mardi 24 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2414432 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | - 96h - Eloignement |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 19 et 23 septembre 2024, sous le n°2414431, M. E C représenté par Me Guérin, avocate, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de le recevoir en sa requête et l'y déclarer bien fondé ;
2°) d'annuler la décision du ministre de l'intérieur et des outre-mer du 17 septembre 2024, lui refusant l'admission sur le territoire au titre de l'asile ;
3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui remettre une autorisation provisoire de séjour et de mettre fin aux mesures de privation de liberté, en application du dernier alinéa de l'article L. 352-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ce, dans un délai de 24 heures à compter de la décision à intervenir sur le fondement de l'article L. 911-2 du code de justice administrative et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard passé ce délai sur le fondement de l'article L. 911-3 du code de justice administrative ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision a été signée par une autorité incompétente pour ce faire ;
- la décision porte atteinte à la confidentialité des éléments de la demande d'asile ;
- elle est entachée d'un vice de procédure, eu égard aux conditions matérielles dans lesquelles s'est déroulé l'entretien avec l'office français de protection des réfugiés et apatrides, dès lors qu'il s'est déroulé en français, par vidéo et téléphone et en tout état de cause, l'examen d'une demande d'asile à la frontière ne constituepas un examen sur le fond de la demande ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il a été privé du droit à la présence d'un tiers ;
- la réalisation de l'entretien en visioconférence nuit aux droits de la défense et a méconnu les dispositions des articles L. 531-21 et R. 531-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; dès lors que l'administration n'établit pas que les conditions d'entretien étaient satisfaisantes notamment au regard de la confidentialité ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que l'entretien a été réalisé par téléphone et par vidéo et que l'agent de l'office français de protection des réfugiés et apatrides ne s'est pas assurer des bonnes conditions de visionnage ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en méconnaissance des dispositions de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'examen du caractère infondé de la demande d'asile à la frontière ne pouvant relever de la notion de crédibilité qui relève de l'examen au fond de la demande pratiquée sur le territoire et en l'espèce, les propos du requérant n'étaient ni incohérents, ni inconsistants ni trop généraux ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 33 de la convention de Genève dès lors qu'il fixe la Grèce comme pays de renvoi, alors qu'il n'y est pas admissible et qu'il risque d'y subir des traitements inhumains et dégradants ; elle ne prend pas en compte sa vulnérabilité en méconnaissance de l'article L. 352-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait le principe de non-refoulement, en l'absence d'examen au fond de la demande d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 septembre 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer, représenté par Me Moreau, conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. C n'est fondé.
II. Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 19 et 23 septembre 2024, sous le n°2414432, M. C, représenté par Me Guérin, avocate, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de le recevoir en sa requête et l'y déclarer bien fondé ;
3°) d'annuler l'arrêté du 19 septembre 2024 du préfet de la Loire-Atlantique portant remise aux autorités grecques, en toutes ses dispositions, au motif qu'il est entaché d'illégalité ;
4°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de procéder à un nouvel examen de sa situation et de le munir d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il soit statué sur son cas, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sur le fondement de l'article L. 911-2 du code de justice administrative et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard passé ce délai sur le fondement de l'article L. 911-3 du code de justice administrative.
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros HT, à verser à son conseil, au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté est entaché d'une incompétence de l'auteur de l'acte ;
- il est entaché d'un défaut de motivation ;
- il est entaché d'un vice de procédure ;
- il est entaché d'une erreur de droit en méconnaissance de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnait les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il est susceptible de subir des traitements inhumains et dégradants en cas de renvoi en Grèce ;
- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 septembre 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. C, n'est fondé.
Vu :
- les autres pièces des dossiers ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention de Genève ;
- l'accord de réadmission entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la république hellénique relatif à la réadmission des personnes en situations irrégulière du 15 décembre 1999 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Mounic, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 921-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 septembre 2024 :
- le rapport de Mme Mounic, magistrate désignée,
- les observations de Me Guérin, représentant M. C, présent à l'audience, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.
La clôture d'instruction a été reportée au 24 septembre à 10h00.
