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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2415359

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2415359

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2415359
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantGUILBAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 octobre 2024, Mme G A, agissant en son nom propre et en qualité de représentante légale de ses enfants mineurs, H A, F et D C, et son fils majeur, M. I B A, représentés par Me Guilbaud, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la décision implicite par laquelle l'autorité consulaire française à Dakar (Sénégal) a refusé de délivrer à ses enfants I B A, H A, F et D C un visa de long séjour sollicité au titre de la réunification familiale ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal, d'ordonner de délivrer les visas sollicités dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen des demandes de visa dans le même délai et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros hors taxes au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est satisfaite au regard de la durée de séparation d'avec ses enfants, alors, de plus, ils sont isolés au Sénégal seulement confiés à des tiers avec des conditions de vie dégradées malgré l'envoi régulier de mandats de sa part pour payer leur hébergement, leur nourriture, la nounou et la maitresse ; elle craint de mauvaises fréquentations pour sa fille âgée de 16 ans et pour son fils âgé de 10 ans ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* elle est entachée d'un vice de procédure ;

* elle méconnaît les dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation : la demande de réunification a été faite simultanément pour les quatre enfants ; elle a bénéficié d'un jugement d'adoption simple pour I B et H qui sont désormais ses enfants ; le père de ses deux enfants biologiques, F et D, est décédé ; ses enfants bénéficient de documents d'état civil probants ; s'agissant I B et de H, les démarches de régularisation menées par ses soins ont emporté la conviction du tribunal de céans dans le cadre du précédent contentieux qui a confirmé le caractère probant des documents produits et la filiation des intéressés avec elle ; s'agissant de F et D, des jugements supplétifs modificatifs des premiers jugements établis ont permis de régulariser des actes d'état civil avant l'intervention de la décision de la commission de recours contre les refus de visas ; par ailleurs les éléments de possession d'état, notamment par la production de photographies, d'échanges de message et des preuves de transfert d'argent, permettent de justifier de la filiation, ;

* elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 octobre 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie :

* la requérante a obtenu le statut de réfugié en 2018 et n'a initié la procédure de réunification familiale que cinq ans plus tard en privilégiant ses neveux à ses deux enfants biologiques ;

* la réunification est partielle ;

* les enfants ne subissent aucune persécution ou mauvais traitement et ne sont pas isolés.

- aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* le vice de procédure manque en fait et les motifs de la décision contestée ont été communiqués à la requérante le 15 septembre 2022 ;

* les enfants biologiques de la requérante vont se voir délivrer prochainement les visas demandés et s'agissant des neveux, leurs actes de naissance ont été transcrits tardivement suite à deux jugements supplétifs du 2 mars 2020 sur la requête de M. E A décédé le 28 septembre 2009 ;

* les neveux ne rentrent pas dans le champ de la réunification familiale alors qu'au surplus le jugement d'adoption a été rendu alors que les enfants ne disposaient pas d'acte de naissance et qu'il y est fait mention des ressources de leurs parents déjà décédés ;

* il n'est pas porté atteinte, pour les motifs sus-évoqués aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 octobre 2024.

Vu :

- les pièces du dossier ;

- la requête en annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. rosier, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 octobre 2024 à 14 heures 30 :

- le rapport de M. Rosier, juge des référés,

- et les observations de Me Guilbaud, représentant Mme A, en sa présence qui rappelle que le lien de filiation avec la requérante et l'identité des enfants ont été confirmés par un jugement devenu définitif du tribunal de Nantes du 5 décembre 2023 sous le n° 2215841,

- et les observations du représentant du ministre de l'intérieur.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1.Mme G A, ressortissante guinéenne née le 10 octobre 1996, s'est vue reconnaître la qualité de réfugiée en France, le 21 novembre 2018. Par la présente requête, elle et son fils ainé demandent au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours administratif préalable obligatoire dirigé contre les décisions par le l'autorité consulaire française à Dakar (Sénégal) a implicitement refusé de délivrer à M. I B A, né le 9 mars 2006, à H A, née le 2 juin 2008, à F C, né le 7 septembre 2011, et à D C, né le 10 avril 2014, de ses enfants adoptifs et biologiques, un visa de long séjour sollicité au titre de la réunification familiale.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2.Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3.D'une part, eu égard à la séparation de Mme A d'avec ses quatre enfants et à l'isolement de ceux-ci au Sénégal sans responsable légal pour s'en occuper malgré leur jeune âge, la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme satisfaite dans les circonstances de l'espèce.

4. D'autre part, les moyens tirés de ce que le refus de visa litigieux est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et porte une atteinte disproportionnée au droit des requérants au respect de leur vie privée et familiale garanti à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de cette décision.

5. Par suite, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision attaquée et d'enjoindre au ministre de réexaminer la situation des quatre demandeurs de visa dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, sans qu'une astreinte ne soit toutefois nécessaire.

Sur les frais d'instance :

6.Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Guilbaud de la somme de 800 euros.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours administratif préalable obligatoire dirigé contre les décisions par le l'autorité consulaire française à Dakar (Sénégal) a implicitement refusé de délivrer à M. I B A, et aux jeunes H A, F C et D C un visa de long séjour au titre de la réunification familiale est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de faire procéder au réexamen des demandes de visa de M. I B A, et des jeunes H A, F C et D C dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 800 euros (huit cents euros) à Me Guilbaud en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour cette avocate de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme G A, à M. I B A, au ministre de l'intérieur et à Me Guilbaud.

Fait à Nantes, le 17 octobre 2024.

Le juge des référés,

P. ROSIER

La greffière,

A. C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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