mercredi 16 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2414829 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | BOUILLET |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée le 25 septembre 2024 sous le numéro 2414829, Mme D B épouse C, agissant en son nom et en celui de l'enfant H A E, née le 2 août 2012, représentée par Me Bouillet, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision, née le 3 août 2024, par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la décision du 6 mai 2024 par laquelle l'autorité consulaire française à Ankara (Turquie) a refusé de délivrer à l'enfant H A E un visa de long séjour en qualité de visiteur ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder à un nouvel examen de la demande, dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que la décision attaquée a pour effet de séparer l'enfant de sa mère et de son beau-père ; elle est contrainte de multiplier les allers-retours en Turquie pour voir sa fille et se retrouve séparée de son mari lors de ces voyages ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
* elle est entachée d'un défaut de motivation ; elle n'a obtenu aucune réponse à sa demande de communication des motifs ;
* elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : il n'est pas possible d'opposer à l'enfant les conditions de cet article tendant à la preuve d'une assurance propre et de ressources propres ; seule s'impose à elle l'obligation de scolarisation issue de l'article L. 131-1 du code de l'éducation, qui ne peut être mise en œuvre tant qu'elle n'est pas sur le territoire français ;
* elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'elle porte une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale : la famille est contrainte à la séparation ; elle s'est remariée avec M. C, qui subvient aux besoins de la famille par des virements réguliers ; le père biologique de l'enfant n'a sur l'enfant qu'un droit de visite et d'hébergement depuis le jugement de divorce ;
* elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, dès lors qu'il est dans l'intérêt supérieur de l'enfant de rejoindre sa mère, seule titulaire de l'autorité parentale sur elle, et son beau-père qui contribue à son entretien et à son éducation ;
* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que les informations qu'elle a fournies sur sa situation sont complètes et fiables et que la décision contestée emporte des conséquences disproportionnées.
II. Par une requête enregistrée le 25 septembre 2024 sous le numéro 2414830, Mme D B épouse C, agissant en son nom et en celui de l'enfant F E, née le 21 juillet 2013, représentée par Me Bouillet, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision née le 3 août 2024 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la décision du 6 mai 2024 par laquelle l'autorité consulaire française à Ankara a refusé de délivrer à l'enfant F E un visa de long séjour en qualité de visiteur ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder à un nouvel examen de la demande, dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir les mêmes arguments s'agissant de la condition d'urgence et soutient les mêmes moyens s'agissant du doute sérieux sur la légalité de la décision, que ceux développés sous le numéro précédent.
III. Par une requête enregistrée le 25 septembre 2024 sous le numéro 2414832, Mme D B épouse C, agissant en son nom et en celui de l'enfant G E, né le 29 juin 2018, représentée par Me Bouillet, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision née le 3 août 2024 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la décision du 6 mai 2024 par laquelle l'autorité consulaire française à Ankara a refusé de délivrer à l'enfant G E un visa de long séjour en qualité de visiteur ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder à un nouvel examen de la demande, dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir les mêmes arguments s'agissant de la condition d'urgence et soutient les mêmes moyens s'agissant du doute sérieux sur la légalité de la décision, que ceux développés sous les numéros précédents.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 octobre 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet des requêtes.
Il soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie : la requérante ne justifie d'aucune circonstance susceptible de créer une situation d'urgence ;
- aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées, relevant que l'administration peut faire valoir devant le juge des référés que la décision dont il lui est demandé de suspendre l'exécution est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il soutient que la requérante n'a jamais produit les pièces pour satisfaire aux conditions fixées par le législateur afin que ses enfants se voient délivrer un visa de long séjour en qualité de visiteur. En effet, dans la mesure où la requérante ne réside pas régulièrement en France depuis au moins18 mois, elle ne peut prétendre au regroupement familial. Il lui revient donc de justifier qu'elle dispose des ressources suffisantes pour financer le séjour de ses enfants en France pendant une durée supérieure à trois mois. Par ailleurs, il revient à l'étranger sollicitant la délivrance d'un visa de long séjour en qualité de visiteur de justifier d'une assurance maladie couvrant la période du séjour envisagé en France. En l'espèce, la requérante ne satisfait pas à l'obligation d'assurance médicale et la circonstance que ses enfants puissent se trouver rattachés au régime d'assurance maladie de leur mère et de leur beau-père repose, selon les dispositions de l'article L. 161-15-3 du code de la sécurité sociale, sur le fait que les deux parents soient tous deux assurés d'un régime d'assurance maladie et maternité.
