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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2416738

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2416738

mercredi 4 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2416738
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation- Etrangers - 15 jours
Avocat requérantLIETAVOVA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 28 octobre et 14 novembre 2024, M. A B, représenté par Me Lietavova, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 octobre 2024 par lequel le préfet de la Vendée l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) d'annuler l'arrêté du 21 octobre 2024 par lequel le préfet de la Vendée l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros hors taxes, à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique sous réserve pour son conseil de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

Il soutient que :

En ce qui concerne le moyen dirigé contre l'ensemble des décisions :

- elles sont entachées d'une incompétence de l'auteur de l'acte.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

- elle est illégale par voie d'exception car fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire elle-même illégale ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination

- elle est illégale par voie d'exception car fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire elle-même illégale.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision fixant l'interdiction de retour du territoire français :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à l'existence d'un comportement troublant à l'ordre public et un défaut de base légale ;

- elle méconnait son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre l'arrêté portant assignation à résidence

- il est entaché d'une erreur d'appréciation au regard des articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la mesure est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 novembre 2024, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 octobre 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Mounic, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue par l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Mounic, magistrate désignée, a été entendu à l'audience publique du 15 novembre 2024.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée à la suite de l'appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant béninois, né le 15 octobre 1984 est entré régulièrement en France, muni d'un visa de court séjour délivré le 27 mai 2024 par les autorités françaises pour une durée de vingt jours et s'est maintenu à son expiration, sans solliciter de titre de séjour. Par un arrêté du 21 octobre 2024, le préfet de la Vendée l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. Par un arrêté du même jour, il l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler ces arrêtés.

Sur les moyens dirigés contre l'ensemble des décisions contestées

2. Les arrêtés attaqués ont été signés pour le préfet de la Vendée par M. C D, chef du bureau des étrangers de la préfecture de la Vendée. Par arrêté du 9 février 2024, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Vendée, le préfet de ce département a donné à M. D, chef du bureau des étrangers de la préfecture, délégation à l'effet de signer notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français, interdiction de retour sur le territoire français, fixant le délai de départ volontaire, le pays de renvoi et portant assignation à résidence. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ces arrêtés manque en fait.

Sur les autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, il ne ressort pas des termes de la décision litigieuse ni des pièces du dossier que la décision serait entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré () ".

5. Il ressort des termes de la décision en litige que le préfet s'est fondé sur le 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité. Or, il est constant que le requérant est entré en France le 4 juin 2024, muni d'un visa de court séjour et que depuis l'expiration de son visa, le 24 juin 2024, il se maintient irrégulièrement sur le territoire français, sans avoir sollicité de titre de séjour. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions de l'article L. 611-1 ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur les autres moyens dirigés contre la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

6. En premier lieu, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire n'a pas été démontrée. Aussi, le moyen tiré de l'exception d'illégalité doit être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour (). "

8. Il ressort des termes de la décision attaquée que pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire, le préfet de la Loire-Atlantique s'est uniquement fondé sur le 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, considérant qu'il existe un risque que le requérant se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire dont il fait l'objet, sans retenir la menace à l'ordre public comme le soutient le requérant. Or, il est constant, comme évoqué au point 5 que M. B est entré en France le 4 juin 2024, muni d'un visa de court séjour et que depuis l'expiration de son visa, le 24 juin 2024, il se maintient irrégulièrement sur le territoire français, sans avoir sollicité de titre de séjour. Par suite, en considérant que le requérant présentait un risque qu'il se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire dont il fait l'objet, au regard de son maintien sur le territoire à expiration de son visa sans solliciter de titre de séjour, le préfet a pu légalement fonder sa décision sur ce motif. Aussi, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision est entachée d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 612-2.

Sur les autres moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination

9. L'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire n'a pas été démontrée. Aussi, le moyen tiré de l'exception d'illégalité doit être écarté.

Sur les autres moyens dirigés contre la décision fixant l'interdiction de retour du territoire français :

10. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ". Aux termes des dispositions de l'article L. 612-6 du même code : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Enfin, aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

11. Si le préfet doit tenir compte, pour décider de prononcer, à l'encontre d'un étranger, une interdiction de retour et fixer sa durée, de chacun des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces mêmes dispositions ne font pas obstacle à ce qu'une telle mesure soit décidée quand bien même une partie de ces critères, qui ne sont pas cumulatifs, ne serait pas remplie.

