mercredi 23 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2415216 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | - Etrangers - 15 jours |
| Avocat requérant | WOZNIAK |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée le 1er octobre 2024 sous le n° 2415216, Mme F B, représentée par Me Wozniak, avocate, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 septembre 2024 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a décidé son transfert aux autorités polonaises responsables de sa demande d'asile ;
2°) d'annuler la décision d'exécution d'office de son transfert vers la Pologne ;
3°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de transmettre sa demande d'asile à l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) ;
4°) à défaut d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, sur le fondement de l'article
L. 911-2 du code de justice administrative, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour, injonction assortie d'une astreinte fixée à 150 euros par jour de retard, en application de l'article L. 911-3 du code de justice administrative ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative récupérable conformément aux dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'arrêté est entaché d'illégalité dès lors que sa notification est irrégulière en l'absence d'identification de la personne notifiant l'acte ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il n'est pas établi qu'elle ait reçu les informations prévues à l'article 4 du règlement du Parlement européen et du Conseil n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- il méconnaît l'article 5 du même règlement car il n'est pas établi que l'entretien ait été mené dans une langue qu'il comprend ;
- le préfet a commis une erreur de droit en fondant sa décision sur des dispositions abrogées du règlement CE n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur de droit, le préfet n'ayant pas fait usage de la clause discrétionnaire prévue par l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, en méconnaissance de l'article 53-1 de la Constitution du 4 octobre 1958 ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'état de santé de son conjoint et sur l'intérêt supérieur de son enfant et les efforts d'intégration de la famille ;
- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 octobre 2024, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme B n'est fondé.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du
2 octobre 2024.
II. Par une requête enregistrée le 1er octobre 2024 sous le n° 2415217, M. C D, représenté par Me Wozniak, avocate, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 septembre 2024 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a décidé son transfert aux autorités polonaises responsables de sa demande d'asile ;
2°) d'annuler la décision d'exécution d'office de son transfert vers la Pologne ;
3°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de transmettre sa demande d'asile à l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) ;
4°) à défaut d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, sur le fondement de l'article
L. 911-2 du code de justice administrative, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour, injonction assortie d'une astreinte fixée à 150 euros par jour de retard, en application de l'article L. 911-3 du code de justice administrative ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative récupérable conformément aux dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté est entaché d'illégalité dès lors que sa notification est irrégulière en l'absence d'identification de la personne notifiant l'acte ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il n'est pas établi qu'il ait reçu les informations prévues à l'article 4 du règlement du Parlement européen et du Conseil n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- il méconnaît l'article 5 du même règlement car il n'est pas établi que l'entretien ait été mené dans une langue qu'il comprend ;
- le préfet a commis une erreur de droit en fondant sa décision sur des dispositions abrogées du règlement CE n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur de droit, le préfet n'ayant pas fait usage de la clause discrétionnaire prévue par l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, en méconnaissance de l'article 53-1 de la Constitution du 4 octobre 1958 ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de son état de santé, de l'absence de casier judiciaire et sur l'intérêt supérieur de son enfant et des efforts d'intégration de la famille ;
- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 octobre 2024, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête de M. D n'est fondé.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du
2 octobre 2024.
Vu :
- les autres pièces des dossiers ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Mounic, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue par l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Mounic, magistrate désignée, a été entendu à l'audience publique du 10 octobre 2024.
Les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée à la suite de l'appel de l'affaire à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B et M. D, couple de ressortissants guinéens, nés respectivement le 13 décembre 1954 et le 5 mars 1988, sont entrés irrégulièrement sur le territoire français, avec leur fils mineur E D, né le 31 décembre 2011. Ils ont respectivement présenté une demande d'asile à la préfecture de Maine-et-Loire le 20 août 2024. La consultation du fichier Visabio a révélé qu'ils étaient en possession d'un visa en cours de validité délivré par les autorités polonaises au moment du dépôt de leur demande d'asile. Les autorités polonaises saisies le 22 août 2024 d'une demande de prise en charge l'ont explicitement acceptée le 3 septembre 2024. Par les présentes requêtes, Mme B et M. D demandent au tribunal d'annuler les arrêtés du 10 septembre 2024 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a décidé leur transfert en Pologne responsable de leur demande d'asile.
