jeudi 10 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2413855 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | - Etrangers - 15 jours |
| Avocat requérant | FABRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et trois mémoires, enregistrés le 5 septembre 2024, le 19 septembre 2024, le 1er octobre 2024 et le 8 octobre 2024, M. A C, détenu au centre pénitentiaire Le Mans-Les Croisettes, représenté par Me Fabre, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 30 août 2024 par lequel le préfet de la Sarthe l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, en fixant le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pendant une durée de trois ans ;
3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un récépissé et de le convoquer aux fins d'examiner son droit au séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au bénéfice de son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision est entachée d'un défaut motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- la procédure est irrégulière au regard des stipulations de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la décision méconnaît les stipulations des articles 8 et 13 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'il bénéficie du droit au séjour permanent ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation s'agissant de la menace à l'ordre public ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste sur l'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle est illégale en ce qu'il doit être considéré comme français depuis son accession à la majorité en application des dispositions de l'article 21-7 du code civil ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
S'agissant de l'absence de délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation s'agissant des conséquences sur sa situation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 septembre 2024, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile';
- la loi no 91-647 du 10 juillet 1991';
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Pajot pour statuer sur les requêtes tendant à l'annulation des mesures d'éloignement adoptées à l'encontre de ressortissants étrangers faisant l'objet d'une assignation à résidence et des décisions accompagnant ces mesures.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 octobre 2024 :
- le rapport de Mme Pajot, magistrate désignée,
- les observations de Me Fabre, représentant M. C,
- et les observations de M. C,
- le préfet de la Sarthe n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, de nationalité espagnole, né le 12 juillet 2002, a fait l'objet le 30 août 2024 d'un arrêté par lequel le préfet de la Sarthe l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, en fixant le pays de destination, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; () / L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ".
4. Il appartient à l'autorité administrative d'un État membre de l'Union européenne qui envisage de prendre une mesure d'éloignement à l'encontre d'un ressortissant d'un autre État membre, de ne pas se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, mais d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. L'ensemble de ces conditions doivent être appréciées en fonction de la situation individuelle de la personne, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.
5. Par ailleurs, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
6. Il résulte de l'arrêté litigieux que le préfet de la Sarthe a fondé l'obligation de quitter le territoire français contestée sur la circonstance que M. C a été condamné, par un jugement du tribunal correctionnel d'Evreux du 13 janvier 2023, à une peine de cinq mois d'emprisonnement avec sursis probatoire pendant une durée de deux ans pour des faits de dégradation ou détérioration du bien d'autrui par un moyen dangereux pour les personnes et recel de bien provenant d'un vol, qu'il a également été condamné par un jugement du tribunal correctionnel du Mans du 23 avril 2024 à une peine de six mois d'emprisonnement pour des faits de tentative de remise ou sortie irrégulière de correspondance, somme d'argent ou objet de détenu et refus de remettre aux autorités judiciaires ou de mettre en œuvre la convention secrète de déchiffrement d'un moyen de cryptologie. Toutefois, ces faits, compte tenu notamment de leur nature, ne peuvent être regardés comme caractérisant une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Par ailleurs, si le préfet fait également valoir qu'il est défavorablement connu des services de police pour d'autres faits, il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est d'ailleurs pas allégué, qu'il aurait fait l'objet de poursuites ou aurait été condamné pour ces faits. Par suite, le préfet de la Sarthe a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen invoqué à cet égard doit être accueilli.
7. En outre, il ressort des pièces du dossier que M. C est né en France le 12 juillet 2002. Il produit également divers documents, notamment des certificats de scolarité, témoignages, attestations d'assurance maladie, documents médicaux, qui permettent d'attester d'une présence continue et ancienne sur le territoire français. Il ressort également des pièces du dossier que le requérant réside à Nanterre avec les membres famille, notamment sa mère, laquelle produit une attestation et était présente à l'audience. Eu égard à l'ensemble des éléments exposés ci-dessus et compte-tenu, en particulier de la durée de présence en France du requérant, des liens qu'il a nécessairement tissés sur le territoire français dans ce laps de temps, le préfet de la Sarthe a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés contre cette décision, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 30 août 2024 par laquelle le préfet de la Sarthe l'a obligé à quitter le territoire français. Il y a lieu, par voie de conséquence, d'annuler les décisions du même jour par lesquelles le préfet de la Sarthe a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé son pays de destination et lui a interdit la circulation sur le territoire français pour une durée de trois ans.
Sur les conclusions à fin d'injonctions sous astreinte :
9. Le présent jugement n'implique ni que le préfet de la Sarthe délivre un récépissé à M. B ni qu'il le convoque aux fins d'examiner son droit au séjour. Les conclusions aux fins d'injonction présentées en ce sens doivent dès lors être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. Sous réserve de l'admission définitive de M. C à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Fabre renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Fabre, avocate de M. C, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à la requérante par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. C.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis au benefice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'arrêté du 30 août 2024 du préfet de la Sarthe est annulé.
Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Fabre renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Fabre, avocate de M. B une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée au requérant par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. C.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Fabre et au préfet de la Sarthe.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024 .
La magistrate désignée,
A-L PajotLa greffière,
G. Peigné
La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026