mardi 22 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2414394 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | LACHAUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 septembre 2024, le préfet de la Vendée demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à M. D B, à Mme C B, ainsi qu'à tous occupants de leur chef, de libérer sans délai le logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent, situé rue Jean Rostand, résidence " Les Demoiselles ", bâtiment G, appartement 210, Les Herbiers (85500) et géré par l'association VISTA ;
2°) à défaut pour les intéressés de libérer les lieux, de l'autoriser à procéder à leur expulsion par tous moyens légaux, au besoin, avec le concours de la force publique ;
3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du logement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. D B et de Mme C B, à défaut pour ceux-ci de les avoir emportés.
Il soutient que :
- les conditions d'urgence et d'utilité sont satisfaites dès lors que le maintien dans les lieux de M. D B et de Mme C B, définitivement déboutés de l'asile, fait obstacle à l'accueil de nouveaux demandeurs d'asile, compromettant ainsi le fonctionnement du service public, alors qu'au 30 avril 2024, 86 demandeurs d'asile étaient en attente d'un hébergement dans le département et 1 984 au niveau de la région ; les intéressés ne justifient d'aucune circonstance exceptionnelle justifiant leur maintien dans le lieu d'hébergement dès lors que la seule présence de très jeunes enfants au sein de la cellule familiale ne suffit pas à caractériser de telles circonstances ; M. D B et Mme C B ont été avertis par le Service Intégré d'accueil et d'orientation de la Vendée qu'ils pouvaient, s'ils le souhaitaient, bénéficier d'un hébergement d'urgence d'une durée maximale de quinze jours par lettre du 23 août 2024, remise en main propre le 2 septembre suivant ; aucun délai supplémentaire ne devra leur être accordé pour quitter les lieux ;
- la mesure sollicitée ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse dès lors que le contrat de séjour conclu par M. D B et Mme C B avec le gestionnaire du lieu d'accueil limitait la durée de l'hébergement à celle de l'instruction de leurs demandes d'asile, qui ont été définitivement rejetées par une décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 7 mai 2024 ; l'association gestionnaire les a informés, par remise en main propre le 17 mai 2024, de la fin de leur prise en charge par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) à compter du 30 juin suivant ; suite au constat de maintien dans les locaux par le gestionnaire du logement le 1er juillet 2024, il a, par un courrier du 22 juillet 2024, mis en demeure les intéressés de quitter les lieux dans un délai de quinze jours francs à compter de la notification intervenue le 25 juillet suivant ; cette mise en demeure est restée infructueuse ; la mesure sollicitée ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, dès lors qu'elle ne fait pas obstacle à la poursuite de la scolarité des enfants mineurs.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 octobre 2024, M. D B et Mme C B, représentés par Me Lachaux, concluent :
1°) à titre principal, au rejet de la requête ;
2°) à titre subsidiaire, à ce que leur soit laissé un délai de trois mois pour libérer le logement qu'ils occupent et à ce qu'il soit enjoint au préfet de la Vendée de leur trouver un hébergement d'urgence dans un délai de deux semaines à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
3°) à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administratif et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils soutiennent que :
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite, dès lors que le préfet de la Vendée ne justifie pas de chiffres actualisés de nature à établir la saturation du dispositif d'hébergement pour demandeurs d'asile ; en tout état de cause, le nombre de place d'hébergement invoqué suffit à accueillir l'ensemble des familles en attente d'hébergement ; leur foyer est composé de trois enfants mineurs dont un enfant en très bas âge et ils n'ont pas de solution de relogement ;
- leur situation répond à des circonstances exceptionnelles compte tenu de la naissance de leur fils le 11 janvier 2024 et de la présence de deux autres enfants âgés de 2 et 3 ans dont l'aînée est scolarisée ; leur expulsion sans délai aurait pour effet leur mise à la rue avec leurs trois enfants en bas âge.
