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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2416165

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2416165

mardi 5 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2416165
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation- Etrangers - 15 jours
Avocat requérantCABINET DGR AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes annule la décision du 9 octobre 2024 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé à Mme B, une ressortissante paraguayenne vulnérable victime de traite des êtres humains, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Le tribunal estime que cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui imposent de prendre en compte la vulnérabilité du demandeur. La solution retenue est l'annulation pour erreur manifeste d'appréciation, sans qu'il soit nécessaire d'examiner les autres moyens.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 octobre 2024 au tribunal administratif de Rennes et transmise le 17 octobre 2024 au tribunal administratif de Nantes, Mme C B, représentée par Me Roilette, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 octobre 2024 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à titre principal, de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil de manière rétroactive, dans un délai de huit jours et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- la procédure est irrégulière en l'absence d'entretien de vulnérabilité prévu par les dispositions de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en l'absence de la preuve de la qualification de l'agent ayant le cas éventuellement mené cet entretien ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de la transposition illégale de l'article 20 de la directive du 26 juin 2013 par les dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est disproportionnée et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 551-15 et L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 octobre 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut, à titre principal au non-lieu à statuer sur la requête et, à titre subsidiaire, au rejet de la requête.

Il soutient que :

- l'OFII a décidé d'accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil de manière rétroactive depuis le 9 octobre 2024 et l'a convoquée le 5 novembre 2024 de sorte que la décision litigieuse a été implicitement mais nécessairement abrogée ;

- les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

1. Mme B, de nationalité paraguayenne, née le 14 août 2002, déclare être entrée en France le 20 juillet 2024. Par une décision du 9 octobre 2024, dont elle demande l'annulation, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. Il ressort des pièces du dossier que par un courriel du 29 octobre 2024, soit postérieurement à l'introduction de la requête, Mme B a été convoquée, le 5 novembre 2024, afin que sa situation soit réexaminée et qu'une offre de prise en charge lui soit proposée par l'OFII. Dès lors, contrairement à ce que fait valoir l'OFII dans son mémoire en défense, la décision en litige du 9 octobre 2024 ne peut être regardée comme ayant été implicitement abrogée. Il s'ensuit que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 9 octobre 2024 conservent leur objet. L'exception de non-lieu à statuer opposée par l'OFII doit, par suite, être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. "

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est une femme seule, vulnérable et qu'elle a fait l'objet d'un enrôlement au sein d'un réseau de traite des êtres humains. Elle produit notamment une attestation de plainte du 10 octobre 2024 ainsi qu'une attestation de l'association Amicale du Nid, du 7 octobre 2024, au soutien de ses allégations. Par suite, la requérante est fondée à soutenir qu'elle justifie d'une situation de vulnérabilité particulière.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision de la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. L'exécution du présent jugement implique que la directrice territoriale de l'OFII accorde à Mme B les conditions matérielles d'accueil depuis la date de refus, sous réserve de changement de circonstances de fait ou de droit y faisant obstacle. Il lui est enjoint, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, de prononcer une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Roilette, avocate de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'OFII le versement à Me Roilette de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1 : La décision du 9 octobre 2024 de la directrice territoriale de l'OFII est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à Mme B depuis la date de la décision litigieuse, sous réserve de changement de circonstances de fait ou de droit y faisant obstacle, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'OFII versera une somme de 1 000 euros à Me Roilette au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que cette dernière renonce à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Roilette.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 novembre 2024.

La magistrate désignée,

A-L A La greffière,

A. Diallo

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière,

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