12. Il ressort des termes de la décision attaquée qu'elle indique que le requérant ne justifie d'aucune circonstance humanitaire permettant de s'opposer à l'édiction d'une interdiction de retour. Elle précise qu'il est entré récemment en France le 4 juin 2024, soit quatre mois à la date de la décision en litige, et que, nonobstant l'absence de précédente obligation de quitter le territoire, qu'il s'est maintenu en situation irrégulière à l'expiration de son visa sans solliciter de titre de séjour. En outre, le préfet de la Vendée précise qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale dès lors qu'il n'établit pas détenir d'attaches personnelles, anciennes, intenses et stables en France alors qu'il a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 40 ans, où résident son épouse et ses quatre enfants. Enfin, le préfet mentionne qu'il a été interpellé par les services de police pour des faits d'agression sexuelle sur la sœur de son hébergeant, caractérisant un trouble à l'ordre public sans retenir expressément la menace à l'ordre public. Par suite, quand bien même, comme le soutient le requérant ces faits, dont il conteste la matérialité n'ont donné lieu à aucune poursuite, le préfet de la Vendée a tenu compte de l'ensemble des critères prévus par les dispositions susmentionnées et en fixant à un an, ce qui n'est pas la durée maximale, la durée de l'interdiction de retour prononcée contre l'intéressé, il n'a pas entaché sa décision d'une erreur de droit ni d'une erreur manifeste d'appréciation.

13. En deuxième lieu, si le requérant soutient que la décision en litige porte atteinte à son droit à la vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'assortit ce moyen d'aucun élément permettant d'en apprécier le bienfondé. Par suite, le moyen doit être écarté.

Sur les autres moyens dirigés contre l'arrêté portant assignation à résidence

14. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; ()". Aux termes de l'article L. 732-3 du même code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable deux fois dans la même limite de durée. ". Aux termes de l'article L. 733-1 de ce code : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie () ". Et aux termes son article R. 733-1 de ce même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger () définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ". Les mesures contraignantes prises par le préfet sur le fondement des dispositions précitées à l'encontre d'un étranger assigné à résidence, qui limitent l'exercice de sa liberté d'aller et venir, doivent, dans cette mesure, être nécessaires, adaptées et proportionnées à l'objectif qu'elles poursuivent, qui est de s'assurer du respect de l'interdiction faite à l'étranger de sortir du périmètre dans lequel il est assigné à résidence.

15. D'une part, l'assignation à résidence prévue par les dispositions citées au point 14, constitue une mesure alternative au placement en rétention prévu par les dispositions de l'article L. 740-1 du même code dès lors qu'une mesure d'éloignement demeure une perspective raisonnable et que l'étranger présente des garanties de représentation effectives propres à prévenir le risque qu'il se soustraie à celle-ci. En l'espèce, alors que le requérant dispose d'un passeport en cours de validité et qu'il est nécessaire de prévoir l'organisation matérielle de son départ, le requérant qui n'apporte aucun élément au soutien de ce moyen, ne conteste pas sérieusement que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

16. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'obligation faite au requérant de se présenter tous les mardis, et jeudis sauf les jours fériés entre 14h00 et 16h00 à l'unité de gendarmerie de La Châtaigneraie (85), commune où il réside, et lui interdisant de sortir de cette commune sans autorisation serait disproportionnée et procèderait d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de l'intéressé, lequel, ne fait état d'aucune contrainte particulière l'empêchant de satisfaire à cette obligation ni d'aucun élément de nature à démontrer le caractère excessif de la mesure de pointage ou son incompatibilité avec sa situation personnelle, durant le temps nécessaire à la mise à exécution de l'obligation de quitter le territoire.

17. Il résulte de tout ce qui précède, que la requête de M. B ne peut qu'être rejetée dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de la Vendée et à Me Lucia Lietavova.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024.

La magistrate désignée,

S. MOUNICLa greffière,

J. DIONIS

La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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