Sur la jonction des requêtes
2. Les requêtes susvisées n° 2415216 et 2415217 présentées par Mme B et M. D concernent la situation d'un couple d'étrangers et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, les conditions de notification d'une décision administrative étant sans incidence sur sa légalité, le moyen tiré de l'absence de mention de l'agent notifiant et d'indication quant à son habilitation ne peut qu'être écarté comme inopérant.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen. / Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative () ". Pour l'application de ces dispositions, est suffisamment motivée une décision de transfert qui mentionne le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, et qui indique les éléments de fait sur lesquels l'autorité administrative se fonde pour estimer que l'examen de la demande présentée devant elle relève de la responsabilité d'un autre Etat membre, une telle motivation permettant d'identifier le critère du règlement communautaire dont il est fait application.
5. En l'espèce, les arrêtés attaqués visent le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande d'asile présentée dans l'un des Etats membres par un ressortissant d'un pays tiers, " et notamment ses articles 7-2 et suivants " compris dans un chapitre III intitulé " critères de détermination de l'Etat membre responsable " ainsi que l'article 18 relatif aux " obligations de l'Etat membre responsable ". Les arrêtés motivent la décision de transfert vers la Pologne par le fait que la consultation du fichier Visabio a permis d'établir qu'à la date de leur demande d'asile, les intéressés étaient en possession d'un visa en cours de validité, délivré par les autorités polonaises, avant d'ajouter que les autorités polonaises " doivent donc être regardées comme étant responsables de la demande d'asile () ". Il résulte de ce qui précède que les arrêtés de transfert sont suffisamment motivés en droit et en fait. Par suite, le moyen doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, (). / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de1'entretien individuel visé à l'article 5. / () ". Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit se voir remettre, en temps utile pour lui permettre de faire valoir ses observations, c'est-à-dire au plus tard lors de l'entretien prévu par les dispositions de l'article 5 du même règlement, entretien qui doit notamment permettre de s'assurer qu'il a compris correctement ces informations, l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. Eu égard à leur nature, la remise par l'autorité administrative des informations prévue par les dispositions de l'article 4 du règlement du 26 juin 2013 constitue pour le demandeur d'asile une garantie.
7. Il ressort des pièces des dossiers que Mme B s'est vu remettre le 20 août 2024, à l'occasion de son entretien individuel à la préfecture de Maine-et-Loire, les brochures A et B conformes aux modèles figurant à l'annexe X du règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la commission du 30 janvier 2014 en français, langue qu'elle a déclaré comprendre et qui contiennent les informations prescrites par les dispositions précitées. Ces informations lui ont en outre été traduites oralement en langue peul, langue qu'elle a déclaré comprendre dans son recueil. Les mêmes informations ont été délivrées à M. D lors de son entretien en préfecture de Maine-et-Loire conduit le même jour, en français, langue qu'il a déclaré comprendre. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit à l'information du demandeur d'asile énoncé à l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / 2. L'entretien individuel peut ne pas avoir lieu lorsque : a) le demandeur a pris la fuite ; ou b) après avoir reçu les informations visées à l'article 4, le demandeur a déjà fourni par d'autres moyens les informations pertinentes pour déterminer l'État membre responsable. L'État membre qui se dispense de mener cet entretien donne au demandeur la possibilité de fournir toutes les autres informations pertinentes pour déterminer correctement l'État membre responsable avant qu'une décision de transfert du demandeur vers l'État membre responsable soit prise conformément à l'article 26, paragraphe 1. / 3. L'entretien individuel a lieu en temps utile et, en tout cas, avant qu'une décision de transfert du demandeur vers l'État membre responsable soit prise conformément à l'article 26, paragraphe 1. / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé ".
9. Mme B et M. D ont chacun bénéficié, ainsi qu'il a été dit au point 7, de l'entretien individuel prévu par les dispositions qui précèdent, le 20 août 2024 en préfecture de Maine-et-Loire, en français pour M. D, langue qu'il a déclaré comprendre et avec l'assistance d'un interprète d'Aftcom, structure agrée, en peul pour Mme B. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils n'auraient pas été en capacité de comprendre les informations qui leur ont été délivrées et de faire valoir toutes observations utiles relatives à leur situation. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5 du règlement n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 doit être écarté.
10. En cinquième lieu, il ressort des pièces des dossiers, et en particulier des termes des arrêtés attaqués, que le préfet de Maine-et-Loire s'est fondé sur les dispositions du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé pour déterminer l'Etat responsable des demandes d'asile des requérants et décider leur transfert aux autorités polonaises. Par suite, et quand bien même cet arrêté vise le règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003, dont certains articles ont été abrogés par le règlement (UE) n° 604/2013, les requérants, qui n'apportent au demeurant aucune précision au soutien de leur argument, ne sont pas fondés à soutenir que le préfet aurait appliqué à tort les dispositions abrogées du règlement (CE) n° 1560/2003. Le moyen doit être écarté.
