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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2416291

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2416291

mardi 8 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2416291
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCHAUMETTE

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Nantes a examiné la requête de M. C, ressortissant algérien, contestant un arrêté préfectoral du 19 septembre 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a rejeté l'ensemble des moyens soulevés par le requérant, notamment ceux tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte, du défaut de motivation et de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Il a jugé que la décision était légalement fondée sur les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et que les conditions de l'interdiction de retour étaient remplies. En conséquence, le tribunal a rejeté la requête de M. C.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 octobre 2024, M. B C, représenté par Me Chaumette, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 19 septembre 2024 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer le titre de séjour sollicité, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros hors taxes en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée de l'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée de l'examen particulier de sa situation ;

- le préfet s'est cru à tort en situation de compétences liée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

- il sollicite le bénéfice de l'ensemble des éléments précédemment soulevés et développés au regard de l'illégalité tant externe qu'interne de l'obligation de quitter le territoire ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée de l'examen particulier de sa situation ;

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

- il sollicite le bénéfice de l'ensemble des éléments précédemment soulevés ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il fait l'objet de circonstances humanitaires ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Une mise en demeure a été adressée le 24 février 2025 au préfet de la Loire-Atlantique, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 juin 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Douet, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, qui se déclare ressortissant algérien né le 20 août 2006, est entré, selon ses déclarations, irrégulièrement en France quelques mois avant l'édiction de la décision attaquée. Il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 19 septembre 2024 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 17 juin 2025, le bureau d'aide juridictionnelle a admis M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Les conclusions tendant à ce que le requérant soit provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont ainsi devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".

4. En premier lieu, l'arrêté a été signé par Mme D A, cheffe du bureau du contentieux et de l'éloignement. Par arrêté du 1er mars 2024 publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Loire-Atlantique lui a donné délégation à l'effet de signer notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de renvoi et prononçant une interdiction de retour. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté contesté manque en fait.

5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise notamment les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application. Il fait, en outre, état des éléments relatifs au parcours et à la situation personnelle du requérant et précise notamment qu'il est entré en France, selon ses déclarations, en 2024, de façon irrégulière, et qu'il ne justifie d'aucun titre de séjour en cours de validité. Il précise, par ailleurs, que le requérant est défavorablement connu des services de police et indique que l'intéressé ne justifie pas d'attaches personnelles intenses et stables en France. La décision attaquée comporte ainsi et avec suffisamment de précisions les considérations de droit et de fait qui la fondent. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait insuffisamment motivée.

6. En troisième lieu, il ne ressort ni de cette motivation ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. C avant de l'obliger à quitter le territoire français.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. M. C, qui déclare être en France depuis seulement quelques mois à la date de l'arrêté attaqué, avance, pour faire valoir l'existence d'une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, la seule circonstance qu'il était mineur lors de son entrée sur le territoire. Toutefois, cette minorité ne peut être attestée en l'absence de production de ses documents d'identité et, en tout état de cause, il ressort des déclarations de M. C, par ailleurs connu sous d'autres identités dont l'une accompagnée d'une date de naissance au 20 août 2005, que celui-ci était majeur à la date de la décision attaquée. En l'absence de tout lien personnel, ancien, stable et intense du requérant en France, qui entrait dans le champ d'application du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale de ce dernier en édictant une mesure d'éloignement.

Sur la légalité de la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

9. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application et justifie le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, d'une part, par la menace à l'ordre public que constitue le comportement de l'intéressé, défavorablement connu des services de police, et, d'autre part, par l'existence d'un risque qu'il se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français, compte tenu notamment de ses conditions de séjour sur le territoire français. La décision attaquée comporte ainsi et avec suffisamment de précisions les considérations de droit et de fait qui la fondent. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait insuffisamment motivée.

10. En deuxième lieu, il ne ressort ni de cette motivation ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. C avant de refuser de lui accorder un délai de départ volontaire.

11. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision en litige, ni d'aucun élément du dossier que le préfet de la Loire-Atlantique se serait cru en compétence liée. Le moyen doit également être écarté.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale (). ".

13. Pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. C, le préfet a retenu, d'une part, qu'il existait un risque qu'il se soustraie à l'obligation de quitter le territoire et, d'autre part, qu'il était défavorablement connu des services de police.

14. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. C, qui ne conteste pas être entré irrégulièrement en France, n'a pas sollicité de titre de séjour. Dès lors, ce seul élément permet d'établir que le requérant entre dans le champ d'application du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur d'appréciation. D'autre part, en se bornant à soutenir que le préfet " ne justifie d'aucun élément probant permettant de démontrer que des poursuites ont été engagées ", M. C ne conteste pas sérieusement la matérialité des faits précis retenus par le préfet de la Loire-Atlantique à savoir l'offre ou la cession non autorisée de stupéfiants le 13 février 2024 et le vol à l'étalage le 28 décembre 2023. Au surplus et en tout état de cause, il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il s'était seulement fondé sur le motif tiré du risque de soustraction à la mesure d'éloignement.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

15. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas établie. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité dirigé contre la décision fixant le pays de renvoi doit être écarté.

16. En deuxième lieu, en se bornant à solliciter " le bénéfice de l'ensemble des éléments précédemment soulevés, tant au regard de l'illégalité externe qu'interne de la décision portant obligation de quitter le territoire ", le requérant n'assortit pas sa critique de la légalité de la décision fixant le pays de destination, qui constitue une décision distincte, des précisions suffisantes pour permettre d'en apprécier le bien-fondé.

17. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été énoncé au point 8 que la décision fixant le pays de destination ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. C.

Sur la légalité de l'interdiction de retour sur le territoire pour une durée de deux ans :

18. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application et mentionne que le refus d'un délai de départ volontaire et l'absence de circonstances humanitaires justifient le prononcé d'une interdiction de retour, dont la durée, fixée à deux ans, ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. La décision attaquée comporte ainsi et avec suffisamment de précisions les considérations de droit et de fait qui la fondent. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait insuffisamment motivée.

19. En deuxième lieu, il ne ressort ni de cette motivation ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. C avant de d'adopter la décision d'interdiction de retour sur le territoire français.

20. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus d'octroi d'un délai de départ volontaire n'est pas établie. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité dirigé contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire doit être écarté.

21. En quatrième lieu, en se bornant à solliciter " le bénéfice de l'ensemble des éléments précédemment soulevés ", le requérant n'assortit pas sa critique de la légalité de la décision l'interdisant de retour sur le territoire, qui constitue une décision distincte, des précisions suffisantes pour permettre d'en apprécier le bien-fondé.

22. En cinquième lieu, si le requérant soutient justifier de circonstances humanitaires, il n'assortit ce moyen d'aucune précision ni ne l'établit par les pièces du dossier. Par suite, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

23. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été énoncé au point 8 que la décision portant interdiction de retour sur le territoire pour une durée de deux ans ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. C.

24. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'admission de M. C à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Chaumette.

Délibéré après l'audience du 24 juin 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

Mme Malingue, première conseillère,

M. Brémond, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2025.

La présidente-rapporteure,

H. DOUETL'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

F. MALINGUELa greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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