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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2413384

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2413384

vendredi 20 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2413384
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation- Etrangers - 15 jours
Avocat requérantCOJOCARU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 août 2024, Mme E D, représentée par Me Cojocaru, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 août 2024 par lequel l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou à défaut, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, son conseil s'engageant dans cette hypothèse à renoncer à l'aide juridictionnelle, ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en méconnaissance des dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation;

- elle méconnait les dispositions de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 septembre 2024, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête est irrecevable dès lors qu'elle n'est assortie d'aucun moyen ni des précisions permettant au tribunal d'en apprécier la portée et le bien-fondé.

Par une décision du 2 septembre 2024, Mme D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Mounic, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 septembre 2024 :

- le rapport de Mme Mounic, magistrate désignée,

- les observations de Me Cojocaru, représentant Mme D, présente à l'audience, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

En l'absence du directeur général de l'OFII ou de son représentant, l'instruction a été close après ces observations.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante congolaise, née le 2 février 1990 a sollicité le statut de réfugiée le 27 août 2024. Par la présente requête, Mme D demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 27 août 2024 par lequel l'OFII a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : ()4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Aux termes de l'article L. 531-27 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée à la demande de l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile dans les cas suivants : / ()3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France. () " Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale. ".

3. En premier lieu, il ressort des termes de la décision attaquée qu'elle vise les articles L 551-15 et D.551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application, et indique le motif du rejet des conditions matérielles d'accueil, à savoir que la requérante n'a pas sollicité l'asile sans motif légitime, dans le délai de 90 jours suivant son entrée en France. Elle contient ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'OFII n'est tenu par l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de procéder, dans les conditions prévues à l'article L. 522-2 du même code, à un entretien personnel d'évaluation de vulnérabilité avec le demandeur d'asile qu'à l'occasion de l'enregistrement de la première demande d'asile de celui-ci, étant également précisé que le directeur de l'OFII est tenu, conformément aux dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de porter une appréciation sur la situation particulière du demandeur d'asile, au vu notamment de son état de vulnérabilité.

5. En l'espèce, la requérante se prévaut de sa vulnérabilité en faisant valoir qu'elle est totalement isolée sur le territoire français, alors qu'elle a été contrainte de déposer une demande d'asile en France après s'être rendue en Italie pour solliciter l'asile, ce qui lui a été refusé. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment de la motivation de la décision attaquée, qui précise que ses besoins et sa situation personnelle et familiale ont été examinés, que son édiction n'aurait pas été précédée d'un examen particulier de la situation de la requérante notamment au regard de sa vulnérabilité. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté.

6. La requérante expose que, arrivée en France, initialement avec un visa, elle s'est rendue en Italie par ses propres moyens pour y retrouver des proches qui y vivent et a entamé des démarches en vue d'y solliciter l'asile et qu'en application des dispositions du règlement UE n° 604/2013 du 26 juin 2013 dit C A, elle a été contrainte de retourner en France le 12 mars 2024 pour y déposer l'asile, ce qu'elle n'a fait que le 27 août 2024, soit au-delà du délai précité de quatre-vingt-dix jours. Toutefois, ces allégations ne sont accompagnées d'aucun commencement de preuve. Par suite, la directrice territoriale de l'OFII n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que la requérante ne justifiait d'aucun motif légitime pour expliquer le dépôt tardif de sa demande d'asile.

7. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 : " () 2. Les États membres peuvent aussi limiter les conditions matérielles d'accueil lorsqu'ils peuvent attester que le demandeur, sans raison valable, n'a pas introduit de demande de protection internationale dès qu'il pouvait raisonnablement le faire après son arrivée dans l'État membre. / () 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les États membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs ". Aux termes du 35ème considérant du même texte : " La présente directive respecte les droits fondamentaux et observe les principes reconnus, notamment pas la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. En particulier, la présente directive vise à garantir le plein respect de la dignité humaine et à favoriser l'application des articles 1er, 4, 6, 7, 18,21,24 et 47 de la charte et doit être mise en œuvre en conséquence ".

8. La requérante soutient qu'elle est dépourvue de ressources et qu'elle se trouve ainsi dans une situation de grande vulnérabilité aggravée par son isolement en France alors qu'elle est en recherche de protection. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante, qui est célibataire, n'a pas de problème de santé et est hébergée par des associations, se trouvait dans une situation de particulière vulnérabilité ou présentait des besoins particuliers en matière d'accueil. Dès lors, en lui refusant l'octroi des conditions matérielles d'accueil, la directrice territoriale de l'OFII ne saurait être regardée comme ayant entaché son appréciation d'une erreur manifeste ou porté atteinte à la dignité humaine ni méconnu l'article 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013.

9. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions de Mme D tendant à l'annulation de l'arrêté du 27 août 2024 par lequel la directrice territoriale de l'OFII a refusé de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction et de celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E D, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Cojocaru.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.

La magistrate désignée,

S. MOUNICLa greffière,

M. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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