mercredi 25 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2413852 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | - Etrangers - 15 jours |
| Avocat requérant | GUERIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 septembre 2024 et le 17 septembre 2024, M. F D, actuellement détenu au centre pénitentiaire de Nantes, représenté par Me Guerin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 août 2024 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français à compter de sa levée d'écrou sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de procéder à un nouvel examen de sa situation et de le munir d'une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros HT en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de séjour :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure au regard des dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration en ce que le préfet ne l'a pas invité à produire les pièces manquantes, en ce que l'avis de la commission du titre de séjour n'est pas produit et en ce que le préfet ne justifie pas avoir remis une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande ou un récépissé de demande de titre de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 6-4 de la convention franco-algérienne ;
- elle est entachée d'une erreur de fait en ce qu'il contribue à l'entretien et l'éducation de son enfant ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que sa présence ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3§1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- le préfet s'est estimé à tort en situation de compétence liée ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et de fait au regard des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'un défaut de base légale ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3§1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
S'agissant de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation ;
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 septembre 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête
Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 septembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les requêtes tendant à l'annulation des mesures d'éloignement adoptées à l'encontre de ressortissants étrangers faisant l'objet d'une assignation à résidence et des décisions accompagnant ces mesures.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les observations de Me Guerin, représentant M. D,
- et les observations de M. D, assisté de M. E G, interprète assermenté,
- le préfet de la Loire-Atlantique n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Une note en délibéré présentée par Me Guérin a été enregistrée le 19 septembre 2024 et n'a pas été communiquée.
1. M. D, de nationalité algérienne, né le 23 avril 1994, déclare être entré en France en 2019. Il a déposé une demande de titre de séjour et par un arrêté du 14 août 2024, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai à compter de sa levée d'écrou, en fixant le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :
2. En premier lieu, l'arrêté a été signé par Mme H I, cheffe du bureau du séjour de la préfecture de la Loire-Atlantique, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté du préfet de la Loire-Atlantique du 1er mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
3. En dernier lieu, la décision attaquée vise notamment l'article 6-4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant. Il mentionne également les considérations de fait sur lesquels il se fonde notamment les éléments pertinents relatifs aux conditions de séjour de M. D en France. L'arrêté, qui n'est pas tenu d'énumérer l'ensemble des éléments du dossier, comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constitue le fondement. La décision de refus de titre de séjour étant suffisamment motivée, celle portant obligation de quitter le territoire français, qui vise les dispositions permettant au préfet d'édicter une telle décision, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte, par application des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Enfin la décision fixant le pays d'éloignement et portant interdiction de retour sur le territoire français comportent également une motivation en droit et en fait. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté attaqué refusant de délivrer un titre de séjour, faisant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays d'éloignement et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour
4. En premier lieu, aux termes l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration dispose : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations () "
5. Si les dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration dont se prévaut le requérant, obligent de manière générale l'administration à inviter tout demandeur à compléter sa demande lorsque celle-ci ne comporte pas toutes les pièces ou informations exigées par les textes législatifs ou réglementaires le préfet n'a pas, par la décision attaquée, refusé de délivrer au requérant un titre de séjour en qualité d'ascendant direct d'un enfant français en raison du caractère incomplet de son dossier mais aux motifs, dans le cadre de son pouvoir d'appréciation, qu'il n'apportait pas de preuves suffisantes de sa participation à l'entretien et à l'éducation de son fils et au motif que son comportement constituait une menace pour l'ordre public. Par suite, le requérant ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration.
6. Aux termes de l'article R. 432-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Devant la commission du titre de séjour, l'étranger fait valoir les motifs qu'il invoque à l'appui de sa demande d'octroi ou de renouvellement d'un titre de séjour. Un procès-verbal enregistrant ses explications est transmis au préfet avec l'avis motivé de la commission. L'avis de la commission est également communiqué à l'intéressé ". Il résulte de ces dispositions que l'avis motivé de la commission doit être transmis à l'intéressé et au préfet avant que ce dernier ne statue sur la demande dont il a été saisi. Une telle communication constitue une garantie instituée au profit de l'étranger qui doit connaître le sens et les motifs de l'avis de la commission avant que le préfet ne prenne sa décision.
7. Il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 25 juin 2024 dont le requérant a accusé réception le 1er juillet 2024, le préfet de la Loire-Atlantique a, conformément aux dispositions citées au point précédent, adressé à M. D l'avis de la commission du titre de séjour qui s'est réunie le 21 juin 2024.
