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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2414143

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2414143

mercredi 23 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2414143
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation- Etrangers - 15 jours
Avocat requérantKALED

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 septembre 2024 M. A B, représenté par Me Kaled, avocat, demande au tribunal :

1°) de constater que le recours est recevable et parfaitement bien fondé ;

2°) de constater l'irrégularité de l'arrêté pris par le préfet de la Sarthe le 6 septembre 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai ;

3°) d'annuler l'arrêté du 6 septembre 2024 par lequel le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe, sous astreinte de 100 euros par jour, dans les dix jours suivant le jugement à intervenir de délivrer le titre auquel il est éligible, vie privée et familiale au principal, tout autre titre que la juridiction estimerait idoine au demeurant ;

5°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au préfet de la Sarthe de réexaminer sa demande de titre de séjour, en le munissant dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

6°) de dire que le jugement sera revêtu de l'exécution provisoire en application de l'article L. 122-1 du code de justice administrative ;

7°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire

- la décision portant obligation de quitter le territoire a été signée par une personne incompétente pour ce faire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les dispositions de l'article L. 441-8 ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi

- elle est entachée d'une incompétence de l'auteur de l'acte à défaut pour la préfecture de justifier d'une délégation régulière de signature ;

- elle est illégale par voie d'exception, la décision portant obligation de quitter le territoire sur laquelle elle se fonde étant elle-même illégale ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire

- elle est entachée d'une incompétence de l'auteur de l'acte à défaut pour la préfecture de justifier d'une délégation régulière de signature ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par voie d'exception, la décision portant obligation de quitter le territoire sur laquelle elle se fonde étant elle-même illégale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'une incompétence de l'auteur de l'acte à défaut pour la préfecture de justifier d'une délégation régulière de signature ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par voie d'exception, les décisions portant obligation de quitter le territoire et refus de délai de départ sur lesquelles elle se fonde étant elles-mêmes illégales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 octobre 2024, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Mounic, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue par l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 octobre 2024 :

- le rapport de Mme Mounic, magistrate désignée,

- les observations de Me Kaled, représentant M. B, présent à l'audience.

En l'absence du préfet de la Sarthe ou de son représentant, l'instruction a été close après ces observations.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant comorien, né le 2 avril 1995 est marié à une ressortissante française depuis le 29 mai 2021. Il déclare être entré sur le territoire français métropolitain avec son épouse le 10 novembre 2023 et a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint de français le 4 juin 2024 sur le fondement des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 6 septembre 2024 par lequel le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Sarthe l'a assigné à résidence au Mans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour

2. D'une part, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français. " Aux termes de l'article L. 423-2 du même code : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 441-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des dispositions des articles L. 233-1 et L. 233-2, les titres de séjour délivrés par le représentant de l'Etat à Mayotte, à l'exception des titres délivrés en application des dispositions des articles L. 233-5, L. 421-11, L. 421-14, L. 421-22, L. 422-10, L. 422-11, L. 422-12, L. 422-14, L. 424-9, L. 424-11 et L. 426-11 et des dispositions relatives à la carte de résident, n'autorisent le séjour que sur le territoire de Mayotte. / Les ressortissants de pays figurant sur la liste, annexée au règlement (CE) n° 539/2001 du Conseil du 15 mars 2001 fixant la liste des pays tiers dont les ressortissants sont soumis à l'obligation de visa pour franchir les frontières extérieures des Etats membres, qui résident régulièrement à Mayotte sous couvert d'un titre de séjour n'autorisant que le séjour à Mayotte et qui souhaitent se rendre dans un autre département, une collectivité régie par l'article 73 de la Constitution ou à Saint-Pierre-et-Miquelon doivent obtenir une autorisation spéciale prenant la forme d'un visa apposé sur leur document de voyage. Ce visa est délivré, pour une durée et dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat, par le représentant de l'Etat à Mayotte après avis du représentant de l'Etat du département ou de la collectivité régie par l'article 73 de la Constitution ou de Saint-Pierre-et-Miquelon où ils se rendent, en tenant compte notamment du risque de maintien irrégulier des intéressés hors du territoire de Mayotte et des considérations d'ordre public. / L'autorisation spéciale prenant la forme d'un visa mentionnée au présent article est délivré de plein droit à l'étranger qui demande l'asile lorsqu'il est convoqué par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides pour être entendu. / Les conjoints, partenaires liés par un pacte civil de solidarité, descendants directs âgés de moins de vingt et un ans ou à charge et ascendants directs à charge des citoyens français bénéficiant des dispositions du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne relatives aux libertés de circulation sont dispensés de l'obligation de solliciter l'autorisation spéciale prenant la forme d'un visa mentionnée au présent article ". Les Comores figurent sur la liste établie à l'annexe 1 au règlement communautaire n° 539/2001 des États dont les ressortissants sont assujettis à l'obligation de visa au franchissement des frontières extérieures de l'espace Schengen.