M. D B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er octobre 2024.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bouchardon, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 14 octobre 2024 à 9 heures 30 :
- le rapport de M. Bouchardon, juge des référés,
- et les observations de Me Lachaux, avocate de M. D B, en sa présence.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet de la Vendée demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion sans délai de M. D B et de Mme C B, ainsi que tous les occupants de leur chef, du logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent, situé rue Jean Rostand, résidence " Les Demoiselles ", bâtiment G, appartement 210, aux Herbiers.
2. D'une part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
4. Lorsque le juge des référés est saisi par l'administration, sur le fondement des dispositions précitées au point 2, d'une demande d'expulsion d'un centre d'accueil pour demandeurs d'asile, il lui appartient de rechercher si, au jour où il statue, la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et si la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
5. Il résulte de l'instruction que M. D B et Mme C B, ressortissants azerbaïdjanais nés respectivement le 21 février 1994 et le 19 décembre 2000, sont entrés sur le territoire accompagnés de leurs deux enfants mineurs, A B née le 21 janvier 2021, et Nur B née le 4 avril 2022. Ils sont hébergés depuis le 16 mai 2023 dans un logement dédié aux demandeurs d'asile, situé rue Jean Rostand, résidence " Les Demoiselles ", bâtiment G, appartement 210, aux Herbiers (Vendée) et géré par l'association VISTA. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par décisions de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) en date du 17 mai 2023 s'agissant de M. D B et du 31 juillet 2023 s'agissant de Mme C B et de leurs deux enfants. Leur recours a été rejeté par une décision commune de la CNDA en date du 7 mai 2024 qui leur a été notifiée le 22 mai suivant. Ils ont été informés de la fin de leur prise en charge à compter du 30 juin suivant. S'étant maintenus dans leur logement, ils ont été mis de demeure, par un courrier du préfet de la Vendée daté du 22 juillet 2024, de quitter les lieux dans un délai de quinze jours francs à compter de la notification intervenue le 25 juillet suivant, mise en demeure restée infructueuse.
6. En premier lieu, les intéressés ne sauraient prétendre au maintien dans le logement pour demandeur d'asile qu'ils occupent, dès lors que leur demande d'asile a fait l'objet d'une décision définitive de rejet. La mesure d'expulsion ne se heurte donc, à cet égard, à aucune contestation sérieuse.
7. En second lieu, la libération des lieux par les intéressés présente, eu égard aux besoins d'accueil et au nombre de places disponibles dans les lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile, un caractère d'urgence et d'utilité.
8. Toutefois, la circonstance tenant au jeune âge des enfants justifie que soit accordé aux intéressés, pour libérer le logement pour demandeurs d'asile qu'ils occupent indûment, un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. En l'absence de départ volontaire des intéressés à l'issue de ce délai, il y a lieu d'autoriser le préfet de la Vendée à procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et à prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques des intéressés, les biens meubles qui s'y trouveraient.
9. Il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. D B et de Mme C B présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et, en tout état de cause, à celles tendant à ce qu'il soit prescrit au préfet de leur désigner un hébergement d'urgence.
O R D O N N E :
Article 1 : Il est enjoint à M. D B, à Mme C B et à tous occupants de leur chef, de libérer, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement qu'ils occupent avec leurs enfants, situé rue Jean Rostand, résidence " Les Demoiselles ", bâtiment G, appartement 210, Les Herbiers (85500).
Article 2 : En l'absence de départ volontaire de M. D B, de Mme C B, et de tous occupants de leur chef dans le délai imparti, le préfet de la Vendée, à l'issue du délai fixé à l'article 1er, pourra faire procéder à leur expulsion et à l'évacuation de leurs biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls des intéressés, au besoin avec le concours de la force publique.
Article 3 : Les conclusions de M. D B et de Mme C B, présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 et celles tendant à ce qu'il soit prescrit au préfet de leur désigner un hébergement d'urgence sont rejetées.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur, à M. D B, à Mme C B et à Me Lachaux.
Copie sera en outre adressée au préfet de la Vendée.
Fait à Nantes, le 22 octobre 2024.
Le juge des référés,
L. Bouchardon
La greffière,
J. Dionis
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026