mercredi 30 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2415792 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | - Etrangers - 15 jours |
| Avocat requérant | RENAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 10 octobre 2024, le 22 octobre 2024, le 23 octobre 2024 et le 24 octobre 2024, M. A D C, représenté par Me Renaud, demande au tribunal (dans le dernier état de ses écritures) :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 octobre 2024 par lequel la préfète de la Mayenne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination vers lequel il pourra être reconduit d'office ou tout pays vers lequel il est légalement admissible et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Mayenne de lui donner un rendez-vous aux fins de dépôt d'une demande de titre de séjour et de faire procéder au retrait du signalement aux fins de non admission dans le système d'informations Schengen dans le délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) d'ordonner la communication de divers documents ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros hors taxe à verser à Me Renaud sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'a pas été mis en mesure de présenter ses observations sur la décision d'éloignement projetée, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- il n'est pas établi que l'agent ayant procédé au traitement des données personnelles sur lequel repose la procédure ait été régulièrement habilité ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- il n'a pas été procédé à un examen complet de sa situation ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié et des articles 3-1 et 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- il ne peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement dès lors qu'il peut prétendre à la délivrance de plein droit d'un certificat de résidence portant la mention " parent d'enfant français " ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
Sur le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle est insuffisamment motivée ;
- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français prive de base légale la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire ;
- elle est entachée d'erreur de fait dès lors que l'inexécution de mesures d'éloignement antérieures ne saurait lui être opposé puisqu'il justifie d'une situation particulière au jour de l'édiction de l'arrêté en cause et qu'il ne s'est pas opposé à l'établissement de son identité ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- l'illégalité de la décision obligation de quitter le territoire français prive de base légale la décision fixant le pays de destination ;
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Par trois mémoires en défense, enregistrés le 22 octobre 2024 à 17h07 et 18h30 et le 24 octobre 2024 à 8h45, la préfète de la Mayenne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 octobre 2024.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Huin, premier conseiller, en application des articles L. 614-2, L. 921-1 et L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 octobre 2024 à 10 heures 30 :
- le rapport de M. Huin, magistrat désigné ;
- et les observations de Me Renaud, représentant M. C, en sa présence.
La clôture d'instruction a été reportée au 28 octobre 2024 à 12 heures.
Un mémoire complémentaire, présenté pour M. C a été enregistré le 25 octobre 2024 à 19h42 et a été communiqué à la préfète de la Mayenne qui a produit un nouveau mémoire en défense enregistré le 28 octobre 2024 à 11h17 qui n'a pas été communiqué.
Considérant ce qui suit :
1. M. A D C, ressortissant algérien, né le 27 octobre 2000, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 9 octobre 2024 par lequel la préfète de la Mayenne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination vers lequel il pourra être reconduit d'office ou tout pays vers lequel il est légalement admissible et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, d'une part, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne s'adresse pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. M. C ne saurait ainsi utilement soutenir que les décisions en litige méconnaissent ces dispositions. Néanmoins, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision de retour, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne.
3. Il résulte par ailleurs de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que toute irrégularité dans l'exercice des droits de la défense lors d'une procédure administrative concernant un ressortissant d'un pays tiers en vue de son éloignement ne saurait constituer une violation de ces droits et, en conséquence, que tout manquement, notamment, au droit d'être entendu n'est pas de nature à entacher systématiquement d'illégalité la décision prise. Il revient à l'intéressé d'établir devant le juge chargé d'apprécier la légalité de cette décision que les éléments qu'il n'a pas pu présenter à l'administration auraient pu influer sur le sens de cette décision et il appartient au juge saisi d'une telle demande de vérifier, lorsqu'il estime être en présence d'une irrégularité affectant le droit d'être entendu, si, eu égard à l'ensemble des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, cette violation a effectivement privé celui qui l'invoque de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que cette procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent.