Vu :
- les pièces des dossiers ;
- les requêtes en annulation des décisions attaquées.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bouchardon, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 octobre 2024 à 10 heures :
- le rapport de M. Bouchardon, juge des référés,
- les observations de Me Bouillet, avocat de Mme D B épouse C ;
- et celles du représentant du ministre de l'intérieur.
La clôture de l'instruction a été reportée au 9 octobre 2024 à 10h00.
Des pièces complémentaires, présentées pour la requérante, ont été enregistrées le 8 octobre 2024 à 21h19. Elles ont été communiquées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D B épouse C, ressortissante turque née le 5 mai 1991 a obtenu un visa de long séjour en qualité de conjointe de ressortissant français le 6 mai 2024, valable du 10 mai 2024 au 9 mai 2025. Elle demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution des décisions par lesquelles la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours administratif préalable obligatoire dirigé contre les décisions par lesquelles l'autorité consulaire française à Ankara a refusé de délivrer à ses trois enfants mineurs, H A E née le 2 août 2012, F E, née le 21 juillet 2013, et G E, née le 29 juin 2018, un visa de long séjour en qualité de visiteur, aux motifs que " les informations communiquées pour justifier l'objet et les conditions du séjour envisagé sont incomplètes et/ou fiables ", s'agissant notamment des ressources, et que la preuve d'une " assurance-maladie adéquate et valable " n'a pas été apportée.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2414829, 2414830 et 2414832 présentent à juger des questions semblables se rapportant à des membres d'une même famille, et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu, par suite, de les joindre pour qu'il soit statué par une seule ordonnance.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne la condition d'urgence :
4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
5. Il résulte de l'instruction que les décisions en litige ont pour effet de séparer Mme D B épouse C, mariée en secondes noces avec un ressortissant français et devant justifier d'une vie commune en France dans le cadre de son droit au séjour, de ses trois enfants mineurs âgés de seulement 6, 11 et 12 ans, dont le père biologique, d'ailleurs condamné pour des faits de violences sur celle qui était son épouse, a donné son consentement afin qu'ils se rendent sur le territoire français auprès de leur mère. Dans ces conditions, la situation de Mme D B épouse C, qui est la seule à pourvoir à l'éducation et à l'entretien de ses enfants, doit être regardée comme présentant une situation d'urgence suffisamment caractérisée pour que la condition prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative soit remplie.
En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité des décisions attaquées :
6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, () ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
7. En l'espèce, à supposer que le ministre puisse être regardé comme se fondant sur de nouveaux motifs, aucun n'apparaît, en l'état de l'instruction, de nature à fonder légalement les décisions attaquées. A l'inverse, les moyens invoqués par la requérante à l'appui de sa demande de suspension et tirés de ce que les décisions sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaissent les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, sont, en l'état de l'instruction, au regard des pièces versées à l'instance et du débat à l'audience, de nature à créer un doute sérieux sur leur légalité.
8. Il résulte de tout ce qui précède que, les conditions d'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant réunies, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution des décisions attaquées.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
9. L'exécution de la présente ordonnance implique d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder à un nouvel examen de la demande de visa de H A E, de F E, et de G E, dans un délai d'un mois à compter de sa notification. Il n'y a pas lieu en revanche d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme globale de 800 euros à verser dans les trois affaires à Mme D B épouse C, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution des décisions par lesquelles la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre les décisions consulaires refusant de délivrer aux enfants H A E, F E, et G E un visa de long séjour, est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de procéder à un nouvel examen de la demande de visa de H A E, de F E, et de G E, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : L'État versera à Mme D B épouse C la somme globale de 800 euros (huit cents euros) au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D B épouse C et au ministre de l'intérieur.
Fait à Nantes, le 16 octobre 2024.
Le juge des référés,
L. Bouchardon
La greffière,
G. PeigneLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
2, 2414830 et 241483
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026