8. Aux termes de l'article R. 432-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque le préfet, qui envisage de refuser la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, saisit la commission mentionnée à l'article L. 432-14 pour avis, il met à disposition de l'étranger, dès la saisine de la commission, l'attestation de prolongation de l'instruction de sa demande mentionnée au deuxième alinéa de l'article R. 431-15-1 si le titre de séjour sollicité figure dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2 ou, s'il n'y figure pas, un récépissé de demande de titre de séjour. / Ces documents sont valables trois mois et sont renouvelés jusqu'à ce que le préfet ait statué. Ils portent la mention " Il autorise son titulaire à travailler " lorsque l'étranger était précédemment titulaire d'un titre de séjour l'autorisant à travailler ".
9. Le requérant soutient que le préfet n'a pas accompli les formalités prévues par les dispositions précitées de l'article R. 432-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'il ne lui a pas délivré d'attestation de prolongation de l'instruction de sa demande ou un récépissé de demande de titre de séjour. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que, à la date de la saisine de la commission du titre de séjour, le requérant était incarcéré depuis le 20 juillet 2023 de sorte qu'en tout état de cause, le vice allégué, à le supposer établi, ne l'a pas privé d'une garantie. De même, ce vice n'a pas été de nature à exercer une influence sur le sens de la décision.
10. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté en toutes ses branches.
11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ". Par ailleurs, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé du 27 décembre 1968 : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale est délivré de plein droit : / () / 4) Au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. () ". Les stipulations précitées ne privent pas l'autorité administrative compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant algérien la délivrance du certificat de résidence d'un an lorsque sa présence sur le territoire français constitue une menace pour l'ordre public.
12. Il ressort des pièces du dossier, que M. D a été condamné le 5 août 2020 à deux mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de refus de se soumettre aux opérations de relevés signalétiques intégrés dans un fichier de police, le 28 février 2022 à 150 euros d'amende pour usage illicite de stupéfiants, le 13 février 2023 à 8 mois d'emprisonnement pour vol par effraction dans un local d'habitation en récidive, le 9 mars 2023 à trois mois d'emprisonnement pour vol en réunion et violation de domicile, le 11 septembre 2023 à 5 mois d'emprisonnement pour vol en réunion et usage illicite de stupéfiants, le 10 octobre 2023 à 7 mois d'emprisonnement pour recel de bien provenant d'un vol et usage illicite de stupéfiants et le 16 janvier 2024 à 6 mois d'emprisonnement pour recel de bien provenant d'un vol en récidive. Ces faits caractérisent, compte tenu notamment de leur caractère récent et de leur réitération, le comportement de M. D comme étant une menace à l'ordre public. Il ressort également des pièces du dossier que la commission du titre de séjour a émis, le 21 juin 2024, un avis défavorable à la demande de titre de séjour de M. D. Dès lors, le préfet de la Loire-Atlantique pouvait, pour ce seul motif de menace à l'ordre public, refuser de délivrer à M. D un certificat de résidence algérien.
13. Dans ces conditions, si le requérant fait valoir que la décision est entachée d'une méconnaissance des dispositions de l'article 6-4 de l'accord franco-algérien car sa qualité de parent d'enfant français lui permettait de prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sans avoir à prouver qu'il subvient aux besoins de son enfant, il ressort des pièces du dossier que le préfet aurait pris la même décision sur le seul motif tiré de la menace à l'ordre public que le comportement de M. D constitue. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 6-4 de l'accord franco-algérien et de l'erreur manifeste d'appréciation, compte tenu de ce que M. D exerce l'autorité parentale à l'égard de son enfant doit être écarté. De même, les moyens tirés de l'erreur de fait en ce qu'il contribue à l'entretien et à l'éducation de son enfant et de l'erreur de droit et d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public doivent également, compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, être écartés.
14. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants () l'intérêt supérieur de l'enfant, doit être une considération primordiale ".
15. M. D se prévaut de sa présence en France depuis 2019, de sa relation avec une française avec laquelle il a eu un enfant et de la présence en France de sa sœur titulaire d'un titre de séjour. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il entretiendrait avec son enfant des liens d'une particulière intensité, se bornant à indiquer qu'il l'a vu lors de permissions de sortie et à produire des factures. Par ailleurs, le requérant n'apporte aucun élément sur sa relation de couple avec une ressortissante française, se bornant à indiquer qu'ils sont mariés religieusement ni sur les liens qu'il entretiendrait avec sa sœur présente en France et n'allègue pas non plus être dépourvu d'attache dans son pays d'origine où il a résidé jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans et où vivent ses parents A outre, ainsi qu'il a été dit, il a fait l'objet de plusieurs condamnations pénales et représente une menace pour l'ordre public, aucun élément ne démontrant une quelconque insertion socio-professionnelle en France. Dans ces conditions, et alors même qu'il allègue vivre en France depuis 2019, le préfet de la Loire-Atlantique, en refusant sa demande de titre de séjour, n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de mener une vie privée et familiale normale ni méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
16. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union () ".