11. En sixième lieu, en application de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Les États membres examinent toute demande de protection internationale présentée par un ressortissant de pays tiers ou par un apatride sur le territoire de l'un quelconque d'entre eux, y compris à la frontière ou dans une zone de transit. La demande est examinée par un seul État membre, qui est celui que les critères énoncés au chapitre III désignent comme responsable. / 2. () / Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable./ () ". L'application de ces critères peut toutefois être écartée en vertu de l'article 17 du même règlement, aux termes duquel : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité () ".
12. Il résulte de ces dispositions que si le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 prévoit en principe qu'une demande d'asile est examinée par un seul État membre et que cet État est déterminé par application des critères fixés par son chapitre III, dans l'ordre énoncé par ce chapitre, l'application des critères d'examen des demandes d'asile est toutefois écartée en cas de mise en œuvre, soit de la clause dérogatoire énoncée au paragraphe 1 de l'article 17 du règlement, qui procède d'une décision prise unilatéralement par un État membre, soit de la clause humanitaire définie par le paragraphe 2 de ce même article 17 du règlement. Cette faculté laissée à chaque État membre par l'article 17 de ce règlement est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.
13. Il ressort des pièces des dossiers, en particulier des termes des décisions attaquées, que, contrairement à ce que soutiennent les requérants, le préfet de Maine-et-Loire a examiné les situations personnelles de Mme B et de M. D au regard, en particulier, de la possibilité, prévue par l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, d'instruire une demande d'asile relevant en principe de la responsabilité d'un autre Etat, et ne s'est ainsi pas estimé tenu de prononcer leur transfert aux autorités polonaises. Dans ces conditions, en se bornant à soutenir que " la préfecture n'a pas pris en considération les conséquences de l'obtention du statut de réfugié par l'État polonais " et que la remise des intéressés " aux autorités polonaises remet en cause l'effectivité de la procédure d'asile ", en ce qu'ils ne pourraient pas " se défendre et formuler des observations ", les requérants n'établissent pas que le préfet de Maine-et-Loire aurait entaché ses décisions d'une erreur de droit dans l'application de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.
14. En septième lieu, M. D fait état de problèmes de santé, en particulier d'hypertension et de diabète de type 2, qu'il bénéficie d'un suivi médical et d'un traitement médicamenteux depuis 2012 qui ne doit pas être interrompu et que les voyages en avion lui sont proscrits. Toutefois, en se bornant à fournir un certificat médical d'un médecin généraliste du 27 septembre 2024 établi pour la cause et prescrivant tout voyage en avion, alors qu'au demeurant il ressort de son passeport qu'en tant que diplomate il a effectué de nombreux voyages en avion récents, il n'apporte aucun élément de nature à démontrer qu'il ne pourrait pas faire l'objet d'une prise en charge adaptée par les autorités polonaise, notamment s'agissant du traitement contre le diabète et l'hypertension dont M. D justifie être atteint. D'autre part, si M. D a déclaré qu'il a trois enfants majeurs en France et que la famille est hébergée par Souleymane D, son fils aîné, résidant régulièrement en France depuis 2014, il n'établit pas la filiation pas plus que la présence en France de ses deux autres enfants. Enfin en se prévalant de l'intérêt supérieur de leur fils E à poursuivre sa scolarité en France, de leur intégration dans la société française alors qu'ils ne sont arrivés en France que très récemment, et du fait que M. D n'a pas de casier judiciaire, alors qu'il est diplomate et qu'il fait l'objet d'un signalement pour tentative d'obtention frauduleuse d'une carte d'identité française, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de ses décisions sur leur situation.
15. En huitième et dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et liberté d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
16. Pour les mêmes motifs qu'évoqués au point 14, si les requérants se prévalent de la présence d'une personne qui serait le fils du requérant, ils n'établissent pas par une simple attestation d'hébergement ni la filiation ni l'intensité de la relation alors que ce dernier réside régulièrement en France depuis 2014 et que les requérants ne résident en France que depuis quelques mois. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le préfet a entaché ses arrêtés d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme B et M.D tendant à l'annulation des arrêtés du 10 septembre 2024 par lesquels le préfet de Maine-et-Loire a décidé leur transfert aux autorités polonaises responsables de leurs demandes d'asile doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de leurs conclusions à fin d'injonction et de celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er: Les requêtes de Mme B et de M. D sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F B, à M. C D, au ministre de l'intérieur et à Me Elise Wozniak.
Copie du présent jugement sera transmise au préfet de Maine-et-Loire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2024.
La magistrate désignée,
S. MOUNICLa greffière,
M. A
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
2-2415217
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026