4. Les dispositions de l'article L. 441-8, qui subordonnent ainsi l'accès aux autres départements français de l'étranger titulaire d'un titre de séjour délivré à Mayotte à l'obtention de cette autorisation spéciale, font obstacle à ce que cet étranger, s'il gagne un autre département sans avoir obtenu cette autorisation, puisse prétendre dans cet autre département à la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions de droit commun. Il résulte des dispositions du dernier alinéa de l'article L. 441-8 que le membre de la famille d'un citoyen français présentant l'une des qualités qu'elles visent est dispensé de l'obligation de solliciter le visa dont s'agit et a, par suite, la faculté de demander un titre de séjour dans les conditions de droit commun.

5. Il est constant que le requérant est marié à une ressortissante française depuis le 29 mai 2021 et comme le reconnait le préfet de la Sarthe, la communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage et son épouse a conservé la nationalité française. Il ressort en outre, des termes de la décision en litige, qu'il est entré sur le territoire français à Mayotte le 8 janvier 2022 sous couvert d'un visa long séjour " conjoint de français ", valable du 30 septembre 2021 au 30 septembre 2022 puis il a obtenu une carte de séjour temporaire, en qualité de conjoint de français, valable du

30 septembre 2022 au 29 septembre 2023, renouvelée par le préfet de Mayotte du 12 décembre 2023 au 11 décembre 2024. La circonstance que ce titre n'ait pas été retiré est sans incidence sur sa validité. Or, en application des dispositions précitées de l'article L. 441-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, si le titre détenu par M. B n'est valable qu'à Mayotte, les conjoints des citoyens français sont toutefois dispensés de l'obligation de solliciter un visa pour se rendre sur le territoire métropolitain. Aussi, il ressort des pièces du dossier que le requérant entré le 10 novembre 2023 sur le territoire métropolitain, ce que confirme le préfet de la Sarthe sans ses écritures au regard du tampon figurant sur son passeport, est dès lors fondé à soutenir qu'il était dispensé de l'obligation de solliciter une autorisation spéciale en vue d'entrer en France métropolitaine. Par suite, en lui opposant son entrée irrégulière en France pour refuser de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Sarthe a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 441-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et entaché sa décision d'une erreur de droit.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour. Par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire, refus de délai de départ, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour doivent être annulées. Il y a lieu également de prononcer l'annulation, par voie de conséquence, de l'arrêté du même jour l'assignant à résidence pendant une durée de quarante-cinq jours.

Sur les conclusions à fin d'injonction

7. Au regard du motif d'annulation retenu, le présent jugement implique qu'il soit enjoint au préfet de la Sarthe de délivrer à M. B un titre de séjour " vie privée et familiale " en tant que conjoint de français. Il y a lieu d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais d'instance

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Sarthe du 6 septembre 2024 portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire sans délai, fixant le pays de renvoi et portant interdiction de retour est annulé.

Article 2 : L'arrêté du préfet de la Sarthe du 6 septembre 2024 portant assignation à résidence de M. B est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Sarthe de délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " à M. B dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de la Sarthe et à Me Saïd Kaled.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2024.

La magistrate désignée,

S. MOUNICLa greffière,

A. DIALLO

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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