de M. B, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : L'Etat versera la somme de 800 euros (huit cents euros) à Me Danet en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C D B, à M. C B A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Danet.
Fait à Nantes, le 11 septembre 2024.
Le juge des référés,
P. ROSIERLa greffière,
J. DIONIS
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026