vendredi 18 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2415203 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | RENAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er octobre 2024 et des pièces enregistrées les 7 et 14 octobre suivant, M. B A, représenté par Me Renaud, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 17 septembre 2024 du préfet de Maine-et-Loire " portant refus d'enregistrement d'une demande d'asile en procédure normale et poursuite de la procédure Dublin au-delà du délai maximum de 18 mois " ;
2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 100 euros HT au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'elle est présumée dans le cas d'un refus d'enregistrement d'une demande d'asile ; en tout état de cause, il y a urgence dès lors qu'il est privé de ses conditions matérielles d'accueil ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
* il n'est pas établi qu'elle ait été prise par une autorité compétente, dès lors que son auteur n'est pas identifiable ; la seule mention d'initiales ne permet pas d'identifier l'agent et donc de savoir s'il avait compétence pour prendre une telle mesure ;
* elle méconnaît les dispositions de l'article 29.2 du règlement n°604/2013/UE, dès lors qu'un contentieux est pendant sur la décision l'ayant placé en fuite, et qu'en tout état de cause cette décision date de plus de dix-huit mois ;
* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 3 du règlement n°604/2013/UE : à supposer que l'Italie soit considérée comme étant compétente pour statuer sur sa demande d'asile, il ne peut y être transféré, dès lors que ce pays connaît des défaillances importantes relatives à l'instruction des demandes d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 octobre 2024, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
A titre principal, la requête est irrecevable : le courriel du pôle régional Dublin n'est qu'informatif ; il ne constitue pas un refus d'enregistrement de la demande d'asile.
A défaut :
- la condition d'urgence n'est pas remplie : l'intéressé a été enregistré en Italie comme ayant déposé une demande d'asile. Par ailleurs, la décision de l'OFII de suspendre le versement des condition matérielles d'accueil est consécutive à la non-présentation de l'intéressé à l'embarquement le 24 août 2023.
- aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
* les initiales " NB " permettent d'identifier l'auteur du message informatif et d'établir la compétence de ce dernier ;
* le moyen tiré de la violation du règlement n°604/2013 n'est pas fondé ;
* aucune instance européenne n'a " déclaré l'Italie en défaillance systémique ". En outre, le requérant ne peut déclarer qu'il aurait commis une erreur d'appréciation puisqu'il n'a reçu aucune notification d'un arrêté de transfert vers l'Italie. Le fait qu'une requête soit adressée aux autorités italiennes ne signifie nullement que celles-ci vont obligatoirement accepter leur responsabilité dans la reprise en charge de l'intéressé.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 octobre 2024.
Vu :
- les pièces du dossier ;
- la requête en annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le règlement UE n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bouchardon, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 octobre 2024 à 14 heures :
- le rapport de M. Bouchardon, juge des référés,
- les observations de Me Renaud, avocat de M. A, qui complète ses écritures à la barre et conteste la fin de non-recevoir opposée en défense, faisant valoir que le courriel produit constitue bien une décision portant refus d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale, laquelle lui fait grief.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant afghan né le 19 mars 1994, déclare être entré en France le 12 décembre 2022. Il a déposé une demande d'asile le 30 décembre de la même année, laquelle a été enregistrée en procédure dite " Dublin ". Le préfet de Maine-et-Loire a décidé de le remettre aux autorités espagnoles par un arrêté du 23 janvier 2023. Ayant été convoqué pour un " routing " fixé au 24 août 2023, M. A ne s'est pas présenté à l'aéroport et a été déclaré " en fuite ". Par la présente requête, il demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet de Maine-et-Loire a refusé d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Si le préfet en défense fait valoir que le courriel du pôle régional Dublin du 17 septembre 2024, produit à l'instance, doit être considéré comme une simple information, insusceptible de faire grief à M. A, ce courrier, en relevant que " les empreintes [de ce dernier] ont bien été relevées en Italie sur une borne européenne Eurodac ", en tire la conséquence selon laquelle " la procédure Dublin a donc été mise en œuvre () et va suivre son cours ". Il suit de là qu'il doit être regardé comme faisant grief au requérant. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".
En ce qui concerne la condition d'urgence :
4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
5. Le refus d'enregistrer une demande d'asile, qui fait obstacle à l'examen de cette dernière et prive donc l'étranger du droit d'être autorisé à demeurer sur le territoire jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande, porte par lui-même une atteinte suffisamment grave et immédiate à la situation du demandeur pour que la condition d'urgence soit, sauf circonstances particulières, satisfaite. En outre, M. A soutient sans être contesté que, du fait du refus d'enregistrement de sa demande d'asile, il s'est vu notifier, par l'office français de l'immigration et de l'intégration, une cessation des conditions matérielles d'accueil. Ainsi, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :
6. Alors qu'il résulte de l'instruction que le courriel portant décision de refus d'enregistrer la demande d'asile de M. A en procédure normale comprend les seules initiales " NB (adjoint à la cheffe du pôle) ", sans précision des nom et prénom de son auteur, en méconnaissance des dispositions de l'alinéa 1 de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration aux termes duquel " Toute décision prise par une administration comporte () la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de [son auteur] ", le moyen tiré de ce qu'il n'est pas établi que l'auteur de la décision attaquée était compétent pour prendre une telle mesure est, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de celle-ci.
7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision du
17 septembre 2024 en litige.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
8. L'exécution de la présente ordonnance implique nécessairement, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de procéder au réexamen de la demande de M. A, dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
9. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Renaud d'une somme de 800 euros.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision du préfet de Maine-et-Loire du 17 septembre 2024 est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Maine-et-Loire de procéder au réexamen de la demande de M. A, dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : Le préfet de Maine-et-Loire versera à Me Renaud, avocat de M. A, la somme de 800 euros (huit cents euros) au titre des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, au ministre de l'intérieur et à Me Renaud.
Copie en sera adressée au préfet de Maine-et-Loire.
Fait à Nantes, le 18 octobre 2024.
Le juge des référés,
L. BOUCHARDON
La greffière,
M-C. MINARDLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026