17. Si l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne concerne non les États membres, mais uniquement les institutions, les organes et les organismes de l'Union, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union européenne.
18. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier et il n'est d'ailleurs pas allégué que M. D aurait demandé en vain un entretien avec les services préfectoraux ni qu'il aurait été empêché de s'exprimer avant que ne soit prise la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Le requérant n'allègue pas davantage qu'il aurait tenté en vain de porter à la connaissance de l'administration des éléments pertinents relatifs à sa situation avant que ne soit prise la mesure d'éloignement. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le requérant a été privé du droit d'être entendu résultant du principe général du droit de l'Union européenne doit être écarté ainsi que celui tiré du défaut d'examen de sa situation.
19. En deuxième lieu, aux termes de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ".
20. Il ressort des termes de l'arrêté litigieux que la demande de titre de séjour déposée par M. D a été rejetée. Par suite, la situation de M. D entre dans le champ des dispositions du 3° de l'article L. 611-1 et les moyens tirés du défaut de base légale et de l'erreur de fait doivent donc être écartés. De même, il ne ressort des pièces du dossier ni que le préfet se serait estimé en situation de compétence liée, ni qu'il n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle de M. D avant de l'obliger à quitter le territoire français.
21. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Par ailleurs, aux termes de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. / () ".
22. Il ressort des pièces du dossier que M. D est entré en 2019, soit à l'âge de 25 ans, sur le territoire français, qu'il s'est maintenu irrégulièrement en dépit de deux mesures d'éloignement édictées à son encontre le 28 avril 2021 et le 17 novembre 2022 par le préfet de la Loire-Atlantique. Dans ces conditions, et pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 15, l'obligation de quitter le territoire français ne porte pas au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale, protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et ne méconnaît pas non plus les stipulations de l'article 3§1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
23. En dernier lieu, il résulte des points 2 à 15 que l'illégalité de la décision de refus de séjour n'est pas établie. M. D n'est, par suite, pas fondé à demander l'illégalité de la décision attaquée lui faisant obligation de quitter le territoire par voie de conséquence de cette illégalité.
En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
24. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : (); 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L. 612-3 du même code précise que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; ".
25. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a fait l'objet de deux obligations de quitter le territoire français le 28 avril 2021 et le 17 novembre 2022, auxquelles il s'est soustrait. En outre, ainsi qu'il a été dit au point 12, son comportement constitue une menace pour l'ordre public. M. D relevait donc bien du 1° et du 3° de l'article L. 612-3 précité où le préfet peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire. En conséquence, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation de l'intéressé.
26. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 15, le moyen tiré de ce que la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination
27. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 15, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.
28. En dernier lieu, il résulte des points16 à 23 que l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas établie. M. D n'est, par suite, pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
29. D'une part, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour.
Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
30. Il résulte de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.
31. Pour interdire à M. D de retourner sur le territoire français pendant une durée de cinq ans prévue par les dispositions précitées, le préfet de la Loire-Atlantique s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé représente une menace à l'ordre public. Toutefois, il ressort de ce qui précède que M. D est père d'un enfant français, à l'égard duquel il n'est pas établi qu'il n'exerce pas l'autorité parentale. Dans ces conditions, en lui interdisant de retourner sur le territoire français pendant une durée de cinq ans, le préfet de la Loire-Atlantique a commis une erreur d'appréciation.
32. Il résulte de tout ce qui précède que M. D est seulement fondé à demander l'annulation de la décision du 14 août 2024 prise à son encontre portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
33. Le présent jugement, qui ne prononce l'annulation que de la décision portant interdiction de retour n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction présentées par M. D doivent, par suite, être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
34. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administratives par M. D.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 14 août 2024 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a fait interdiction à M. D de retourner sur le territoire français durant cinq ans est annulée quant à sa durée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F D, à Me Guerin et au préfet de la Loire-Atlantique.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 septembre 2024.
La magistrate désignée,
A-L CLa greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet de Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026