mercredi 16 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2414784 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | POLLONO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 septembre 2024, Mme H F G épouse C, agissant en son nom propre et en qualité de représentante légale de son fils allégué, le jeune B E D, représentée par Me Pollono, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision par laquelle la commission des recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours qu'elle a formé contre la décision de l'autorité consulaire française à Yaoundé (Cameroun) du 6 juin 2024 refusant de délivrer à son fils B E D un visa d'entrée en France et de long séjour, en qualité de visiteur ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder à un nouvel examen de la demande de visa de long séjour du jeune B E D, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que Mme C ayant rejoint son conjoint de nationalité française sur le territoire national à la suite de la délivrance le 24 juin 2024 de son visa de long séjour en qualité de conjoint de ressortissant français, ils sont, depuis, séparés, sans pouvoir mener une vie familiale normale, que le jeune B, qui a été confié au frère de la requérante aujourd'hui décédé, est désormais confié à sa nounou installée au domicile familial qu'elle quittera à la fin du mois d'octobre et Mme C ne peut confier son fils à aucun membre de sa famille l'obligeant à retourner au Cameroun ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
* la décision consulaire, et, partant, la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ne lui permettant pas de savoir les raisons pour lesquelles les informations communiquées seraient incomplètes ou non fiables ;
* la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'elle justifie de ses ressources et de celles de son mari et des conditions d'hébergement ainsi que d'une assurance ;
* les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ont été méconnues.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 octobre 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que la situation d'isolement ou de vulnérabilité dans laquelle se trouverait la jeune B E au Cameroun n'est pas établie puisque trois de ses tantes y vivent et qu'une nourrisse est présente ; la requérante a la possibilité de lui rendre visite sous couvert de visas de court séjour ;
- aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée : une levée d'acte a été faite par l'autorité consulaire auprès du centre d'état civil de Yaoundé 5 duquel il ressort que l'acte de naissance produit référencé 2015/CE 7601/N/2526 correspond à une tierce personne, l'enfant Eruvin Mael Djou né le 23 avril 2015.
Par un mémoire en réplique, enregistré le 10 octobre 2024, Mme H F G épouse C, représentée par Me Pollono, demande au juge des référés, en complément de ses premières écritures que les propos infamants soient supprimés.
Elle fait valoir que :
- Sur l'urgence : Les propos sur les attestations qualifiées de complaisance par le ministre en défense devront être retirées ;
- Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée : le centre d'état civil concerné a reconnu que l'acte était bien authentique mais qu'il ne figurait pas dans la souche. Après de nouvelles recherches, il a été retrouvé, il est d'ailleurs produit une attestation d'existence de souche, la requérante ayant par ailleurs saisi le tribunal compétent aux fins de reconstitution de l'acte le 7 octobre 2024. L'existence de doubles registres d'état civil est courante au Cameroun et reconnu par la jurisprudence.
Vu :
- la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 19 septembre 2024 sous le numéro 2414374 par laquelle Mme C demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Rosier, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 10 octobre 2024 à 9 heures 30 :
- le rapport de M. Rosier, juge des référés,
- les observations de Me Pollono, représentant Mme C, en sa présence ;
- et les observations du représentant du ministre de l'intérieur.
La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.
Une note en délibéré présentée par le ministre de l'intérieur a été enregistrée le 10 octobre 2024 à 14 heures 17 et non communiquée.
Considérant ce qui suit :
1. Mme F G épouse C, ressortissante camerounaise née le 26 août 1980, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision implicite née le 21 août 2024, par laquelle la commission des recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours qu'elle a formé contre la décision de l'autorité consulaire française à Yaoundé (Cameroun) du 6 juin 2024 refusant de délivrer à son fils allégué B E D un visa d'entrée en France et de long séjour, en qualité de visiteur.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne la condition d'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le demandeur, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence s'apprécie objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce.