Un mémoire complémentaire, présenté pour M. C, a été enregistré le 23 septembre 2024 à 21h45 et a été communiqué.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, né le 7 avril 1986, de nationalité guinéenne est arrivé à l'aéroport de Nantes Atlantique le 14 septembre 2024, en provenance de Grèce, muni d'une carte d'identité belge usurpée. Il a sollicité l'asile le même jour. Par un arrêté en date du 17 septembre 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a refusé de l'admettre sur le territoire au titre de l'asile. Par un arrêté du 19 septembre 2024, le préfet de la Loire-Atlantique a prononcé sa remise aux autorités grecques. Par les présentes requêtes, M. C demande l'annulation de ces décisions.
Sur la jonction des requêtes :
2. Les requêtes nos 2414431 et 2414432 présentent à juger des questions semblables qui concernent le même requérant et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour qu'il soit statué par un seul jugement.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. "
4. En raison de l'urgence, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la décision du ministre de l'intérieur et des outre-mer portant refus d'entrée sur le territoire français
5. En premier lieu, la décision litigieuse a été signée pour le ministre et par délégation par Mme D B, agente contractuelle au département de la coopération et de la dimension extérieure de l'asile. Par une décision du 12 octobre 2023, régulièrement publiée, modifiant la décision du 24 août 2020 portant délégation de signature, Mme B a reçu délégation pour signer au nom du ministre " tous actes, arrêtés, décisions () relevant des attributions du département de l'accès à la procédure d'asile ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire manque en fait et doit être écarté.
6. En deuxième lieu, si la confidentialité des éléments d'information détenus par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) relatifs à la personne sollicitant en France la qualité de réfugié constitue une garantie essentielle du droit d'asile, ce principe de valeur constitutionnelle ne fait pas obstacle à ce que les agents habilités à mettre en œuvre le droit d'asile aient accès à ces informations. Par suite, et dans la mesure où le ministre de l'intérieur est l'autorité compétente pour décider de refuser l'admission sur le territoire français au titre de l'asile, la circonstance qu'il ait eu connaissance du compte-rendu de l'entretien réalisé entre un agent de l'OFPRA et le requérant ne porte pas atteinte à ce principe. Ainsi, le moyen tiré de l'atteinte à la confidentialité des éléments de la demande d'asile doit être écarté.
7. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'audition du requérant, en visioconférence, par un agent de l'OFPRA, se serait déroulée dans des conditions qui ne lui ont pas permis de faire valoir les éléments de son récit. S'il soutient qu'il était dans une situation de stress qui l'a empêché d'expliquer correctement sa situation, le contenu de l'entretien comme les écritures du requérant dans la présente instance permettent de s'assurer qu'il a été en mesure de développer les éléments de son récit et, le cas échant, de les rectifier. Si par ailleurs, le requérant se prévaut d'incompréhensions de la part de l'agent de l'office français de protection des réfugiés et apatrides du fait des conditions matérielles d'entretien, lequel ne lui aurait pas posé de questions pertinentes en rapport avec les persécutions dont il se dit victime, en se bornant à relever une réponse dénuée de sens dans le compte-rendu, il ne l'établit pas. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que l'entretien s'est déroulé dans des conditions irrégulières.
8. En quatrième lieu, le requérant soutient qu'il n'a pas disposé de la possibilité effective de bénéficier de l'assistance d'un avocat ou d'une association habilitée en vue de l'assister au cours de son entretien avec l'OFPRA, compte tenu de l'absence de connexion internet libre en zone d'attente. Toutefois, il ressort de l'avis de l'OFPRA que l'entretien du 17 septembre 2024 s'est déroulé en présence de son conseil. En outre, le procès-verbal de notification des droits et obligations du demandeur d'asile qui lui a été notifié le 14 septembre 2024 avant cet entretien mentionnait qu'il pouvait être assisté par un avocat ou un représentant d'une association agréée. Ce moyen doit être écarté.
