vendredi 4 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2414241 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | - Etrangers - 15 jours |
| Avocat requérant | THULLIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 septembre 2024 et le 17 septembre 2024, M. D C, représenté par Me Thullier, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 10 septembre 2024 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil de manière rétroactive, dans un délai de cinq jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa vulnérabilité ;
- la procédure est irrégulière en l'absence de qualification de l'agent ayant mené l'entretien de vulnérabilité ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'appréciation en ce que l'Office français de l'immigration et de l'intégration a considéré que le requérant avait déposé sa demande d'asile après le délai légal alors que sa date d'arrivée en France est approximative ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'il n'a pas été invité à justifier de l'existence d'un motif légitime ;
- elle porte atteinte au droit d'asile et au droit à la dignité en méconnaissance de l'article 1er de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il justifie d'une situation de vulnérabilité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 septembre 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable en l'absence de moyens assortis de précisions permettant d'en apprécier le bienfondé ;
- les autres moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les observations de Me Thullier, représentant M. C,
- et les observations de M. C, assisté de Mme A, interprète assermentée,
- l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'étant pas présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
1. M. C, né le 5 mars 2004, de nationalité guinéenne, a déposé une demande d'asile enregistrée le 10 septembre 2024. Par une décision du 10 septembre 2024, dont il demande l'annulation, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, la décision en litige mentionne les dispositions dont il est fait application, celles des articles L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne également que M. C n'a pas sollicité l'asile sans motif légitime dans le délai de 90 jours suivant son entrée en France. Par suite, la décision est suffisamment motivée en ce qu'elle a permis à M. C de comprendre les raisons pour lesquelles le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lui est refusé. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale. ". Aux termes de l'article L. 522-2 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. ". Aux termes de l'article L. 551-10 du même code : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L.551-15 et L.551-16. ". Enfin, aux termes de l'article L. 551-15 du même code : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / () 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. () Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. "
4. M. C a bénéficié le 10 septembre 2024 d'un entretien au cours duquel sa situation personnelle a été évaluée. Il ressort de la fiche d'évaluation de sa vulnérabilité que l'intéressé a signée et au bas de laquelle il a certifié sur l'honneur l'exactitude des informations fournies, que l'entretien a été réalisé en langue soussou, avec le concours d'un interprète. Lors de cet entretien, M. C a indiqué qu'il n'était pas hébergé, qu'il n'avait aucun problème de santé, qu'il était analphabète. Le requérant n'est ainsi pas fondé à soutenir que l'OFII, qui a donc procédé à un examen de sa vulnérabilité le 10 septembre 2024 dans une langue qu'il comprend, et alors même, à supposer le moyen opérant, qu'aucun élément du dossier n'est de nature à faire douter de la qualification de l'agent ayant procédé à cet entretien, aurait méconnu les dispositions citées au point précédent.
5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment de ce qui a été dit au point 4 que l'OFII s'est livré à un examen particulier de la situation personnelle de M. C, qui a été reçu en entretien le 10 septembre 2024. Le moyen tiré du défaut d'examen de sa vulnérabilité doit ainsi être écarté.
6. En quatrième lieu, s'il ressort de la fiche d'information que la date du 1er avril 2024 indiquée comme date d'arrivée en France est accompagnée de la mention " approximative ", cet élément ainsi que les seules allégations du requérant, lequel soutient qu'il a fait l'objet d'un " push back " à la frontière franco-italienne, ne suffisent pas à établir, en l'absence d'autre élément concret, que la date d'arrivée en France en avril 2024, initialement déclarée par le requérant, ne serait pas véritablement sa date d'entrée en France. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et d'appréciation soulevés en ce sens doivent être écartés.
7. En cinquième lieu, si le requérant soutient qu'il justifie d'un motif légitime pour le dépôt tardif de sa demande d'asile en ce qu'il est analphabète, isolé et vulnérable depuis son arrivée en France, il ne justifie toutefois pas avoir entrepris, au cours des trois mois qui ont suivi son arrivée sur le territoire national, la moindre démarche pour se renseigner ou s'être heurté à des obstacles l'ayant empêché de connaître la procédure à suivre pour présenter sa demande d'asile. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. C a bénéficié de l'entretien lui permettant d'expliquer les éventuelles raisons pour lesquelles il n'avait pu présenter une demande d'asile dans le délai légal requis, ce qu'il a au demeurant fait puisque le compte-rendu de l'entretien indique que M. C se déclare analphabète. Dans ces conditions, dès lors que l'intéressé ne justifie pas d'un motif légitime, l'Office français de l'immigration et de l'intégration pouvait lui refuser pour ce motif, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
8. En cinquième lieu, aux termes de 1'article 1er de la Charte des droits fondamentaux de 1'Union européenne : " La dignité humaine est inviolable. Elle doit être respectée et protégée. ".
9. En se bornant à soutenir qu'il est analphabète, sans ressources et sans logement et qu'il se trouve dans une détresse psychologique, le requérant n'établit pas qu'il serait particulièrement vulnérable, ce qui ne ressort pas non plus de la fiche d'évaluation de sa vulnérabilité. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. De même, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 1er de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doit être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Doivent être rejetées également, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.
La magistrate désignée,
A-L B La greffière,
G. PeignéLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026