4. Il ressort du procès-verbal d'audition établi le 6 octobre 2024 par les services de police de Laval que M. C a été interrogé sur son entrée en France et sur la durée de son séjour, sur les démarches qu'il a entreprises en France pour régulariser son séjour, sur la présence éventuelle de sa famille sur le territoire, sur l'éventualité d'une mesure de reconduite à la frontière et qu'il a été invité explicitement à formuler toutes observations orales utiles sur sa situation notamment personnelle. En outre, il ne précise pas en quoi il disposait d'autres informations pertinentes tenant à sa situation que l'administration n'aurait pas déjà eues et qu'il aurait été empêché de porter à sa connaissance avant que ne soit prise la mesure d'éloignement qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à la décision l'obligeant à quitter le territoire français et lui interdisant de revenir. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu ne peut qu'être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 142-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui reprend les dispositions de l'article L. 611-4 : " En vue de l'identification d'un étranger qui n'a pas justifié des pièces ou documents mentionnés à l'article L. 812-1 ou qui n'a pas présenté à l'autorité administrative compétente les documents de voyage permettant l'exécution d'une décision de refus d'entrée en France, d'une interdiction administrative du territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une mesure de reconduite à la frontière, d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français ou d'une peine d'interdiction du territoire français ou qui, à défaut de ceux-ci, n'a pas communiqué les renseignements permettant cette exécution, les données des traitements automatisés des empreintes digitales mis en œuvre par le ministère de l'intérieur peuvent être consultées par les agents expressément habilités des services de ce ministère dans les conditions prévues par le règlement (UE) 2016/679 du 27 avril 2016 relatif à la protection des personnes physiques à l'égard des traitements des données à caractère personnel et à la libre circulation de ces données et par la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés ". Aux termes de l'article 1er du décret du 8 avril 1987 relatif au fichier automatisé des empreintes digitales géré par le ministère de l'intérieur applicable en l'espèce : " () / Est également autorisée, dans les conditions prévues au présent décret, la consultation du traitement automatisé des empreintes digitales : / - en vue de permettre l'identification d'un étranger dans les conditions prévues à l'article L. 611-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; / () ". Aux termes de l'article 8 du même décret : " Les fonctionnaires et militaires individuellement désignés et habilités des services d'identité judiciaire de la police nationale, du service central de renseignement criminel de la gendarmerie nationale ainsi que des unités de recherche de la gendarmerie nationale peuvent seuls avoir accès aux données à caractère personnel et aux informations contenues dans le traitement : / () / 3° Pour procéder aux opérations d'identification à la demande des officiers de police judiciaire de la police nationale ou de la gendarmerie nationale en vertu des dispositions des articles L. 611-1-1, L. 611-3 et L. 611-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ".
6. D'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que les services de la préfecture de la Mayenne ait procédé à la consultation du traitement automatisé des empreintes digitales préalablement à l'édiction de l'arrêté litigieux. D'autre part, dès lors que le 3° de l'article 8 du décret du 8 avril 1987 prévoit la possibilité pour les fonctionnaires individuellement désignés et habilités d'avoir accès au traitement automatisé des empreintes digitales et palmaires au cours de l'enquête conduite par l'administration dans le cadre de ses pouvoirs de police, la circonstance que l'agent ayant procédé à cette consultation n'aurait pas été individuellement désigné et régulièrement habilité à cette fin, si elle est susceptible de donner lieu aux procédures de contrôle de l'accès à ces traitements, n'est pas, par elle-même, et à la supposer établie, de nature à entacher d'irrégularité l'arrêté contesté. Le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure de consultation du fichier automatisé des empreintes digitales doit donc, en tout état de cause, être écarté.
7. En troisième lieu, la décision attaquée faisant obligation à M. C de quitter le territoire français vise notamment les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, elles mentionnent les éléments relatifs à la situation personnelle de M. C sur lesquels la préfète de la Mayenne s'est fondée, notamment au regard de ses conditions d'entrée sur le territoire, ses attaches familiales, les précédentes mesures d'éloignement et d'assignation dont il a fait l'objet et sur son comportement au regard de la loi pénale. Dans ces conditions, la décision attaquée est suffisamment motivée tant en droit qu'en fait.
8. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée a été précédée d'un examen particulier de la situation de M. C.
9. En cinquième lieu, aux termes, d'une part, de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; (). ".
10. D'autre part, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé du 27 décembre 1968 : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale est délivré de plein droit : / () / 4) Au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants () l'intérêt supérieur de l'enfant, doit être une considération primordiale ".
11. Enfin, lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à un étranger, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français.
12. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré sur le territoire français en 2016 à l'âge de 15 ans et qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance du département de l'Isère. Il n'est pas contesté que l'intéressé réside depuis lors sur le territoire français. M. C, qui réside dans le département de la Mayenne, n'établit pas, contrairement à ce qu'il a soutenu à l'audience, être en situation de concubinage et doit par suite être regardé comme étant célibataire. Il ressort des pièces du dossier qu'il dispose de l'autorité parentale, partagée avec son ancienne compagne, sur leur fille née en septembre 2022 laquelle est placée auprès de l'aide sociale à l'enfance de la Mayenne et qu'il s'est vu reconnaître un droit de visite médiatisé d'une fois par semaine. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que M. C s'est présenté régulièrement aux visites médiatisées auxquelles il a droit.