9. En cinquième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 531-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les modalités d'organisation de l'entretien sont définies par le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. / Les modalités de transcription de l'entretien personnel, les cas dans lesquels il fait l'objet d'un enregistrement sonore ou est suivi d'un recueil de commentaires, ainsi que les conditions dans lesquelles il peut se dérouler par un moyen de communication audiovisuelle pour des raisons tenant à l'éloignement géographique ou à la situation particulière du demandeur ou dans les cas prévus aux 1° et 2° de l'article L. 531-32 sont fixés par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes des dispositions de l'article R. 531-16 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut décider de procéder à l'entretien personnel en ayant recours à un moyen de communication audiovisuelle dans les cas suivants : () 2° Lorsqu'il est retenu dans un lieu privatif de liberté ; ()Les modalités techniques garantissant la confidentialité de la transmission et l'exactitude de la transcription des propos tenus au cours de l'entretien sont définies par décision du directeur général de l'office. / Sauf s'il s'agit d'un local de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, le local destiné à recevoir les demandeurs d'asile entendus par un moyen de communication audiovisuelle doit avoir été préalablement agréé par le directeur général de l'office. Cet agrément peut être retiré si les modalités énoncées au septième alinéa ne sont plus remplies. / L'officier de protection chargé de la conduite de l'entretien a la maîtrise des opérations. Il lui appartient de veiller au respect des droits de la personne. Il doit à tout instant pouvoir s'assurer du respect des bonnes conditions d'audition et de visionnage. Il peut mettre fin à l'entretien si ces conditions ne sont pas réunies ou si les circonstances de l'espèce l'exigent. Dans ce cas, l'entretien a lieu en présence de l'intéressé. / L'intéressé entendu par un moyen de communication audiovisuelle doit, si besoin avec l'aide d'un interprète, être informé par l'office avant le commencement de l'entretien du déroulement des opérations, notamment des modalités permettant d'assurer le respect des règles de confidentialité ". Enfin, aux termes de l'article premier de la décision du 19 août 2024 du directeur général de l'OFII : " Sont agréés pour recevoir des demandeurs d'asile () entendus dans le cadre d'un entretien personnel mené par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par un moyen de communication audiovisuelle les locaux équipés à cet effet situés dans : : () - la zone d'attente de l'aéroport de Nantes-Atlantique ".
10. Il résulte des dispositions précitées que l'entretien avec l'OFPRA a eu lieu dans les locaux prévus à cet effet et agréés de la zone d'attente de l'aéroport de Nantes Atlantique. En outre, la circonstance que l'entretien ait été réalisé par un canal vidéo et audio distinct est sans incidence sur la qualification de visioconférence au sens des textes précités. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 531-21 et R. 531-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
11. En sixième lieu, si le requérant soutient avoir fait l'objet d'un entretien par téléphone, il ressort des pièces du dossier comme évoqué au point 10 que l'entretien s'est déroulé en visio-conférence, le téléphone n'ayant été utilisé que pour améliorer la qualité de la bande sonore. En tout état de cause, le requérant ne fait état d'aucun grief particulier lié au dédoublement de l'image et de la bande son. Par suite le moyen tiré de l'illégalité du recours au téléphone lors de l'entretien avec l'OFPRA doit être écarté comme manquant en fait.
12. En septième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 351-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande à entrer en France au titre de l'asile peut être placé en zone d'attente selon les modalités prévues au titre IV à l'exception de l'article L.341-1, le temps strictement nécessaire pour vérifier : / () 3° () si sa demande n'est pas manifestement infondée ". Aux termes des dispositions de l'article R. 351-3 du même code : " Sauf dans le cas où l'examen de la demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat, l'étranger est entendu par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides selon les modalités prévues par les articles R. 531-11 à R. 531-16 ". Enfin, aux termes des dispositions de l'article R. 351-4 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides transmet l'avis mentionné à l'article R. 351-3 au ministre chargé de l'immigration dans le délai de deux jours ouvrés à compter de la demande à bénéficier de l'asile consignée par procès-verbal ".
13. Le droit constitutionnel d'asile, qui a le caractère d'une liberté fondamentale, a pour corollaire le droit de solliciter le statut de réfugié. Il implique que l'étranger qui sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié soit, en principe, autorisé à demeurer sur le territoire jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande. En application des dispositions susmentionnées, c'est seulement dans le cas où sa demande d'asile est manifestement infondée que le ministre peut, après consultation de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, lui refuser l'accès au territoire. La demande peut être regardée comme telle lorsque les déclarations de l'étranger et les documents qu'il produit à leur appui, du fait notamment de leur caractère incohérent, inconsistant ou trop général, sont manifestement dépourvus de crédibilité et font apparaître comme manifestement dénuées de fondement les menaces de persécutions alléguées au titre de la convention de Genève.
14. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des déclarations du requérant telles qu'elles ont été consignées dans le compte-rendu d'entretien avec le représentant de l'office français de protection des réfugiés et apatrides, qu'il fait valoir qu'il a fui son pays car il craignait pour sa vie du fait de sa relation avec un militaire qui durant deux semaines a dormi avec lui et lui donnait de l'argent et des cadeaux. Ce militaire aurait pour habitude de commettre des braquages et aurait un soir braqué un policier. Il a alors conseillé au requérant de partir car il risquait d'être identifié et recherché par la police. Toutefois, les déclarations du requérant présentent des éléments peu crédibles et peu personnalisés et circonstanciés, en particulier sur les conditions et la nature de sa relation avec le militaire précité. Par ailleurs, il est évasif sur le braquage commis par le militaire, l'identité de ce dernier et les risques qu'il encourait personnellement, et en se bornant à citer les dispositions du code pénal guinéen relatif à la complicité d'un crime ou délit ne justifie d'aucune menace ou persécution avérée. Enfin, si le requérant évoque en fin d'entretien un conflit avec plusieurs membres d'une équipe adverse, lors d'un match de football qu'il arbitrait, il reconnait que ces faits qui datent de 2021 sont anciens et sans lien avec son départ de Guinée. Dans ces conditions, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation de la situation personnelle du requérant au regard notamment de sa vulnérabilité, et sans méconnaître l'article 33 de la convention de Genève, qui contient le principe de non refoulement, et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, considérer que la demande de l'intéressé d'entrer sur le territoire français était manifestement infondée. Il s'ensuit également que le ministre de l'intérieur et des outre-mer a fait une exacte application des dispositions de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant à M. C l'entrée en France au titre de l'asile.
15. En huitième et dernier lieu, la décision du ministre de l'intérieur et des outre-mer n'ayant pas pour effet de renvoyer le requérant vers la Grèce, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au regard des défaillances de la Grèce dans la prise en charge des demandeurs d'asile doit être écarté comme inopérant.
En ce qui concerne l'arrêté du préfet de la Loire-Atlantique du 19 septembre 2024 portant remise aux autorités grecques
16. En premier lieu, par un arrêté du 4 septembre 2024, régulièrement publié au recueil n°140 des actes administratifs de la préfecture, le 10 septembre 2024, le préfet de la Loire-Atlantique a donné délégation à Mme A, adjointe à la directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de Loire-Atlantique, et signataire de l'arrêté en litige, pour signer, les décisions relatives à l'éloignement en cas d'absence ou d'empêchement de la directrice des migrations et de l'intégration. Il n'est ni établi ni même soutenu que la directrice des migrations et de l'intégration n'aurait pas été absente ou empêchée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté doit être écarté.
17. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () l'étranger peut être remis () aux autorités compétentes d'un autre Etat, (). / L'étranger est informé de cette remise par décision écrite et motivée prise par une autorité administrative définie par décret en Conseil d'Etat. Il est mis en mesure de présenter ses observations et d'avertir ou de faire avertir son consulta, un conseil ou toute personne de son choix".
18. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué qu'il mentionne les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application, la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention de Schengen ainsi que l'accord de réadmission entre le gouvernement de la république française et le gouvernement de la république hellénique du 15 décembre 1999. Il vise la demande de réadmission formulée auprès des autorités grecques du 18 septembre 2024 ainsi que la lettre notifiée le même jour au requérant sollicitant ses observations. Il rappelle en outre, que le requérant est arrivé en France muni d'une fausse carte d'identité belge et a été placé en zone d'attente. Il précise que sa demande d'entrée en France au titre de l'asile a été rejetée le 17 septembre 2024 et que célibataire et sans enfants, il n'a aucune attache en France à l'exception d'un cousin habitant à Toulouse. Enfin, il est précisé que s'il ne souhaite pas retourner en Grèce, il n'établit pas toutefois être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, l'arrêté qui n'avait pas à évoquer tous les éléments relatifs à la situation du requérant est suffisamment motivé en droit et en fait.
