vendredi 18 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2414771 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SELARL CORNET VINCENT SEGUREL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 septembre et 11 octobre 2024, la société Concept Métallerie, représentée par Me Oillic, demande au juge des référés dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision de l'Office public de l'habitat de Saint-Nazaire SILENE, en date du 9 septembre 2024, portant résiliation du marché dont elle est titulaire (lot n° 6 métallerie) et de faire droit à sa demande de reprise provisoire des relations contractuelles ;
2°) de mettre à la charge de la SILENE la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient dans le dernier état de ses écritures que :
- la condition d'urgence est satisfaite : de création récente, elle a fait l'objet d'un jugement d'ouverture de redressement judiciaire le 19 avril 2023 et d'un jugement arrêtant un plan de redressement d'une durée de dix ans le 17 avril 2024. Sa situation est particulièrement critique. Le montant du marché, après la signature de l'avenant n°1, est de 245 213,16 euros TTC. A ce jour, elle n'a encaissé que 134 776,07 euros TTC soit 54,96 % du montant total du marché. La part du marché résilié s'élève ainsi à 110 437,53 euros TTC, soit 45,03 % du montant du marché. Ne disposant d'aucune ligne de crédit auprès d'un banquier, et faisant l'objet d'un plan de redressement, il est certain qu'aucun fournisseur ne lui accordera de délai de paiement. Alors que les garde-corps ont été réalisés, la résiliation du marché, de surcroit à ses frais et risques, est susceptible de porter une atteinte grave et immédiate, non seulement à sa situation, mais aussi à celle de ses salariés qui risquent d'être licenciés en cas de non-exécution du plan de redressement et donc de liquidation judiciaire, mais encore aux créanciers. La décision de SILENE est manifestement disproportionnée.
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
* la compétence de son signataire n'est pas démontrée ; la signataire de la prétendue mise en demeure du 4 juillet 2024 et de la lettre de résiliation du 9 septembre 2024, ne justifie d'aucune
habilitation pour prendre ces décisions ;
* elle est insuffisamment motivée : en l'absence d'exposé de l'existence d'obligations qui lui seraient opposables, à de prétendus manquements précis et circonstanciés à ces obligations, ainsi que des articles applicables du CCAG de référence, la prétendue lettre de mise en demeure du 4 juillet 2024 et la lettre de résiliation du 9 septembre 2024 sont irrégulières ;
* elle est entachée de vices de procédures : le délai de mise en demeure de cinq jours imparti par SILENE était insuffisant. L'alinéa 2 de l'article 48.1 impose un délai de quinze jours. Par ailleurs, la prétendue lettre de mise en demeure ne l'invitait pas à présenter ses observations comme le stipule l'alinéa 2 de l'article 46.3.2 du CCAG-travaux ; la lettre du 7 février 2024 est un compte-rendu de réunion, non une lettre de mise en demeure ;
* la mise en demeure du 4 juillet 2024 ne visait que la pose des garde-corps, mains-courantes et clôture. Par conséquent, les non-conformités et dégradations prétendument constatées le 10 juillet 2024 ne peuvent fonder la résiliation du marché, outre qu'aucune disposition du CCAG-travaux de référence ne prévoit ces motifs de résiliation. Par ailleurs, dans les échanges qui ont suivi la lettre de SILENE du 4 juillet 2024, elle a expliqué l'origine du retard, en l'occurrence l'absence de notification par SILENE de l'avenant n°1 au marché public, seul de nature à fonder les nouvelles obligations contractuelles, qui ne lui a été notifié que le 31 juillet 2024. Le retard opposé par SILENE est totalement imputable à ce dernier ; une résiliation aux frais et risques ne peut être prononcée que dans les conditions posées par les articles 46.3 c), 48.1 et 48.2 du CCAG-travaux, qui ne sont pas réunies en l'espèce ; cette résiliation est en outre déraisonnable du point de vue de l'intérêt général ;
* l'origine du différend est vraisemblablement relationnelle, l'exécution du marché étant devenue difficile avec le changement d'interlocuteur de la maîtrise d'œuvre. Elle vient ainsi de procéder à la réception d'un autre ouvrage pour SILENE, pour lequel intervenait un autre maître d'œuvre.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 octobre 2024, l'Office public de l'habitat de Saint-Nazaire SILENE, représenté par Me Amon, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société requérante la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie : la société requérante ne démontre pas l'importance de la part du marché résilié par rapport à son chiffre d'affaires global. Il importe d'ailleurs de relever que la société s'appuie sur des montants TTC et non HT. La survie de l'entreprise a été organisée via le jugement arrêtant le plan de redressement, lequel est prévu sur une durée de 10 ans, et cela, avec l'accord de l'ensemble des créanciers. La perte d'un chiffre d'affaires de 90.000 € HT environ n'est nullement de nature à remettre en cause ce plan. La seule circonstance que le montant non perçu aurait permis de payer une partie des dettes ne saurait suffire à caractériser, comme le demande la requérante, la situation d'urgence, sauf à ce que cette condition soit systématiquement retenue ou présumée dès lors qu'une entreprise est placée en redressement, ce qui n'est évidemment pas le sens de la jurisprudence. Enfin, la société ne précise nullement le montant de la créance que son bailleur, à savoir la SCI de l'OCEAN, détiendrait.
- aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
* s'agissant des moyens de légalité externe, la méconnaissance du formalisme attaché à une décision de résiliation, fondée dans son principe, ne remet pas en cause le bien-fondé de la résiliation. Ainsi, même à les supposer fondés, les moyens de légalité externe soulevés par la société requérante ne sauraient justifier que soit ordonnée, tant au fond que dans le cadre d'une procédure de référé suspension, la reprise des relations contractuelles ;
* sur le bien-fondé de la décision de résiliation : la décision de résiliation du marché n'est affectée d'aucun vice d'une particulière gravité et apparait pleinement fondée eu égard aux nombreuses fautes commises par la société. Le lien de confiance avec la société lors de la conclusion du marché n'a fait que s'effriter tout au long de l'exécution du chantier, pour finalement rompre définitivement.
Vu :
- les pièces du dossier ;
- la requête en annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bouchardon, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 octobre 2024 à 09h30 :
- le rapport de M. Bouchardon, juge des référés,
- les observations de Me Oillic, avocat de la société Concept Métallerie, en présence de son dirigeant, qui introduit ses observations en faisant valoir que cette affaire mériterait de se conclure par une médiation, à laquelle la requérante est favorable. Il insiste sur l'irrégularité de la mise en demeure et souligne que la situation actuelle est celle constatée par le procès-verbal de constat du commissaire de justice du 19 septembre 2024. Le constat effectué le 10 juillet 2024 n'est plus d'actualité car, dans cet intervalle, elle a achevé l'exécution des travaux que SILENE a refusé de voir constater le 29 juillet 2024. Des non-conformités, restant d'ailleurs à démontrer, ne sauraient justifier la résiliation du marché au regard de l'article 46.3 du cahier des clauses administratives générales et techniques (CCAG) " travaux ". Il fait en outre valoir que cette résiliation est déraisonnable du point de vue de l'intérêt général. La SILENE va devoir financer l'achèvement de travaux alors que les ouvrages sont réalisés et qu'il ne reste plus qu'à les poser, sans pouvoir lui en imputer la charge au vu du risque de mise en liquidation judiciaire. Pour l'Etat, les créances fiscale et sociale seront définitivement perdues et il devra assumer le coût des allocations de retour à l'emploi des salariés licenciés ;
- les observations de Me Amon, conseil de l'Office public de l'habitat de Saint-Nazaire SILENE, qui pointe les nombreuses défaillances à l'actif de la société requérante depuis 2022. Il s'oppose par ailleurs en l'état à la demande tendant à ce qu'une médiation soit mise en place, au regard de la rupture du lien de confiance entre les protagonistes.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. La société Concept Métallerie demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision de l'Office public de l'habitat de Saint-Nazaire SILENE, en date du 9 septembre 2024, portant résiliation du marché dont elle est titulaire, et de faire droit à sa demande de reprise provisoire des relations contractuelles.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
3. Le juge du contrat, saisi par une partie d'un litige relatif à une mesure d'exécution d'un contrat, peut seulement, en principe, rechercher si cette mesure est intervenue dans des conditions de nature à ouvrir droit à indemnité. Toutefois, une partie à un contrat administratif peut, eu égard à la portée d'une telle mesure d'exécution, former devant le juge du contrat un recours de plein contentieux contestant la validité de la résiliation de ce contrat et tendant à la reprise des relations contractuelles. De telles conclusions peuvent être assorties d'une demande tendant, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, à la suspension de l'exécution de la résiliation, afin que les relations contractuelles soient provisoirement reprises.
4. Indépendamment de la condition d'urgence, il incombe au juge des référés, pour déterminer si un moyen est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux sur la validité de la mesure de résiliation litigieuse, d'apprécier si, en l'état de l'instruction, les vices invoqués paraissent d'une gravité suffisante pour conduire à la reprise à titre provisoire des relations contractuelles et non à la seule indemnisation du préjudice résultant, pour le requérant, de la résiliation. Par ailleurs, pour déterminer s'il y a lieu de faire droit à la demande de reprise à titre provisoire des relations contractuelles, il incombe au juge d'apprécier, eu égard à la gravité des vices constatés et, le cas échéant, à celle des manquements du requérant à ses obligations contractuelles, ainsi qu'aux motifs de la résiliation, si une telle reprise n'est pas de nature à porter une atteinte excessive à l'intérêt général.
5. En l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués par la société Concept Métallerie n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la validité de la décision de résiliation contractuelle en litige.
6. Il en résulte que les conclusions aux fins de suspension présentées par la requérante doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées aux fins de reprise des relations contractuelles, sans qu'il soit besoin d'examiner si la condition tenant à l'urgence est remplie.
Sur les frais d'instance :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Office public de l'habitat de Saint-Nazaire SILENE, qui n'est pas dans la présente instance partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais non compris dans les dépens exposés par la société requérante. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Concept Métallerie la somme de 3 000 euros à verser à l'Office public de l'habitat de Saint-Nazaire SILENE au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la société Concept Métallerie est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par l'Office public de l'habitat de Saint-Nazaire SILENE au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Concept Métallerie et à l'Office public de l'habitat de Saint-Nazaire SILENE.
Fait à Nantes, le 18 octobre 2024.
Le juge des référés,
L. BOUCHARDON
La greffière,
M-C. MINARDLa République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026