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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2413502

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2413502

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2413502
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation- Etrangers - 15 jours
Avocat requérantCOJOCARU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance de renvoi n° 2403600 du 2 septembre 2024, le magistrat désigné du tribunal administratif d'Orléans a transmis au tribunal administratif de Nantes le dossier de la requête de M. A C, enregistrée le 27 août 2024, au greffe du tribunal administratif d'Orléans.

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 3 et 16 septembre 2024, M. A C, représenté par Me Cojocaru, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 juin 2024 par lequel préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, son conseil s'engageant dans cette hypothèse à renoncer à l'aide juridictionnelle, ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'ensemble des décisions contestées :

- l'arrêté est entaché d'un défaut de motivation ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français

- elle est insuffisamment motivée et disproportionnée .

Par un mémoire en défense et des pièces complémentaires enregistrées le 16 septembre 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Mounic, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue par l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 septembre 2024 :

- le rapport de Mme Mounic, magistrate désignée,

- les observations de Me Louvel, substituant Me Cojocaru, représentant M. C, présent à l'audience, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

En l'absence du préfet de la Loire-Atlantique ou de son représentant, l'instruction a été close après ces observations.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien, né le 16 novembre 2005, est entré irrégulièrement en France en 2022 et s'est maintenu sur le territoire français depuis lors. Il a été interpellé le 12 juin 2024 et placé en garde à vue pour des faits de détention de stupéfiants et séjour irrégulier sur le territoire. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 13 juin 2024 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'ensemble des décisions contestées :

2. En premier lieu, l'arrêté contesté mentionne et vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application, notamment l'article L. 611-1-1,° les articles 3 et 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles. Il mentionne les éléments relatifs au parcours et à la situation personnelle du requérant, et précise notamment qu'il arrivé en France il y a deux ans, qu'il est défavorablement connu des services de police, sans ressources légales et qu'il déclare être hébergé chez sa compagne, Mme B D, laquelle serait enceinte de trois mois, sans toutefois apporter aucun élément de preuve sur cette relation. Dans ces conditions, l'arrêté contesté, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation individuelle de l'intéressé, est suffisamment motivé en fait et en droit. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

4. Si le requérant se prévaut de sa relation avec une ressortissante française et produit un certificat médical attestant de son état de grossesse ainsi qu'une reconnaissance anticipée de paternité en date du 15 juillet 2024, il n'établit pas de manière suffisante, par ces seuls éléments, avoir fixé le centre de ses intérêts en France, alors qu'il a vécu jusqu'à 17 ans en Algérie où résident ses parents et sa fratrie. En outre, il ressort des procès-verbaux d'audition qu'il ne dispose pas de domicile pérenne, étant hébergé chez sa compagne et travaille de manière irrégulière en tant que coiffeur, en l'absence de titre de séjour le lui permettant. Dans ces conditions, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision fixant l'interdiction de retour sur le territoire français

5. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ()".

6. Si le préfet doit tenir compte, pour décider de prononcer, à l'encontre d'un étranger soumis à une obligation de quitter sans délai le territoire français, une interdiction de retour et fixer sa durée, de chacun des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces mêmes dispositions ne font pas obstacle à ce qu'une telle mesure soit décidée quand bien même une partie de ces critères, qui ne sont pas cumulatifs, ne serait pas remplie.

7. Le requérant, présent sur le territoire français, selon ses allégations non étayées par les pièces du dossier, depuis 2022, n'établit pas comme évoqué au point 4 disposer d'attaches familiales intenses et stables ou d'une intégration particulière en France. Par ailleurs, il est défavorablement connu des services de police pour des faits de détention de stupéfiants et de vente à la sauvette. Ces circonstances sont mentionnées dans l'arrêté. Par suite, la décision est suffisamment motivée.

8. Il résulte de tout ce qui précède, que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Loire- Atlantique du 13 juin 2024. Par suite, ses conclusions à titre d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié, à M. A C, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Dorina Cojocaru.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.

La magistrate désignée,

S. MOUNICLa greffière,

J. DIONIS

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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