19. En troisième lieu, les conditions de notification d'une décision administrative étant sans incidence sur sa légalité, le moyen tiré de la circonstance que l'arrêté a été notifié au requérant alors qu'il était placé en zone d'attente ne peut qu'être écarté comme inopérant.
20. En quatrième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation au refus d'entrée à la frontière prévu à l'article L. 332-1, à la décision portant obligation de quitter le territoire français prévue à l'article L. 611-1 et à la mise en œuvre des décisions prises par un autre État prévue à l'article L. 615-1, l'étranger peut être remis, en application des conventions internationales ou du droit de l'Union européenne, aux autorités compétentes d'un autre État, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas prévus aux articles L. 621-2 à L. 621-7. / L'étranger est informé de cette remise par décision écrite et motivée prise par une autorité administrative définie par décret en Conseil d'État. Il est mis en mesure de présenter des observations et d'avertir ou de faire avertir son consulat, un conseil ou toute personne de son choix ". Aux termes des dispositions de l'article L. 621-2 du même code : " Peut faire l'objet d'une décision de remise aux autorités compétentes d'un Etat membre de l'Union européenne, de la République d'Islande, de la Principauté du Liechtenstein, du Royaume de Norvège ou de la Confédération suisse l'étranger qui, admis à entrer ou à séjourner sur le territoire de cet Etat, a pénétré ou séjourné en France sans se conformer aux dispositions des articles L. 311-1, L. 311-2 et L. 411-1, en application des dispositions des conventions internationales conclues à cet effet avec cet État, en vigueur au 13 janvier 2009 ". Aux termes des dispositions de l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la république hellénique relatif à la réadmission des personnes en situation irrégulière su 15 décembre 1999 : " Chaque Partie contractante réadmet sur son territoire, à la demande de l'autre Partie contractante et sans formalité, le ressortissant d'un Etat tiers qui ne remplit pas ou ne remplit plus les conditions d'entrée et de séjour applicables sur le territoire de la Partie contractante requérante pour autant qu'il est établi que ce ressortissant est entré sur le territoire de cette Partie après avoir séjourné ou transité par le territoire de la Partie contractante requise au cours des dix-huit derniers mois ".
21. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le requérant est arrivé en Grèce muni d'un passeport guinéen à son nom et valable jusqu'au 10 mai 2024 et s'est rendu en France muni d'une carte d'identité belge le 14 septembre 2024, contrevenant ainsi aux règles d'entrée sur le territoire français. Il résulte des dispositions précitées qu'en prononçant sa remise aux autorités grecques le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas commis d'erreur de droit.
22. Aux termes des stipulations de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi () ". Aux termes des stipulations de l'article 3 du même texte : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".
23. En l'espèce, le requérant n'établit pas, par la production d'articles généraux relatifs à la situation des demandeurs d'asile en Grèce, la réalité des risques de traitements inhumains et dégradants auxquels il serait personnellement exposé en cas de remise aux autorités grecques. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
24. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et liberté d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
25. Si le requérant célibataire et sans enfant, se prévaut de la présence en France de son cousin, de nationalité française et résidant à Toulouse qui atteste vouloir l'héberger, il n'apporte aucun élément quant à l'intensité des liens qu'il entretiendrait avec lui, alors qu'il a vécu jusqu'à l'âge de 32 ans en Guinée où il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales, où réside notamment sa mère. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire, le préfet de de la Loire-Atlantique aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen doit être écarté.
26. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions de M. C tendant à l'annulation de la décision du ministre de l'intérieur et des outre-mer du 17 septembre 2024, lui refusant l'admission sur le territoire au titre de l'asile et de l'arrêté du préfet de la Loire-Atlantique du 19 septembre 2024 portant remise aux autorités grecques doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et de celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E C, au ministre de l'intérieur, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Guérin.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.
La magistrate désignée,
S. MOUNICLa greffière,
A. DIALLO
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Nos2414431,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026