13. Toutefois, il ressort également des pièces du dossier que M. C a été condamné d'une part, par jugement du 8 septembre 2020 du président du tribunal pour enfants de B à une peine de quatre mois d'emprisonnement pour des faits de violence aggravée et port d'arme incapacitante de catégorie D sans motif légitime, d'autre part, par un jugement correctionnel du tribunal judiciaire de Laval du 9 décembre 2022 à une peine de dix mois d'emprisonnement pour des faits de violences et menaces de mort réitérées par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire de Pacs, dégradation de bien appartenant à autrui, menace de mort, dégradation de bien destiné à l'utilisé publique, puis par jugement du juge de l'application des peines du 22 mai 2023 à une peine de deux mois d'emprisonnement pour inexécution d'un travail d'intérêt général prononcé dans le cadre d'une comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité le 17 juin 2022 par le président du tribunal judiciaire de Laval pour des faits de vol, en outre, par un jugement correctionnel du tribunal judiciaire de Laval du 21 juillet 2023 à une peine d'emprisonnement de trois mois pour s'être soustrait à une mesure de rétention administrative.
14. En outre, il ressort des pièces du dossier que M. C a été interpellé le 13 juillet 2024 pour des faits de violence envers sa conjointe, le 8 septembre 2024 pour des faits de violences volontaires sans ITT en état d'ébriété et détention de produits stupéfiants et enfin le 5 octobre 2024 pour des faits de violence.
15. Eu égard tant à la nature des faits pour lesquels l'intéressé a été condamné et ceux pour lesquels il est connu défavorablement des services de police qu'à leur caractère répété, la préfète de la Mayenne n'a pas entaché sa décision portant obligation de quitter le territoire français d'erreur d'appréciation en considérant que le comportement de M. C constituait une menace pour l'ordre public, justifiant ainsi, en dépit de son statut de parent d'une enfant de nationalité française, la mesure d'obligation de quitter le territoire français sur le fondement du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il résulte ainsi de ce qui précède que M. C, d'une part, ne peut soutenir qu'il ne peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement dès lors qu'il peut prétendre à la délivrance de plein droit d'un certificat de résidence portant la mention " parent d'enfant français ", d'autre part, n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse méconnaît son droit au respect de la vie privée et familiale protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni l'intérêt supérieur de son enfant protégé par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Enfin, M. C ne peut utilement se prévaloir des stipulations de l'article 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, qui créent seulement des obligations entre Etats sans ouvrir de droits à leurs ressortissants.
16. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
17. En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est donc suffisamment motivée.
18. En deuxième lieu, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, eu égard à ce qui vient d'être dit au point 16, le moyen tiré par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision, que M. C invoque à l'encontre de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, ne peut qu'être écarté.
19. En troisième lieu, M. C soutient que la décision attaquée serait entachée d'erreur de fait dès lors qu'elle mentionne qu'il se serait soustrait à l'exécution de précédentes mesures d'éloignement et qu'il n'établit pas son identité et se serait opposé à cet établissement. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. C a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français du préfet du Rhône du 10 mai 2021, d'une obligation de quitter le territoire français de la préfète de la Mayenne du 9 février 2023, d'une obligation de quitter le territoire français du préfet d'Ille-et-Vilaine du 31 janvier 2024, mesures qui n'ont pas été suivies d'une exécution volontaire. En outre, il ressort des pièces du dossier et notamment de son audition devant les services de police du 6 octobre 2024 que l'intéressé ne dispose d'aucune pièce permettant d'établir son identité. Dans ces conditions, la décision ne repose pas sur des faits matériellement inexact et le moyen tiré de ce qu'elle serait entachée d'erreur de fait doit être écarté.
20. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
21. L'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, eu égard à ce qui vient d'être dit au point 16, le moyen tiré par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision, que M. C invoque à l'encontre de la décision décision fixant le pays de destination, ne peut qu'être écarté.
22. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :
23. En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est donc suffisamment motivée.
24. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français (). ".
25. Ainsi qu'il a été dit aux points 12 à 15 du présent jugement, si M. C peut justifier d'une durée de présence en France depuis 2016 et être parent d'un enfant de nationalité française, son comportement constitue toutefois une menace pour l'ordre public. Dés lors, en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, la préfète de la Mayenne n'a pas fait une inexacte application des dispositions citées au point précédent.
26. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.
27. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme M. C doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant à ce qu'il soit fait usage des pouvoirs d'instruction en vue de la communication de documents :
28. M. C demande que le tribunal fasse usage de ses pouvoirs d'instruction en vue d'ordonner à la préfète de la Mayenne de communiquer son dossier administratif complet de demande de titre de séjour, de communiquer le dossier administratif présenté au préfet de l'Allier en qualité de jeune majeur, la communication par le tribunal judiciaire de B ou du département de l'Isère du dossier administratif et du jugement le plaçant à l'aide sociale à l'enfance et de communiquer les pièces permettant de constater la consultation régulière des fichiers administratifs par un agent individuellement désigné et habilité. Toutefois, il n'y a pas lieu, en tout état de cause, de mettre en œuvre les pouvoirs d'instruction dont il demande au tribunal d'user.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
29. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C, n'appelle aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par le requérant doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
30. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. C la somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D C, à la préfète de la Mayenne et à Me Pierre Renaud.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
F. HUIN
La greffière,
A. DIALLOLa République mande et ordonne à la préfète de la Mayenne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026