4. Il résulte de l'instruction que le jeune B E D, né le 13 mai 2015, vit au Cameroun, séparé de sa mère avec laquelle il a toujours vécu puisque celle-ci a obtenu le visa conjoint de français demandé le 24 juin 2024 et est entrée en France le 23 août 2024. Par ailleurs, son fils va se retrouver bientôt isolé puisque son oncle, chez qui il vivait, est décédé le 11 septembre dernier, et que la nourrisse qui s'occupe de lui va très bientôt partir du logement qu'elle occupe avec lui. Par ailleurs, la requérante, bien qu'elle ait de la famille au Cameroun, ne s'entend pas avec le reste de sa fratrie et n'a donc personne à qui confier son fils en attendant de pouvoir remplir les conditions pour l'obtention d'un visa au titre du regroupement familial. Eu égard à ces circonstances, et au jeune âge de l'enfant B E D dont la requérante détient la garde exclusive, la décision contestée doit être regardée comme portant atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à leur situation. Par suite, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :
5. Pour justifier de l'identité et du lien de filiation du jeune B E D, Mme C a versé aux débats une copie d'acte de naissance référencé 2015/CE 7601/N/2526 , une attestation d'existence de souche du maire responsable du service d'état civil de la communauté d'arrondissement de Yaoundé 5 et, à l'audience, une courte vidéo du registre supportant l'acte de naissance, en faisant valoir, sans être utilement contestée par le ministre, qui a par ailleurs déjà délivré un visa à l'enfant pour assister au mariage de sa mère, que le centre d'état civil comporte deux registres de naissances pour l'année 2015 et que chacun des registres peut comporter des actes portant le même numéro d'enregistrement. De plus, Mme C a également produit la grosse du jugement du 25 février 2021 du tribunal de premier degré de Yaoundé lui confiant la garde de l'enfant et la grosse du jugement du 25 janvier 2024 du même tribunal lui confiant l'autorité parentale ainsi que le jugement de rectification d'erreur matérielle du 4 juillet 2024. L'authenticité de ces jugements n'est pas contestée.
6. Les moyens invoqués par Mme C à l'appui de sa demande de suspension et tirés de ce que la décision contestée, fondée sur le caractère incomplet et non fiable des informations communiquées pour justifier l'objet et les conditions du séjour envisagé, est entachée d'une erreur de fait et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, sont, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux sur sa légalité.
7. Par ailleurs, si le ministre de l'intérieur fait valoir en défense que la décision contestée est fondée sur l'absence d'établissement de l'identité et du lien de filiation de l'enfant avec la requérante au regard du caractère frauduleux de l'acte de naissance produit dès lors que, suite à une levée d'acte faite le 26 mars 2024 par l'autorité consulaire auprès du centre d'état civil de Yaoundé 5, ce dernier a indiqué, le 24 avril 2024, que l'acte de naissance produit référencé 2015/CE 7601/N/2526 correspond à une tierce personne, l'enfant Eruvin Mael Djou, né le 23 avril 2015, ce nouveau motif, eu égard aux éléments rappelés au point 5 et à la circonstance que l'autorité consulaire était déjà informée du résultat de la levée d'acte au moment de prendre sa décision de refus de visa, n'apparaît, toutefois, pas, en l'état de l'instruction, susceptible de fonder légalement la décision contestée. Par suite, il n'y a pas lieu de procéder à la substitution de motif implicitement demandée en défense.
8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision implicite née le 21 août 2024, par laquelle la commission des recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours qu'elle a formé contre la décision de l'autorité consulaire française à Yaoundé (Cameroun) du 6 juin 2024 refusant de délivrer au jeune B E D un visa d'entrée en France et de long séjour, en qualité de visiteur.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
9. Au regard de ses motifs, l'exécution de la présente ordonnance implique nécessairement, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder au réexamen de la demande de visa du jeune B E D. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au ministre de procéder à ce réexamen dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sans qu'il soit besoin de l'assortir de l'astreinte sollicitée.
Sur les frais liés au litige :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, une somme de 800 euros au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision née le 21 août 2024 par laquelle la commission des recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours formé contre la décision de l'autorité consulaire française à Yaoundé (Cameroun) du 6 juin 2024 refusant de délivrer au jeune B E D un visa d'entrée en France et de long séjour en qualité de visiteur est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de procéder au réexamen de la demande de visa de long séjour du jeune B E D, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : L'Etat versera à Mme C la somme de 800 euros (huit cents euros) au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme H F G épouse C et au ministre de l'intérieur.
Fait à Nantes, le 16 octobre 2024.
Le juge des référés,
P. ROSIER
La greffière,
M. ALa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
1
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026